Et dans l’esprit, une prison nommée « société de consommation »…

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Elle est là et ne se cache pas, elle bombe le torse plutôt. Pourtant, vous ne la soupçonnez presque plus tant elle a percé votre carapace la plus dure et votre mou cerveau avec réussite. Elle a colonisé chaque mur de votre ville à travers ses affiches, ses panneaux, ses spots, chaque façade s’est faite magasin pour elle, chaque page de votre navigation Internet s’est faite publicité pour elle, chacune de vos conversations parle d’elle et de ses milliards d’enfants, chacune de vos ambitions et obsessions se retrouve en elle.

-Qui est-elle ?

– Elle, c’est la société de consommation. L’avez-vous déjà rencontrée en face, honnêtement ? L’avez-vous déjà réfléchie, critiquée, combattue ? Avec quelle efficacité ?

—–

Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes.
Rosa Luxemburg

Sachant que tout ce que vous pensez et faites est intégré dans le processus de ladite société de consommation, comment la combattre, cette chimère ? Déjà, apprenons à la voir et à la comprendre.

La société de consommation est née aux USA et en Europe au sortir de la Seconde guerre mondiale. Enfin, ce n’est pas exact. C’est une logique qui a commencé avant, dans les années 20, mais qui a réellement explosé dans les années communément appelées les « Trente Glorieuses ».

Son but ? La société de consommation est un ordre social et économique permettant de faire accéder la masse aux biens de consommation que cette même masse produisait. Cela part d’un sentiment relativement bon : « Cessons de vendre trop cher les biens qu’ils fabriquent pour nous, cela nous permettra d’étendre notre marché (et donc de gagner toujours plus) mais aussi d’éviter les révoltes. » Évidemment, cela allait également faire la fortune de quelques personnes déjà riches, mais pourquoi pas, c’est le principe même du capitalisme que de permettre à des personnes ayant déjà un capital de capitaliser toujours plus sur le travail de ceux qui n’ont rien à part leur force de travail à vendre.

Très bien. C’est ainsi que des milliers de personnes et de ménages ont accédé à ce que l’on a appelé le « confort ». Du chauffage intérieur, une machine à laver, un four, une télévision, une planche à repasser, une voiture… Bref, un vrai petit luxe.

Sauf qu’une fois que tout le monde a obtenu ce dont il avait « besoin »… Qu’allaient-ils bien pouvoir continuer à vendre pour continuer à faire des bénéfices ?

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C’est à ce moment-là que le système de consommation est devenu déviant et qu’on est passé dans un système de surconsommation (vous savez, le fameux mythe de la croissance infinie), pour éviter à tout prix la baisse d’activité de cette poule aux œufs d’or.

5 solutions pour faire perdurer la société de consommation

1/ L’obsolescence programmée

Comment continuer à vendre des produits que tout le monde a déjà ?  Tout simplement en fabriquant ces produits de telle sorte qu’ils ne fonctionnent plus au bout de quelques années. C’est ce que l’on a surnommé l’obsolescence programmée. Si vous n’avez jamais entendu ce terme, félicitations, vous êtes de bons consommateurs dociles qui ne vous préoccupez surtout pas de ce que l’on vous vend. Bravo, la publicité vous adore !

En vrai, on a les capacités technologiques pour créer des T-shirt inusables, des voitures ou des téléphones portables qui fonctionnent à vie, mais non, pour le bien des décharges et de notre nature, on fabrique à l’excès, un nouveau modèle par saison, et on donne envie en rendant nul le produit précédent, et on appelle cela la mode, et on rend très cool le fait d’être à la mode et très excluant le fait de ne pas l’être et paf : on crée des consommateurs qui ont carrément l’impression d’être maitres de leurs consommations et qui peuvent se positionner sur une hiérarchie dans les modes grâce aux produits qu’ils possèdent. C’est très fort.

« La notion de société de consommation désigne un ordre social et économique fondé sur la création et la stimulation systématique d’un désir d’acheter des biens de consommation et des services dans des quantités toujours plus importantes. Pour entretenir la consommation les biens consommés sont souvent peu durables, ou même sont produits et vendus dans la perspective d’une obsolescence programmée. La consommation tend alors à dominer la morale. » [Wikipédia]

Le nec plus ultra de cette consommation pour la consommation est l’effet capsule, comme les capsules pour café Nespresso. On vend à prix d’or des concepts qui poussent à une consommation effrénée, irresponsable, ni éthique ni écologique bien au contraire, mais tellement « à la mode ». C’est le point d’orgue de cette surconsommation totalement dérégulée et sans morale. What else ?

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2/ La création d’une temporalité unique : le temps économique

« Ce que nous vivons, c’est vraiment la colonisation du temps humain dans toutes ses dimensions – biologique, social, écologique – par le temps économique. C’est un temps vide, sans racine, sans histoire, seulement occupé par la circulation des capitaux », dixit l’économiste Geneviève Azam.

Tous les moments de socialisation nécessaires à la perpétration d’une harmonie des sociétés sont peu à peu remplacés par de nouveaux modes de vie, tous liés à ce que l’on appelle la modernité. Les terminaux individuels enferment l’individu dans son propre monde, un monde dans lequel il est bien plus à l’aise que dans le monde réel et dont il ne veut logiquement pas sortir si c’est uniquement pour constater la triste – mais belle – réalité.

Des moments aussi cruciaux que les repas s’amenuisent au profit de la télé, de l’ordinateur, des jeux vidéo, des sms et autres applis, etc… C’est la course, sans arrêt. Et on a l’impression de ne plus avoir le temps pour rien.

On fabrique de nouveaux habits, on fabrique de nouveaux objets technologiques qui se renouvellent de manière régulière et rythmée, on crée des choses totalement inutiles qu’on vend parce que c’est « rigolo », « mignon » ou « décalé », on vend parfois des produits parfaitement identiques mais qui semblent différents grâce à un nouveau slogan, un nouvel emballage, une nouvelle stratégie.

On cible des groupes, les vieux ou les bébés, les femmes de plus de 45 ans, les enfants, les riches, les Musulmans, les Juifs. Et on crée de nouvelles manières de penser, de réagir, d’interagir. Le temps social n’existe plus, toutes les notions de temps et d’espace sont enfermées dans une logique économique.

3/ Une surconsommation en réseaux pour une mondialisation infernale

La mondialisation des biens et des produits est une chose créée par les élites mais aussi acceptée par les masses. On ne se plaint pas de s’habiller en chinois, de manger et de se divertir en américain, de partir en vacances en européen ou en africain. Pourtant, quand la circulation mondiale est humaine, certains s’offusquent. Quiconque se plaint de l’immigration en achetant des produits manufacturés fabriqués en Chine ou au Maghreb n’a pas encore compris la morale de l’Histoire.

Ces immigrés que les intolérants rêvent de voir hors de leur pays d’accueil, c’est souvent l’Occident qui les a poussé à tout quitter et à risquer leur vie pour venir… Quand une entreprise occidentale arrive et s’arroge les ressources naturelles d’un pays, qu’elle réduit en état de quasi esclavage une population, qu’elle détruit son économie et son écosystème et qu’elle génère des conditions de vie pire qu’avant son arrivée pour les peuples au cœur d’une nation pourtant déjà très précaire, comment voulez vous refuser de comprendre que les populations fuient ?

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Comment voulez vous refuser de comprendre que c’est une question de survie, quitte à abandonner sa femme et ses enfants ? Ceux qui se plaignent des immigrés sont les mêmes que ceux qui se plaignent des « assistés ». Ils leur fantasment des vies de rêve mais ne voudraient pas échanger de vie avec eux : ils ne la supporteraient pas une seule journée.

Et la société de consommation, c’est l’intraveineuse par laquelle des pauvres entretiennent le système d’esclavagisme qui tient en chaines d’autres pauvres.

4/ L’arrivée de la consommation sur des terrains éthiquement dangereux comme l’amour, le sexe, la politique, la culture…

De nos jours, tout se consomme. Simplement parce qu’on fait des individus des consommateurs dès l’enfance. On consomme le savoir de l’enseignant à l’école, on consomme la nourriture sans se préoccuper de comment elle arrive dans notre assiette. On consomme la culture à travers de fausses œuvres produites par une vraie industrie, qu’elles soit cinématographique ou musicale.

Mais on consomme aussi de la politique, étant totalement passifs dans ce que l’on qualifie à tort de « processus démocratique« . On vote pour le show le plus distrayant, les politiciens n’étant que des communicants, se souciant bien plus de leurs effets et des sondages que de dire la vérité. On consomme la télévision et ses programmes débilitants, on consomme des médicaments souvent à l’excès en croyant savoir se soigner seul…

Et l’amour, et le sexe ? Ils sont devenus biens de consommation eux aussi. Il suffit de voir le nombre de magazines télé ou papier, le nombre d’émissions, et de sites, dédiés soit aux bonnes formules pour trouver l’amour et le garder, soit pour rencontrer des gens directement, les petites annonces ayant été débordées par des sites de rencontre par centaines.

Sites de rencontres qui après s’être concentrés à vendre de l’amour aux âmes en peine, se sont même concentrés afin de vendre l’adultère, sans aucune réflexion morale sur le genre de société que cela entrainait. Tant que cela se vend et s’achète, cela est bon pour la croissance. Rien n’est plus fort que la loi de l’offre et de la demande. Il n’y a rien de plus facile à vendre que les choses qui touchent aux bassesses humaines, surtout aux personnes habituées à acheter et à consommer de manière passive depuis la plus tendre enfance…

Le film Her sorti récemment dépeint avec justesse l’intrusion totale du monde marchand dans le domaine des sentiments (dans un futur proche, un homme achète puis tombe totalement amoureux d’un programme informatique ultra intelligent à la voix de femme). La tristesse de la solitude est faussement comblée, la rechute affective n’en est que plus grande…

5/ Sur les modes de consommation soi disant alternatifs

La crise a malgré tout montré les limites de la société de consommation. De plus en plus de gens ne sont plus dupes. Ça y est, on a compris. Tout le monde ne court plus après les achats, on se contente de ce que l’on a et on tente d’acheter de manière raisonnée. Haha oui, mais attention, les multinationales sont toujours à la recherche du profit, même si cela implique de faire l’opposé de ce qu’elles faisaient depuis des années.

Maintenant, les grosses firmes adorent expliquer qu’elles font du capitalisme vert, du capitalisme humain, du capitalisme responsable. Tout cela est évidemment un mensonge plus gros qu’elles mais cela leur permet de rattraper de très nombreux consommateurs.

Pourtant, la logique reste la même. Consommer mieux, c’est moins mal, mais la remise en cause du système reste très supposée et très peu effective.

Bilan : la fameuse société de consommation rend dépendant et comme toute dépendance, elle rend aussi malheureux. On se bat pour avoir ce qu’on n’a pas et qu’on convoite, mais quand on ne parvient pas à nos fins, on se sent mal, triste.

JE N'AI RIEN

Quand on se sent triste, faible, humain en fait, le fait même d’acheter, d’acquérir une chose (un objet) que l’on désirait comble un manque et on croit être plus heureux. Nous consommons même le bonheur.  C’est affolant ! Le « tout-consommation » est une catastrophe dont on n’a pas conscience.

« Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation ».
Pier Paolo Pasolini

Les dangers bien réels de la surconsommation

Dangers au niveau psychologique : le consumérisme entraine nécessairement de la frustration, on l’a vu. C’est un vrai cercle vicieux qu’on n’arrive même plus à réfléchir, et encore moins à réguler. Du coup, on consomme encore, des médicaments, des séances chez le psy ou chez le docteur, des livres de méditation et des cours de yoga. On cherche partout une solution qui est aveugle de la cause… En psychologie, c’est ce que l’on appelle la « quête du bonheur dionysiaque », en référence au dieu Grec Dionysos. C’est effréné, c’est constant, c’est infini, c’est épuisant, c’est frustrant. C’est inutile, comme de remplir le tonneau des Danaïdes.

« Tenter d’être heureux en accumulant des possessions est comme essayer de satisfaire sa faim en se collant des sandwiches sur le corps. »
George Carlin

Dangers au niveau écologique : l’empreinte écologique ne cesse d’augmenter, nous consommons plus de ressources que la Terre ne peut en créer. Dans une logique de néo-colonialisme que les peuples d’Occident refusent de voir, nous utilisons les ressources naturelles et les populations des pays émergents à notre guise, pour nos besoins. Bref, nous sommes des néo-esclavagistes, et nos fouets ont l’odeur des billets de banque et l’apparence stylée des écrans plats, smartphone et autres voitures de luxe

Dangereux aux niveaux philosophique, social, politique, économique… La logique ultra libérale de la société de consommation est devenue très dangereuse et anxiogène pour l’humain. Ce cercle vicieux doit s’arrêter. Maintenant.

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Trois solutions de décroissance pour favoriser la fin de la société de consommation

1/ Comprendre la société de consommation et de surconsommation, réaliser l’arnaque pour notre société, en parler autour de soi, sensibiliser et éduquer…

2/ Ne consommer plus que le nécessaire, boycotter, favoriser les circuits courts, recycler. Fabriquer soi-même, évidemment !

3/ Changer de rythme, individuellement…

« Si quelque chose doit s’accélérer ce sont les idées et pas les personnes ou les marchandises. La modernité ce n’est pas d’aller plus vite, c’est d’avancer avec plus de sagesse. »
Un membre des No Tav, dévoilant une idée commune à toutes les ZAD

Il existe (au moins) ces trois solutions pour favoriser la fin de la société de consommation et passer tout doucement dans une logique de décroissance : comprendre, réaliser l’arnaque de notre société, en parler autour de soi, sensibiliser et éduquer. Et bien sûr, changer ses modes de consommation…

« Relativiser la croissance économique et la consommation » revient alors à rechercher le « bien-vivre ». Êtes-vous prêts à bien vivre ?

Pour aller plus loin : La décroissance !

Merci à : L’Indigné du Canapé

 

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