Au cœur du Nouvel Ordre Mondial: Wall Street et la révolution bolchévique (1ère partie )

(Professeur Antony Sutton)… 1ère partie.

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L’implication de Wall Street dans la révolution russe de 1917 (bolchévique)

*** Traduction  de larges extraits du livre du professeur Antony C. Sutton: « Wall Street and the Bolshevik Revolution » *** 1 ère partie ***

Note des traducteurs: Le professeur Antony Cyril Sutton (1925-2002), économiste et historien britannique ayant vécu une très grande partie de sa vie aux Etats-Unis, est une sommité du monde académique et pourtant il n’est connu que dans des cercles restreints. Pourquoi?

Parce qu’il a passé la vaste majorité de sa vie professionnelle à rechercher et à analyser les dessous du pouvoir. Il était un conservateur qui ne pouvait accepter le degré de trahison des “élites” dirigeantes occidentales sur les multiples facettes du monde économique, politique et social.

Docteur ès Sciences de l’université de Southampton, il fut professeur entre 1968 et 1973 à Stanford University (Californie), maître de recherche associé au Hoover Institute, un des berceaux conservateurs s’il en est dans l’establishment éducatif états-unien.

Entre 1968 et 1973, il publia en trois volumes les fruits de ses recherches sur le transfert de technologie s’opérant entre les Etats-Unis, l’occident et l’URSS: “Western Technology and the Soviet Economic Development”. Pour le professeur Sutton, le transfert de technologie était tel que cela en était une trahison pure et simple, surtout considérant le fait, que le transfert de technologie vers l’URSS et le bloc de l’Est soutenait directement les efforts de guerre du Vietnam contre les Etats-Unis. Le professeur Sutton non seulement condamnait cette guerre, mais de plus il rendait responsable l’élite banquière et industrielle états-unienne de la mort des jeunes soldats américains dans cette guerre impérialiste. Inutile de dire que le professeur Sutton se retrouva vite au ban de l’intelligentsia et du monde académique américains.

En 1974, Sutton publia le premier ouvrage de sa trilogie sur les financements de Wall Street: “Wall Street and the Bolshevik Revolution”  (que nous avons traduit et publierons ici en 4 parties).

“Antony Sutton a été persécuté mais jamais attaqué en justice pour ses recherches et leurs publications. Sa carrière académique fut brisée par sa dévotion à découvrir et énoncer la vérité. En 1968, le fruit de ses recherches sur “La technologie occidentale et le développement économique de l’URSS” fut publié par le Hoover Institute de l’université de Stanford. Sutton y montre comment la base technologique et de production de l’état soviétique, qui s’est engagé à suppléer de l’armement au Nord-Vietnam et contribue par là-même à la mort et l’estropiage de jeunes soldats américains, fût construite par des entreprises industrielles américaines et payée essentiellement par le contribuable américain. Depuis leurs grandes usines d’acier et de fer à la construction d’équipement automobile en passant par une technologie de précision, de l’informatique, essentiellement la majorité de l’entreprise industrielle soviétique a été construite avec l’aide directe des Etats-Unis ou de son assistance technique.”Ceci est également détaillé dans le premier volet du triptique de Sutton sur Wall Street, et nous allons vous faire découvrir ci-après, en plusieurs publications, que cela fut également vrai de l’Allemagne nazie.

Le pourquoi de l’omission délibérée de ces évènements pourtant dûments documentés de manière irrévocable et inattaquable, sera évident pour beaucoup de lecteurs au fur et à mesure du déroulement de la recherche du professeur Sutton sur Wall Street et la révolution bolchévique (ainsi nommée car elle constitue historiquement la seconde phase de la révolution russe après celle amorcée en 1905 et qui amena les Menchéviques aux commandes)…

C’est en analysant l’histoire sans son paravent consensuel et en la comprenant donc mieux, que nous comprendrons en retour le monde contemporain et pourrons efficacement anticiper le futur. Le vieil adage de “qui ne connaît pas l’histoire est amené à la répéter” prend tout son sens aujourd’hui. C’est en fait le but de l’oligarchie en place.

La vérité nous libèrera… pour toujours

Wall Street et la révolution bolchévique (larges extraits)

1ère partie

Par Antony C. Sutton (1974)

 

url du livre original en ligne:

http://www.reformation.org/wall-st-bolshevik-rev.html

 ~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Chapitre 1

Les acteurs sur la scène révolutionnaire

“Cher Monsieur le président,

La forme de gouvernement soviétique a toute ma sympathie comme étant ce qui convient le mieux au peuple russe…”

(Ouverture d’une lettre de William Lawrence Saunders, président d’Ingersoll-Rand Corporation, directeur d’American International Corporation et vice-président de la banque de la réserve fédérale de New York au président des Etats-Unis Woodrow Wilson le 17 Octobre 1918)

Le dessin pamphlétaire qui illustre ce livre a été dessiné par Robert Minor en 1911 pour le St Louis Post-Dispatch.

Minor était un artiste talentueux, très bon dessinateur et écrivain doublé d’un révolutionnaire bolchévique; il fut arrêté en Russie en 1915 pour soi-disant de la subversion; il fut plus tard financé par des financiers importants de Wall Street.

Le dessin de Minor (NdT: qu’on peut voir sur le lien original du livre ci-dessus) met en scène un Karl Marx barbu et hilare se tenant sur Wall Street avec un exemplaire de la revue “Socialism” sous le bras et acceptant les félicitations de financiers connus comme J P Morgan, L’associé de Morgan George W. Perkins, John D. Rockefeller, John D. Ryan de la National City Bank et Teddy Roosevelt, qu’on identifie facilement grâce à sa célèbre dentition, qui se tient en arrière-plan. Wall Street est décorée avec des drapeaux rouges. La foule en liesse et les chapeaux jetés en l’air suggèrent que Karl Marx devait avoir été un homme populaire au sein du district financier de New York.

Minor rêvait-il ? Bien au contraire, nous allons voir que Minor était très terre à terre en décrivant une alliance enthousiaste entre Wall Street et le socialisme marxiste. Les personnages du dessin de Minor, Karl Marx (symbolisant les révolutionnaires du futur Lénine et Trotsky), JP Morgan, John D. Rockefeller et Robert Minor lui-même, sont aussi des personnages importants de ce livre.

Les contradictions suggérées par le dessin de Minor ont été glissées sous le tapis de l’histoire parce qu’elles ne cadrent pas avec le spectre classique et consensuel de la gauche et de la droite en politique. Les bolchéviques sont à l’extrême gauche du spectre politique et les financiers de Wall Street sont à l’extrême droite, dès lors, raisonnons-nous de manière implicite, ces deux groupes n’ont absolument rien en commun et toute alliance entr’eux est totalement absurde. Les facteurs qui sont contraires à cet arrangement conceptuel sont en général rejetés comme observations bizarres ou d’infortunées erreurs. L’histoire moderne possède une telle dualité intégrée et il est certain que si trop de faits inconfortables ont été rejetés et poussés sous le paillasson, alors l’histoire est fausse.

D’un autre côté, on peut observer que les deux extrêmes, droite et gauche, du spectre politique, sont absolument collectivistes.

Le national socialiste (par exemple le fasciste) et le socialiste international (par exemple le communiste), recommandent tous deux des système politico-économiques totalitaires fondés sur la puissance politique pure et dure et la coercition individuelle. Les deux systèmes demandent un contrôle monopoliste de la société.

Alors que le contrôle monopoliste des industries fut au départ l’objectif de JP Morgan et de John D. Rockefeller, vers la fin du XIXème siècle le cœur de Wall Street avait compris que la manière la plus sûre de gagner un monopole sans conteste était “d’entrer en politique” et de faire travailler la société pour les monopolistes et ce sous couvert du bien et de l’intérêt publics. Cette stratégie fut détaillée en 1906 par Frederick C. Howe dans son ouvrage “Confessions d’un monopoliste”. Howe qui soit dit en passant, est aussi un personnage dans l’histoire de la révolution bolchévique.

Ainsi un emballage conceptuel alternatif des idées politiques et des systèmes politico-économiques serait de classifier le degré de liberté individuelle contre le degré de contrôle politique centralisé. Sous une telle classification, l’état providence industriel et le socialisme sont du même côté du spectre politique. C’est ainsi que l’on peut constater que les tentatives du contrôle monopoliste de la société peuvent être étiquettées différemment tout en ayant des traits de caractère très similaires.

En conséquence, une des barrières sur le chemin d’une compréhension mature de l’histoire récente est la notion que tous les capitalistes sont les ennemis jurés et mortels de tous les marxistes et socalistes. Cette idée erronée trouve son origine avec Karl Marx et fut sans aucun doute très utile pour ses objectifs. En fait, cette idée est un non-sens total. Il y a eu une alliance continue, même si savemment dissimulée, entre les capitalistes politiques internationaux et les socialistes révolutionnaires internationaux et ce pour leur bénéfice mutuel. Cette alliance n’a pas été pour ainsi dire observée, parce que les historiens, mis à part quelques exceptions notoires, ont une conception marxiste inconsciente biaisée et sont ainsi enfermés dans le moule de l’impossibilité qu’une telle alliance existe.

Le lecteur large d’esprit doit garder deux choses à l’esprit: les capitalistes monopolistes sont les ennemis mortels de la libre-entreprise et de ses entrepreneurs et aussi, au vu de la faiblesse de la planification centrale socialiste, l’état socialiste totalitaire est le marché captif parfait pour les capitalistes monopolistes si une alliance peut-être établie avec les tenants du pouvoir socialiste.

Supposons, car cela n’est qu’une hypothèse à ce stade, que les capitalistes monopolistes américains aient été capables de réduire une Russie sous planification socialiste au statut de colonie technique captive ? Ceci ne serait-il pas l’extension logique internationaliste du XXème siècle des monopoles sur les chemins de fer des Morgan et du trust pétrolier des Rockefeller de la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis?

Mis à part Gabriel Kolko, Murray Rothbard et les révisionistes, les historiens n’ont pas du tout été alertes quant à une telle combinaison d’évènements. L’historiographie, à de rares exceptions près, a été forcée dans la dichotomie capitalistes contre les socialistes. L’étude monumentale et lisible de George Kennan sur la révolution russe maintient de manière consistante cette fiction de la dualité entre Wall Street et le bolchévisme. “La Russie quitte la guerre” n’a qu’une seule référence incidentelle à la firme J.P Morgan et aucune référence du tout concernant la Guaranty Trust Company; et pourtant, ces deux organisations sont abondemment mentionnées dans les dossiers du Département d’État (NdT: le ministère des affaires étrangères américain), auxquels de fréquentes références sont faites dans ce livre, toutes deux étant partie des preuves principales présentées ici. Aucun de l’auto-incriminé “banquier bolchévique”, Olof Aschberg ni la banque Nya Banken de Stockholm ne sont mentionnés dans la recherche de Kennan et pourtant tous deux furent essentiels au financement bolchévique. De plus, , dans de circonstances mineures mais néanmoins cruciales, du moins cruciales pour notre développement, Kennan a commis des erreurs factuelles. Par exemple, Kennan cite le directeur de la banque de la réserve fédérale William Boyce Thompson comme quittant la Russie le 27 Novembre 1917. Cette date de départ rendrait physiquement impossible la présence de Thompson à Pétrograde le 2 Décembre 1917 d’où il transmît un télégramme de demande d’un million de dollars à Morgan à New York. Thompson en fait quitta Pétrograde le 4 Décembre 1917, deux jours après avoir envoyé le télégramme à New York. Là encore, Kennan fait état du fait que le 30 Novembre 1917, Trotsky fît un discours devant le soviet de Pétrograde dans lequel il observa: “Aujourd’hui, j’ai avec moi ici à l’institut Smolny, deux Américains en relation étroites avec les éléments capitalistes américains”. D’après Kennan, il est “difficile d’imaginer “ qui d’autre “auraient pu être” ces deux Américains, “sinon Robins et Gumberg”. En fait, Grumberg n’était pas américain mais russe. De plus, comme Thompson était toujours en Russie le 30 Novembre 1917, alors les deux Américains qui visitèrent Trotsky étaient plus certainement Raymond Robins, un promoteur minier devenu bon samaritain et… Thompson de la réserve fédérale de New York.

La bolchévisation de Wall Street était connue dans les cercles informés dès 1919. Le journaliste financier Barron enregistra une conversation avec le magnat du pétrole E.H. Doheny en 1919 qui mentiona spécifiquement trois financiers importants, William Boyce Thompson, Thomas Lamont et Charles R. Crane:

–       A bord du SS Aquitaine, soirée du Vendredi 1er Février 1919.

J’ai passé la soirée dans la suite des Doheny. Mr Doheny a dit: “Si vous croyez en la démocratie, vous ne pouvez pas croire au socialisme. Le socialisme est le poison qui détruit la démocratie. La démocratie veut dire des opportunités pour tous. Le socialisme fait croire qu’un homme peut quitter son travail et être mieux loti. Le bolchévisme est le fruit véritable du socialisme et si vous lisiez les témoignages intéressants devant les comités du sénat vers la mi-Janvier qui montrèrent tous ces pacifistes et faiseurs de paix comme des sympathisants de l’Allemagne, des socialistes et des bolchéviques, et vous verriez que la majorité des professeurs d’université aux Etats-Unis enseignent le socialisme, le bolchévisme et que cinquante-deux de ces professeurs étaient dans des comités pacifistes en 1914. Le président Eliot d’Harvard enseigne le bolchévisme. Les pires des bolchéviques aux Etats-Unis ne sont pas seulement les profs d’université dont le président Wilson fait partie, mais les capitalistes et les femmes de capitalistes et aucun ne semble savoir de quoi ils parlent. William Boyce Thompson enseigne le bolchévisme et il va sûrement convertir Lamont de JP Morgan and Co, Vanderlip est un bolchéviste ainsi que Richard Crane. Beaucoup de femmes rejoignent le mouvement et ni elles ni leurs maris ne savent de quoi il retourne ou ce à quoi cela mène. Henry Ford en est un autre, ainsi que la majorité  de la centaine d’historiens que Wilson a emmené à l’étranger avec lui avec cette idée insensée que l’histoire puisse enseigner à la jeunesse une juste démarcation des races, des gens et des nations géographiquement.”

En bref, ceci est l’histoire de la révolution bolchévique et de ce qui s’ensuivît, mais une histoire qui se démarque de l’approche traditionnelle des capitalistes contre les communistes. Notre histoire postule un partenariat entre le capitalisme international monopoliste et le socialisme révolutionnaire international pour servir leur bénéfice mutuel. Le coût humain final de cette alliance est retombé sur les épaules du citoyen russe, du citoyen américain. L’entreprenariat a été discrédité et le monde a été propulsé vers une planification socaliste inefficace comme résultat de ces manœuvres monopolistes dans le monde de la politique et de la révolution.

Ceci est aussi une histoire réfléchissant la trahison de la révolution russe. Les tsars et leur système politique corrompu furent éjectés pour n’être remplacés que par les agents du pouvoir d’un autre système corrompu. Là où les Etats-Unis auraient pu exercer une influence dominante pour amener une Russie libre, cela trébucha sur les ambitions de quelques financiers de Wall Street, qui pour leurs intérêts personnels, pouvaient accepter une Russie tsariste centralisée, une Russie marxiste centralisée, mais en aucune manière une Russie libre et décentralisée. Les raisons de ces hypothèses vont se dévoiler alors que nous développerons les faits sous-jacents et non-dits jusqu’ici, de la révolution russe et de ses conséquences.

Chapitre 2

Trotsky quitte New York pour faire la révolution

“Vous aurez une révolution, une terrible révolution. Quelle route prendra t’elle dépendra beaucoup des instructions de Mr Rockefeller à Mr Hague. Mr Rockefeller est le symbole de la classe dirigeante américaine et Mr Hague est le symbole de son outil politique.”

(Léon Trotsky à New York le 13 Décembre 1938, note: Hague était un politicien du New Jersey)

En 1916, l’année qui a précédée la révolution russe, l’internationaliste Léon Trotsky fut expulsé de France, officiellement à cause de sa participation à la conférence de Zimmerwald, mais aussi sans nul doute à cause des articles enflammés qu’il écrivît pour le journal Nashe Slovo, publication russe parisienne. En Septembre 1916, Trotsky fut poliment escorté à la frontière espagnole par la police française. Quelques jours plus tard, la police de Madrid l’arrêta et le plaça dans une “cellule de première classe” au prix de une peseta et demie par jour. Subséquemment, Trotsky fut conduit à Cadix, puis à Barcelone finalement pour être mis à bord du bateau à vapeur de la compagnie espagnole transatlantique, le S.S Montserrat. Ainsi, Trotsky et sa famille traversèrent l’océan Atlantique et arrivèrent à New York le 13 Janvier 1917 […]

[…] Comment pût survivre en Amérique capitaliste un Trotsky qui ne parlait que russe et allemand ?

D’après son autobiographie “Ma Vie”: “Ma seule profession à New York fut celle d’un socialiste révolutionnaire”. En d’autres termes, Trotsky écrivit des articles occasionnels pour le Novy Mir, le journal socialiste russe new yorkais. De surcroi, nous savons que l’appartement familial de Trotsky avait un réfrigérateur et un téléphone et que, d’après Trotsky lui-même, la famille voyageait occasionnellement en limousine. Ce mode de vie intrigua les deux jeunes garçons Trotsky. Quand ils se rendirent dans un salon de thé, les garçons demandaient anxieusement à leur mère pourquoi le chauffeur n’entrait pas avec eux ? Ce style de vie très confortable est également en porte à faux avec les revenus déclarés de Trotsky. Les seuls fonds que Trotsky admît avoir reçu pour l’année 1916 et 1917 furent de 310 US$ et d’après Trotsky toujours: “J’ai distribué ces 310 US$ à cinq immigrants qui retournaient en Russie.” Toujours est-il que Trotsky paya pour une cellule de première classe en Espagne, la famille Trotsky voyagea à travers l’Europe et les Etats-Unis, ils ont obtenu un excellent appartement à New York, payant trois mois de loyer en avance et ils avaient l’usage d’une limousine avec chauffeur pour leurs déplacements. Tout cela avec les revenus d’un révolutionnaire exilé appauvri qui écrivait quelques articles pour un journal de langue russe de faible diffusion le Nashe Slovo à Paris et le Novy Mir à New York !

Joseph Nedava estime les revenus de Trotsky pour 1917 à 12 US$ par semaine, “agrémentés de quelques piges pour discours et entretien”. Trotsky fut à New York en 1917 pour trois mois de Janvier à Mars, cela fait donc 144 US$ de revenu du Novy Mir et disons en étant large, 100 US$ de salaire pour quelques lectures, pour un total de 244 US$. De ces 244 US$, Trotsky devait donner 310 US$ à ses amis, payer pour son appartement de New-York, soutenir sa famille et trouver les 10 000 US$ qui lui furent confisqués par les autorités canadienne du port d’Halifax en Avril 1917. Trotsky maintient que ceux qui disent qu’il avait d’autres sources d7argent ne sont que des “mauvaises langues” promptes à “répandre des calomnies stupides et des mensonges”; mais à moins que Trotsky n’eut joué aux courses, ceci ne pouvait-être fait. Il est évident que Trotsky avait une autre source de revenus.

Quelle était cette source ? […]

[…] La plupart des enquêtes se sont centrées sur le fait vérifiable que lorsque Trotsky quitta New York en 1917 à destination de Pétrograde pour organiser la phase bolchévique de la révolution, il quitta la place avec 10 000 US$. En 1919, le comité sénatorial Overman enquêta sur la propagande bolchévique et l’argent allemand aux Etats-Unis et toucha incidemment à la source des 10 000 US$ de Trotsky. L’examination des dires du colonel Hurban, un attaché de Washington auprès de la délégation tchèque mena à ceci:

(NdT: s’ensuit dans le livre le transcript d’une partie de l’interrogatoire du comité qui établit le fait que Trotsky obtint les 10 000 US$ de ressortissants allemands alors qu’il était aux etats-Unis…) […]

[…] Il est ici assez remarquable de noter que le comité ajourna brusquement l’interview avant même que les “sources” de l’argent de Trotsky ne purent être placées dans les archives du sénat. Lorsque l’interview repris le lendemain, le comité Overman n’avait plus aucun intérêt de connaître le fin mot de cette histoire de financement de Trotsky[…]

[…] Une somme de 10 000 US$ de provemance allemande est aussi mentionnée dans le télégramme officiel britannique aux autorités navale du port d’Halifax en Nouvelle-Ecosse au Canada, qui requirent que Trotsky et tous les gens qui l’accompagnaient furent débarqués du S.S Kristianafjord. Nous avons aussi appris d’un rapport du directorat britannique pour le renseignement que Gregory Weinstein, qui fut en 1919 un élément important du bureau soviétique de New York, collecta des fonds pour Trotsky à New York. Ces fonds venaient d’Allemagne et furent acheminés via le Volks-Zeitung, un quotidien de presse allemand de New York et sponsorisé par le gouvernement allemand[…]

Woodrow Wilson et un passeport pour Trotsky

Le président Woodrow Wilson fut la bonne fée qui donna un passeport à Trotsky pour qu’il puisse retourner en Russie afin de “porter de l’avant” la révolution. Ce passeport américain était accompagné par un permis d’entrée en Russie et un visa de transit britannique. Jennings C. Wise, dans son livre “Woodrow Wilson: disciple de la révolution”, fait ce commentaire pertinent: “Les historiens ne doivent jamais oublier que Woodrow Wilson, et ce malgré les efforts intenses de la police britannique, rendît possible pour Léon Trotsky de rentrer en Russie avec un passeport américain.”

Le président Wilson a facilité le passage de Trotsky en Russie alors que dans le même temps, des bureaucrates prudents du département d’état (NdT: ministère des affaires étangères américain), concernés par de tels révolutionnaires entrant en Russie, tentaient de manière unilatérale de rendre plus difficile les procédures d’obtention de passeport. La branche de Stockholm câbla le département d’état le 13 Juin 1917 juste après le passage de Trotsky à la frontière finlando-russe: “la délégation a confidentiellement informé les bureaux de passeport russe, britannique et français à Tornéa (frontière), qu’elle était inquiète du passage de personnes suspicieuses en possession de passeports américains.” La réponse du département d’état américain le même jour fut comme suit: “le département exerce une attention particulière pour la délivrance des passeports pour la Russie” […]

[…] En conséquence, par vertu du traitement préférentiel accordé à Trotsky, lorsque le S.S Kritianafjord (NdT: S.S est un acronyme pour Steam Ship ou navire à vapeur) quitta New York le 26 Mars 1917, Trotsky était à bord avec un passeport américain, en compagnie d’autres révolutionnaires trotkistes, de financiers de Wall Street, de communistes américains et d’autres personnes non moins intéressantes, dont très peu avaient embarqué avec pour but des affaires légitimes. Cet amalgame de passagers a été décrit par Lincoln Steffens, le communiste américain:

“La liste de passagers était longue et mystérieuse. Trotsky menait un groupe de révolutionnaires; il y avait un révolutionnaire japonais dans ma cabine. Il y avait un bon nombre de Hollandais qui se pressaient de revenir chez eux depuis Java. Ils étaient les seules personnes innocentes à bord. Le reste n’était que des messagers de guerre, deux de Wall Street pour l’Allemagne…”

Notablement, Lincoln Steffens était en route pour la Russie à l’invitation spécifique de Charles Richard Crane, un soutien et ex-président du comité des finances du parti démocrate. Charles Crane, le vice-président de la Crane Company, avait organisé la Westinghouse Company en Russie, était un membre de la mission Root en Russie et avait fait pas moins de vingt-trois visites en Russie entre 1890 et 1930. Richard Crane, son fils, était l’assistant confidentiel de secrétaire d’état d’alors (NdT: assistant ministre des affaires étrangères) Robert Lansing. D’après l’ancien ambassadeur américain en Allemagne William Dodd, Crane “fit beaucoup pour amener la révolution de Kerensky, qui mena au communisme.” Ainsi les commentaires de Steffens dans son journal de bord à propos des converstaions a bord du S.S Kristianafjord sont très pertinents: “… tous étaient d’accord pour dire que la révolution nétait que dans sa premère phase, qu’elle devait grandir. Crane et les radicaux russes à bord pensent que nous devrions être à Pétrograde pour la continuité de la révolution.”

Crane retourna aux Etats-Unis après que la révolution bolchévique fut achevée (c’est à dire, la continuité de la révolution), et bien que citoyen privé, il reçut des rapports de première main sur le progrès de la révolution bolchévique au long des réceptions des télégrammes du département d’état. Par exemple, une memorandum daté du 11 Décembre 1917 est intitulé: “Copie du rapport de la révolte maximaliste pour Mr Crane”. L’origine du meme était de Maddin Summers, consul général américain à Moscou et la lettre de présentation de Summers dit en partie:

“J’ai l’honneur d’incorporer ci-joint une copie du même rapport avec la requête qu’il soit envoyé pour l’information confidentielle de Mr Charles R. Crane. Il est assumé que le département ne verra aucune objection à ce que Mr Crane ait connaissance du rapport…”

Brièvement, l’image improbable et inquiétante qui émerge est que Richard Crane, un ami et soutien de Woodrow Wilson et un financier important doublé d’un politicien, a eu un rôle connu dans la “première” révolution et voyagea à la mi-1917 en Russie en compagnie du communiste américain Lincoln Steffens, qui était en relation avec Woodrow Wilson et Trotsky. Ce dernier était en possession d’un passeport américain délivré sur ordre du président Wilson et de 10 000 US$ en provenance supposée de sources allemandes. A son retour aux Etats-Unis, après la “seconde” révolution, Crane a bénéficié de l’accès à des documents officiels confidentiels concernant la consolidation du régime bolchévique. Ceci représente un tissu de faits interliés, intrigants, qui demandent plus de recherche et qui suggère, bien que à ce stade sans preuve évidente, que des liens existent entre le financier Crane et le révolutionaire Trotsky.

Les documents canadiens sur la remise en liberté de Trotsky

Des documents du court passage de Trotsky entre les mains des autorités canadiennes sont maintenant déclassifiees et disponibles auprès des archives du gouvernement canadien. D’après ces archives, Trotsky fut débarqué du S.S Kristianafjord par des personnels de la marine canadienne et britannique dans le port d’Halifax (Nouvelle-Ecosse), le 3 Avril 1917; il  fut enregistré comme un prisonnier de guerre allemand et interné au camp d’Ambherst en Nouvelle-Ecosse érigé pour les prisonniers allemands. Mme Trotsky, les deux garçons et cinq autres hommes russes décrits comme étant des “socialistes russes”, furent également débarquees et internés. Leurs noms sont enregistrés par les autorités canadiennes comme suit: Nickita Muchin, Leiba Fisheleff, Konstantin Romanchanco, Gregor Teheodnovski, Gerchon Melintchansky et Léon Bronstein Trotsky (toutes les ortographes identiques aux documents originaux).

Le formulaire de l’armée canadienne LB-1, sous le numéro de série 1098 (incluant les empruntes digitales des pouces) fut complété pour Trotsky, avec la description suivante: “37 ans, exilé politique, profession journaliste, né à Gromskty, Chuson, Russie, citoyen russe”. Le formulaire fut signé par Leon Trotsky et son nom complet donné comme étant: Leon Bromstein (sic) Trotsky […]

[…] Le 20 Avril 1917, la capitaine Matkins écrivit à l’amiral Kingsmill expliquant ses raisons d’avoir débarqué Trotsky; il refusa d’être mis sous pression et de prendre une décision en disant: “Je vais câbler à l’amirauté et l’informer que la milice des autorités demande une décision rapide concernant les suites à donner à l’affaire.” Le jour suivant, le 21 Avril, Gwatkin écrivit à Coulter: “Nos amis les socialistes russes doivent être libérés; des arrangements sont en ce moment en cours pour assurer leur passage en Europe.” L’ordre donné au capitaine Matkins de libérer Trotsky avait pour origine l’amirauté de Londres. Coulter reconnu l’informatiom d’un: “ceci plaira immensément à nos correspondants de New York.” […]

Les vues des services de renseignement canadiens sur Trotsky

Nous pouvons approcher le cas de la libération de Trotsky sous un autre angle: celui du renseignement canadien.

Le lieutenant-colonel John Bayne MacLean, un important éditeur et homme d’affaires canadien, fondateur et président de la MacLean Publishing Company de Toronto, géra plusieurs journaux canadiens de commerce, incluant le Financial Post. MacLean avait également une très longue association avec les services de renseignement militaires de l’armée canadienne.

En 1918, le colonel MacLean écrivit un article dans son propre magazine “MacLean’s”, article intitulé: “Pourquoi avons-nous laissé partir Trotsky ? Comment le Canada a perdu une opportunité de racourcir la guerre” […]

[…] En premier lieu, il convient de dire que le colonel MacLean était un homme intègre, aqui possédait d’excellentes connexions au sein du gouvernement et des services de renseignement canadiens. En second lieu, les archives du gouvernement déclassées depuis par le Canada, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, confiment les déclarations de MacLean à un bon degré de signifiance. Certaines déclarations de MacLean doivent être confirmées, mais l’information à notre disposition en ce début des années 1970 n’est pas nécessairement inconsistante avec l’article du colonel MacLean.

MacLean ouvre le débat de la sorte: “quelques politiciens canadiens ou officiels furent dûment responsables du prolongement de la guerre (1ère guerre mondiale), pour la grande perte de vies humaines, les blessures et les souffrances de l’hiver 1917 et des grandes offensives de 1918.”

De plus, dit MacLean, ces personnes faisaient (en 1919) tout ce qui était possible pour empêcher le parlement et le public canadiens d’obtenir les faits relatés. Les rapports officiels, incluant ceux de Sir Douglas Haig, démontrent que si ce ne fut pour le désengagement de la Russie en 1917, la guerre aurait été finie au moins un an avant et que “l’homme responsable de la défection de la Russie fut Trotsky… agissant sur instructions de l’Allemagne.”

Qui était Trotsky ? D’après MacLean, Trotsky n’était pas Russe mais Allemand. Aussi bizarre que cette assertion puisse paraître, cela coïncide avec d’autres pièces d’information et de renseignement qui stipulent que Trotsky parlait mieux allemand que russe et qu’il était l’exécutif russe du “Black Bond” allemand. D’après MacLean, Trostsy a été ostentatoirement expulsé de Berlin en Août 1914, il arriva finalement aux Etats-Unis d’où il organisa les révolutionnaires russes, ainsi que des révolutionnaires dans l’ouest canadien, qui “étaient essentiellement des Allemands et des Autrichiens voyageant comme des Russes”. Mac Lean continue:

“Originellement, les britanniques se sont rendus compte par leurs associés russes que Kerensky, Lénine et quelques autres leaders moindres étaient payés par l’Allemagne depuis au moins 1915 et ils découvrirent en 1916 les connexions avec Trotsky qui vivait à New-york. A partir de ce moment là il fut observé sans relâche par… le service de déminage. Au début de l’année 1916 un officiel allemand se rendît à New-York. Les officiels du renseignement britannique l’accompagnèrent. Il fut détenu à Halifax, mais sur leur instruction il fut permis qu’il continua sa route avec moultes excuses pour le retard occasionné. Après pas mal de manœuvres, il arriva dans un petit bureau de presse sale dans les bidonvilles et trouva Trotsky, pour lequel il portait des instructions importantes. De Juin 1916, jusqu’à ce qu’ils le relaient au service britannique, le service de déminage de New York ne perdit jamais le contact avec Trotsky. Ils découvrirent que son véritable nom était Braunstein et qu’il était Allemand et non pas russe.”

Une telle activité allemande en pays neutres a été confirmée dans un rapport du département d’état (316-9-764-9), qui décrivait l’organisation de refugiés russes pour des buts révolutionnaires […]

[…] Trotsky a été relâché “à la requête de l’ambassade britannique de Washington… qui a agit sur la requête du département d’état américain, qui lui agissait pour quelqu’un d’autre…” Les officiels canadiens furent instruits “d’informer la presse que Trotsky était un citoyen américain voyageant avec un passeport américain et que sa relâche avait été spécifiquement demandée par le département d’état à Washington. De plus, ecrit toujours MacLean, à Ottawa “Trotsky avait et continue à avoir, une très forte influence. Là, son pouvoir est si grand que des ordres furent donnés pour que toute considération lui soit accordée.”

Le thème général sur lequel MacLean s’épanche est bien évidemment que Trotsky avait des relations intimes et probablement travaillait pour l’état major allemand. Alors que ces relations ont été établies en ce qui concerne Lénine, jusqu’à confirmer que Lénine était financé et son retour en Russie facilité par l’Allemagne, il apparaît comme quasi certain que Trotsky fut aidé de la même façon. Le fond de 10 000 US$ de Trotsky à New York était de source allemande et un document archivé du département d’état américain récemment déclassifié déclare:

“9 Mars 1918, au consul américain, Vladivostok; de Polk, faisant fonction de secrétaire d’état, Washington D.C

Pour votre information confidentiel et prompte attention: ce qui suit est la substance d’un message du 12 Janvier émanant de Von Schanz de la Banque Impériale allemande à Trotsky. Message accorde la banque impériale d’un crédit de 5 millions de roubles à envoyer à l’assistant commissaire naval en chef Kudrisheff d’extrême Orient…”

Ce message suggère une liaison entre Trotsky et les Allemands en Janvier 1918, une époque où Trotsky proposait une alliance avec l’occident. Le département d’état ne donne pas la provenance du message, seulement qu’il provient du bureau du personnel de l’école de guerre. Le département d’état a traité ce message comme authentique et a agit en conséquence sur la base d’une authenticité assumée. Ceci est consistant avec le thème général de l’article du colonel MacLean.

Les intentions et objectifs de Trotsky

Par conséquent, nous pouvons dériver la séquence d’évènements suivante: Trotsky a voyagé de New York à Pétrograde avec un passeport suppléé suite à l’intervention du président Woodrow Wilson et avec l’intention déclarée de “poursuivre plus avant” la révolution. Le gouvernement britannique fut la source d’origine de sa libération de détention par les autorités canadiennes en Avril 1917, mais il se peut très bien qu’il y ait eu des “pressions”. Lincoln Steffens, un communiste américain, a agit comme relais entre Wilson et Charles R. Crane et entre Crane et Trotsky. De plus, alors que Crane n’avait aucune position officielle, son fils Richard était l’assistant confidentiel du secrétaire d’état Robert Lansing et Crane senior reçu des rapports rapides et détaillés sur les progrès de la révolution bolchévique. De plus, l’ambassadeur William Dodd (ambassadeur américain en Allemagne durant la période d’Hitler) a dit que Crane a eu un rôle actif dans la phase Kerensky de la révolution; les lettres de Steffens confirment que Crane voyait la  phase Kerensky comme n’étant qu’une étape dans la continuité de la révolution.

Le point intéressant n’est pas tant la communication parmi des personnes disparates comme Crane, Steffens, Trotsky et Woodrow Wilson, que l’existence d’au moins une mesure d’accord sur la procédure à suivre, à savoir que le gouvernement provisoire était vu comme “provisoire” et que la “seconde révolution” devait suivre.

D’un autre côté, l’interprétation des intentions de Trotsky doit être sujette à précaution: il était un adepte du double jeu. La documentation officielle démontre très clairement des actions contradictoires. Par exemple, la division admonistrative des affaires d’´xtrême orient du département d’état américain, reçût le 23 Mars 1918, deux rapports de Trotsky. L’un est inconsistent avec l’autre. Un rapport du 20 Mars 1918 de Moscou ayant pour origine le journal russe Russkoe Slovo; le rapport citait une interview avec Trotsky dans lequel il disait que l’alliance avec les Etats-Unis était impossible:

“La Russie des soviers ne peut pas s’aligner sur l’Amérique capitaliste car ce serait une trahison. Il est possible que les Américains cherchent un rapprochement avec nous, motivé par leur antagonisme avec le Japon, mais dans tous les cas il ne peut pas y avoir d’alliance de notre part et de quelque nature que ce soit avec une natio bourgeoise.”

Dans l’autre rapport, provenant aussi de Moscou figure un message du 17 Mars 1918, trois jours plus tôt, et de l’ambassadeur Francis: “Trotsky demande cinq officiers américains comme inspecteurs de l’armée étant organisée pour la défense et aussi demande des techniciens de chemins de fer et de l’équipement.”

Cette requête vers les Etats-Unie est bien évidemment inconsistante avec la rejection de “l’alliance” […]

[…] tant que nous verrons tous les révolutionnaires internationaux et tous les capitalistes internationaux comme étant des ennemis implacables les uns des autres, alors nous ne verrons jamais le point crucial, à savoir qu’il y a effectivement eu une coopération opérationnelle entre les capitalistes internationaux, ceci incluant les fascistes et les révolutionnaires internationaux; il n’y a a priori aucune raison de rejeter Trotsky comme ne faisant pas partie de cette alliance.

Cette tentartive de réévaluation limitée sera remis plus en lumière quand nous verrons l’histoire de Michael Gruzenberg, l’agent en chef des bolchéviques en Scandinavie qui sous le pseudnyme d’Alexandre Gumberg était aussi un conseiller confidentiel de la Chase National Bank de New York et plus tard à la Floyd Odium of Atlas Corporation. Ce rôle ambivalent était connu et accepté des deux employeurs soviétiques et américains. L’histoire de Gruzenberg est un cas d’école de l’histoire de l’alliance entre la révolution internationale et le capitlaisme international.

Les observations du colonel MacLean sur Trotsky ayant “une forte influence” et que “son pouvoir était si grand que des ordres furent donnés pour lui garantir la plus grande considération”, ne sont pas du tout inconsistantes avec l’intervention de Coulter-Gwatkin au profit de Trotsky ou plus tard avec les accusations stalinistes des procès des années 1930 (NdT: qui disaient que Trotsky était un agent de capital); elles ne spnt pas non plus inconsistantes avec le cas Gruzenberg. D’un autre côté, le seul lien direct connu de Trotsky avec la finance internationale est à travers son cousin Abram Givatovzo, qui était un banquier privé à Kiev avant la révolution russe et à Stockholm après la révolution. Alors que Givatovzo professait l’anti-bolchévisme, il agissait en fait pour les soviets en 1918 au cours de transaction de changes […]

[…] En bref, les allégences ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent-être. Nous pouvons quoi qu’il en soit conjecturer que Trotsky, Aleinikoff, Wolf, Coulter et Gwatkin en agissant pour un objectif commun limité avaient aussi un but commun plus important que l’allégeance nationale ou le label politique. Il n’y a pas de preuve que cela fut. Ceci n’est pour le moment qu’une supposition logique qu’on peut tirer des faits. Une loyauté plus haute que celle forgée par un but commun immédiat n’a pas besoin d’être plus que l’amitié, même si cela peut-être une vue de l’esprit considérant le polyglotisme impliqué. Cela a aussi pu être motivé par d’autres intérêts. Nous n’avons toujours qu’une vue partielle.

Chapitre 3

Lénine et l’assistance allemande à la révolution bolchévique

“Ce ne fut pas avant que les bolchéviques aient reçu de notre part un flot plus constant de fonds au moyen de diverses sources et sous différents labels, qu’ils furent en position de développer leur organe d’information majeure la “Pravda” afin de conduire leur propagande énergique et d’être capables d’étendre la base originellement étroite de leur parti.”

(von Kühlmann, ministre des affaires étrangères allemands au Kaiser le 3 Décembre 1917)

En Avril 1917, Lénine et un froupe de 32 révolutionnaires russes, la plupart bolchéviques, voyagèrent en train depuis la Suisse, à travers l’Allemagne et la Suède jusqu’à Pétrograde en Russie. Ils étaient en route pour rejoindre Léon Trotsky afin de “compléter la révolution”. Leur voyage de transit à travers l’Allemagne fut approuvé, facilité et financé par le grand-état major allemand. Le transit de Lénine et son passage en Russie faisait partie d’un plan approuvé par la commandement suprême allemand et n’a pas été immédiatememt porté à la connaissance du Kaiser; ceci fut fait afin d’aider à la désintégration de l’armée russe et d’éliminer la Russie de la première guerre mondiale. La possibilité que les bolchéviques puissent être retournés contre l’Allemagne et l’Europe ne vint pas à l’idée de l’état-major allemand. Le Major Général Hoffman a écrit:” Nous n’avons jamais su ou prévu le danger pour l’humanité résultant de ce voyage des bolchéviques en Russie.”

Au plus haut niveau, le politicien allemand qui autorisa le voyage de Lénine vers la Russie fut le chanclier Theobald von Bethmann-Hollweg, un descendant de la famille banquière de Francfort Bethmann, qui devînt très prospère au XIXème siècle. Bethmann-Hollweg fut nommé chancelier en 1909 et devint en Novembre 1913 le premier chancelier victime d’un vote de censure au Reichstag. Ce fut lui qui dit au monde en 1914 que la garantie allemande sur la Belgique n’était “qu’un vulgaire bout de papier” […]

[…] dès 1917, Bethmann-Hollweg avait perdu son soutien au Reichstag et dût démissionner, mais pas avant avoir approuvé le transit des révolutionnaires bolchéviques en Russie par l’Allemagne. Les instructions du transit allèrent de Bethmann-Hollweg à son secrétaire d’état Arthur Zimmermann, qui était directement sous Bethmann-Hollweg et qui supervisa les d´´tails des opérations au quotidien avec les ministres allemands à la fois à Berne et à Copenhague. Le Kaiser lui-même ne fut mis au courant du mouvement révolutionnaire qu’après le passage de Lénine en Russie.

Bien que Lénine lui-même ne fut pas au courant de la source précise de l’assistance, il savait très certainement que les Allemands fournissaient le financement. Il y eut quoi qu’il en soit des liens intermédiaires entre le ministère des affaires étrangères allemands et Lénine ainsi que le montre ce qui suit:

Le transferts de Lénine en Russie d’Avril 1917

–       Décision finale: Chancelier Bethmann-Hollweg

–       1er intermédiare: Arthur Zimmermann (secrétaire d’état)

–       2ème intermédiare: Brockdorff-Rantzau (ministre allemand à Copenhague)

–       3ème intermédiare: Alexandre Israël Helphand (alias Parvus)

–       4ème intermédiaire: Jacob Furstenberg (alias Ganetsky)

–       Lénine en Suisse

[…] Bien que le chancelier Bethmann-Hollweg fut l’autorité finale qui décida du transfert de Lénine et bien que celui-ci était très certainement au courant de l’origine allemande de l’assistance, Lénine ne peut néanmoins pas être étiquetté comme un agent allemand. Le ministère des affaires étrangères allemand évalua les actions probales de Lénine en Russie et décida qu’elles étaient consistantes avec leur propre objectif de la dissolution de la structure du pouvoir existant en Russie. Quoi qu’il en soit, les deux parties avaient un agenda caché: L’Allemagne voulait une priorité sur le marché russe de l’après-guerre et Lénine avait pour intention d’établir une dictature marxiste.

L’idée d’utiliser les révolutionnaires de cette façon peut-être tracée dès 1915. Le 14 Août de cette année-là, Brockdorff-Rantzau écrivit au sous-secrétaire d’état allemand à propos de sa conversation avec Helphand (Parvus) et fît une importante recommandation d’employer Helphand “un homme extraordinairement important dont nous devrions employer les pouvoirs peu communs pour la durée de la guerre…” Inclus dans le rapport était une mise en garde: “Il serait peut-être risqué d’utiliser les pouvoirs derrière Halphand, mais ce serait sans nul doute une admission de notre faiblesse si nous devions refuser leurs services par peur de ne pas être capable de les diriger.”

Les idées de Brockdorff-Rantzau de diriger et de contrôler les révolutionnaires furent en parallèle, comme nous le verrons, avec celles des financiers de Wall Street. Ce fut JP Morgan et l’Americain International Corporation qui tentèrent de contrôler les révolutionnaires à la fois américains et étrangers aux Etats-unis pour leurs propres intérêts.

Un autre document établît les termes de la demande de Lénine, dont le point le plus intéressant fut le point #7, qui permettrait aux troupes russes “d’entrer en Inde”, ce qui suggéra que Lénine avait l’intention de poursuivre le projet expansioniste du tsar. Zeman note aussi le rôle de Max Warburg dans l’établissement d’une maison d’édition russe et annonce un accord daté du 12 Août 1916 dans lequel l’industriel allemand Stinnes acquiesça de contribuer pour deux millions de roubles pour le financement d’une maison d’édition en Russie.

Ainsi, le 16 Avril 1917, un groupe de 32 personnes à bord d’un train, incluant Lénine, sa femme Nadezhda Krupskaya, Grigori Zinoviev, Skolnikov et Karl Radek, partirent de la gare centrale de Berne en route pour Stockholm. Lorsque le groupe arriva à la frontière russe, seuls Fritz Plattan et Radek se virent refuser l’entrée en Russie. Le reste du groupe fût autorisé à entrer en Russie. Plusieurs mois plus tard, ils furent suivis par quelques 200 Menchéviks, incluant Martov et Axelrod.

Il convient ici de noter que Trotsky, qui était à New York pendant ce temps là, a obtenu des fonds également traçables à des sources allemandes. De plus, von Kühlmann fait allusion à l’inabilité de Lénine d’élargir la base du parti bolchévique avant que les Allemands n’aient suppléé les fonds. Trotsky était un menshévik qui ne tourna bolchévique qu’en 1917. Ceci suggère que les fonds allemands étaient peut-être liés à la condition que Trotsky change de label politique.

Les documents Sisson

Au début de 1918, Edgar Sisson, le représentant à Pétrograde du comité d’information publique états-unien acheta un certain nombre de documents russes qui étaient supposés prouver que Trotsky, Lénine et les autre révolutionnaires bolchéviques étaient non seulement payés par le gouvernment allemand mais en étaient des agents.

Ces documents, plus tard appelés les “documents Sisson”, furent envoyés aux Etats-Unis en toute hâte et secret. A Washington D.C, ils furent soumis à l’attention du comité national de service historique pour identification. Deux historiens influents, J. Franklin Jameson et Samuel N. Harper, testifièrent de leur authenticité. Ces historiens divisèrent les documents de Sisson en trois groupes. Concernant le premnier groupe ils conclurent:

“Nous avons soumis avec grande attention ces documents à tous les tests possiblement applicables et auxquels les étudiants sont familiers… Sur la base de ces études, nous n’avons aucune hésitation à déclarer que nous ne voyons aucune raison de douter de l’authenticité de ces 53 documents.”

Les historiens furent moins confiants quant au matériel du second groupe de documents. Ce groupe ne fut pas rejeté comme des faux, mais il fut suggéré qu’ils étaient des copies de documents originaux. Bien que les historiens firent “une déclaration de non confiance” sur le 3ème groupe, ils n’étaient pas prêts à déclarer qu’ils étaient des faux.

Les documents Sisson furent publiés par le comité d’information publique, dont le président était George Creel, un ancien contributeur du journal bolchévique “Masses”. La presse américaine en général accepta ces documents comme étant authentiques avec pour seule exception notire le New York Evening Post, propriété à l’époque de Thomas W. Lamont, un associé de la firme JP Morgan. Quand seulement quelques uns furent publiés, le Post défia l’authenticité de tous les documents.

Nous savons aujourd’hui que les documents Sisson étaient des faux, seulement une ou deux des circulaires allemandes d’importance mineure étaient authentiques. Une simple examination des en-têtes de lettres suggère que les faussaires étaient des faussaires inhabituellement maladroits, peut-être travaillant pour le marché américain très naïf. Le texte de langue allemande était truffé de termes qui étaient à la limite du ridicule, par exemple: le mot “bureau” au lieu du mot allemand “Büro” ou “central” au lieu du mot allemand “zentral”, etc…

Que les documents sont des faux est la conclusion de l’étude exhaustive de George Kennan et des études faites dans les années 1920 par le gouvernement britannique. Quelques documents étaient basés sur des informations réelles et comme l’observe Kennan, ceux qui les forgèrent eurent accès à des informations de première qualité. Par exemple les documents 1, 54, 61 et 67 mentionnent que la banque Nya Banken de Stockholm a servi de conduit pur les fonds destinés aux bolchéviques depuis l’Allemagne. Ce réseau a été confirmé par plusieurs sources très fiables. Les documents 54, 63 et 64 mentionnent Furstenberg comme étant l’intermédiaire bancaire entre les Allemands et les bolchéviques, le nom de Furstenberg apparaît dans d’autres documents authentiques. Le document de Sisson # 54 mentionne Olof Aschberg et celui-ci d’après sa propre déclaration était le “banquier bolchévique”. Aschberg était le directeur de Nya Banken en 1917. D’autres documents dans les documents Sisson mentionnent une liste de noms et d’institutions, tels que la banque allemande Naphta-Industrial, la Disconto Gesellschaft et Max Warburg, le banquier de Hambourg, mais des preuves plus tangibles ne sont pas au rendez-vous. De manière générale, les documents Sisson, bienqu’étant des faux, sont quoi qu’il en soit basés sur des informations exactes […]

La partie de bras de fer à Washington

[…] Le premier rapport des évènements du début Novembre atteignit Washington le 9 Décembre 1917. Ce rapport décrivit la nature peu intense de la révolution per se, mentionait que le général William V. Judson avait fait une visite non autorisée à Trotsky et rapporta la présence d’Allemands à Smolny, le QG soviétique.

Le 28 Novembre 1917, le président Woodrow Wilson ordonna la non interférence avec la révolution bolchévique. Cette instruction vint apparemment en réponse à une requête de l’ambassadeur Francis pour une conférence alliée à laquelle la Grande-Bretagne avait déjà dit oui. Le département d’état argumenta qu’une tele conférence n’était pas pratique. Il y eut de longues discussions à Paris entre les alliés et le colonel Edward M. House, qui en référa au président Wilson comme étant “de longues et fréquentes discussions au sujet de la Russie”. De cette conférence, House dit que l’Angleterre “acquiesçait passivement”, que la France “était indifféremment contre” et l’Italie “activement aussi”. Woodrow Wilson approuva peu après un télégramme du secrétaire Robert Lansing qui donnait une assistance financière pour le mouvement Kaledin. Il y  avait aussi des rumeurs que “les monarchistes travaillaient avec les bolchéviques…” que le gouvernement de Smolny était complètement sous contrôle de l’état-major allemand et d’autres rumeurs qui disaient que tout ou partie des bolchéviques étaient des américains.” […]

[…] Le 20 Février 1918 l’amabassadeur Francis câbla à Washington pour rapporter que le gouvernement bolchévique approchait de sa fin. Deux semaines plus tard, le 7 Mars 1918, Arthur Bullard rapporta au Colonel House que de l’argent allemand maintenait à flot les bolchéviques et que cette subside était bien plus substantielle que pensée auparavant. Arthur Bullard (du comité d’information publique) argumentait: “Nous devons nous préparer à aider  quelque gouvernement national honnête que ce soit. Mais hommes, argent ou équipement envoyés à ceux aux commandes actuellement seront utilisés contre les Russes tout autant que contre les Allemands.” Ceci fut suivi par un autre message de Bullard au colonel House: “je ne conseille pas de donner une aide matérielle au gouvernement russe actuel; des éléments sinistres des soviets semblent gagner le contrôle.”

Mais il y eut des contre-forces influentes qui œuvrèrent. Dès le 28 Novembre 1917. Le colonel House câbla au président Wilson depuis Paris qu’il pensait que c’était important que la presse américaine commence à commenter sur le fait que “la Russie devrait être traitée comme un ennemi”, devrait être “supprimée”. Le mois suivant, William Franklin Sands, secrétaire exécutif de l’American International Corporation sous contrôle de JP Morgan et un ami de Basil Miles, soumît un memorandum qui décrivait Lénine et Trotsky comme ayant les faveurs des masses et pressait les Etats-Unis de reconnaître la Russie soviétique. Même le socialiste américain Walling se plaignît auprès du département d’état à propos de l’attitude pro-soviet de George Creel (du comité américain d’information publique), de  Herbert Swope et de William Boyce Thompson (de la banque de la réserve fédérale de New York).

Le 17 Décembre 1917, apparût dans un journal de Moscou une attaque sur le colonel Raymond Robins de la Croix Rouge et Thompson et qui insinuait un lien entre la révolution russe et des banquiers américains:

“… Pourquoi l’argent fut-il donné aux socialistes révolutionnaires et non pas aux démocrates constitutionnels ? On devrait pourtant supposer ceux-ci plus proches et plus chers aux cœurs des banquiers.”

L’article continue à argumenter que cela était parce que le capital américain regardait la Russie comme un futur marché et voulait ainsi s’implanter solidement. L’argent fut donné aux révolutionnairex parce que les travailleurs et les paysans font confiance aux socialistes révolutionnaires. Au moment où l’argent arriva aux révolutionnaires, ceux-ci étaient alors au pouvoir et il était supposé qu’ils y resteraient pour un moment.

Un autre rapport datant du 12 Décembre 1917 en provemance de Raymond Robins, détaille “des négociations avec un groupe de banquiers américains de la mission de la Croix Rouge américaine”. Les “négociations” avaient pour sujet le paiement de deux millions de dollars. Le 22 Janvier 1918, Robert L. Owen, le président du comité des changes du sénat américain et lié aux intérêts de Wall Street, envoya une lettre à Woodrow Wilson recommandant une reconnaissance de facto de la Russie soviétique par les Etats-Unis, la permission d’un envoi immédiat de produits qui étaient en demande de manière urgente là-bas, la nomination de représentants en Russie pour contre-balancer l’influence allemande et la création d’un groupe de service professionnel en Russie.

Cette approche fut aidée de manière consistante par Raymond Robis en Russie… D’après Robins, les bolchéviques voulaient l’assistance des Etats-Unis et une coopération commune ave cla réorganisation des chemins de fer, parce que “par leur généreuse assistance et conseil technique à réorganiser le commerce et l’industrie, l’Amérique pourra entièrement exclure le commerce allemand pour le reste de la guerre.”

En bref, le bras de fer à Washington était un reflet de la lutte entre d’un côté, la vieille ligne de la diplomatie (comme l’ambassadeur Francis) et les officiels de bas-étage des départements administratifs et de l’autre côté, des financiers comme Robins, Thompson et Sands avec des alliés comme Lansing et Miles au département d’état et le sénateur Owen au congrès.

En 1976, il publia le second volet de la trilogie, dont nous proposons ici la traduction de larges extraits (la traduction française totale étant à notre connaissance inexistante… merci de nous dire si le lectorat en trouve trace)

Wall Street et la montée en puissance d’Hitler” (Extraits)

1 ère partie

Par Antony C. Sutton (éditions Buccaneer Books, 1976, 220 pages)

Version anglaise en ligne:

http://reformed-theology.org/html/books/wall_street/index.html

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Note des traducteurs: Le professeur Antony Cyril Sutton (1925-2002), économiste et historien britannique ayant vécu une très grande partie de sa vie aux Etats-Unis, est une sommité du monde académique et pourtant il n’est connu que dans des cercles restreints. Pourquoi?

Parce qu’il a passé la vaste majorité de sa vie professionnelle à rechercher et à analyser les dessous du pouvoir. Il était un conservateur qui ne pouvait accepter le degré de trahison des “élites” dirigeantes occidentales sur les multiples facettes du monde économique, politique et social.

Docteur ès Sciences de l’université de Southampton, il fut professeur entre 1968 et 1973 à Stanford University (Californie), maître de recherche associé au Hoover Institute, un des berceaux conservateurs s’il en est dans l’establishment éducatif états-unien.

Entre 1968 et 1973, il publia en trois volumes les fruits de ses recherches sur le transfert de technologie s’opérant entre les Etats-Unis, l’occident et l’URSS: “Western Technology and the Soviet Economic Development”. Pour le professeur Sutton, le transfert de technologie était tel que cela en était une trahison pure et simple, surtout considérant le fait, que le transfert de technologie vers l’URSS et le bloc de l’Est soutenait directement les efforts de guerre du Vietnam contre les Etats-Unis. Le professeur Sutton non seulement condamnait cette guerre, mais de plus il rendait responsable l’élite banquière et industrielle états-unienne de la mort des jeunes soldats américains dans cette guerre impérialiste. Inutile de dire que le professeur Sutton se retrouva vite au ban de l’intelligentsia et du monde académique américains.

En 1974, Sutton publia le premier ouvrage de sa trilogie sur les financements de Wall Street: “Wall Street and the Bolshevik Revolution” (traduction à venir).

En 1976, il publia le second volet de la trilogie, dont nous proposons ici la traduction de larges extraits (la traduction française totale étant à notre connaissance inexistante… merci de nous dire si le lectorat en trouve trace): “Wall Street and the Rise of Hitler”, ouvrage qui fut suivit la même année du troisième volet: “Wall Street and Franklin Delano Roosevelt”.

Le livre dont nous proposons ici la traduction de larges extraits est le résultat de près d’une demie décennie d’étude approfondie des archives du procès de Nüremberg, dont les tonnes d’archives sont entreposées (microfilmées) au Hoover Institute de l’Université de Stanford. Sutton y eut accés libre pour ses recherches. La transcription du procès de Nüremberg fut publié en 42 volumes en anglais (41 en français), mais certains documents et chaînes d’évènements furent cachés et non divulgués pour des raisons évidentes comme nous allons le voir…

Voici ce qui est dit sur le site internet du professeur Sutton:

“Antony Sutton a été persécuté mais jamais attaqué en justice pour ses recherches et leurs publications. Sa carrière académique fut brisée par sa dévotion à découvrir et énoncer la vérité. En 1968, le fruit de ses recherches sur “La technologie occidentale et le développement économique de l’URSS” fut publié par le Hoover Institute de l’université de Stanford. Sutton y montre comment la base technologique et de production de l’état soviétique, qui s’est engagé à suppléer de l’armement au Nord-Vietnam et contribue par là-même à la mort et l’estropiage de jeunes soldats américains, fût construite par des entreprises industrielles américaines et payée essentiellement par le contribuable américain. Depuis leurs grandes usines d’acier et de fer à la construction d’équipement automobile en passant par une technologie de précision, de l’informatique, essentiellement la majorité de l’entreprise industrielle soviétique a été construite avec l’aide directe des Etats-Unis ou de son assistance technique.”

Ceci est également détaillé dans le premier volet du triptique de Sutton sur Wall Street, et nous allons vous faire découvrir ci-après, en plusieurs publications, que cela fut également vrai de l’Allemagne nazie.

Le pourquoi de l’omission délibérée de ces évènements pourtant dûments documentés de manière irrévocable et inattaquable, sera évident pour beaucoup de lecteurs au fur et à mesure du déroulement de la recherche du professeur Sutton sur Wall Street et la montée en puissance d’Hitler…

C’est en analysant l’histoire sans son paravent consensuel et en la comprenant donc mieux, que nous comprendrons en retour le monde contemporain et pourrons efficacement anticiper le futur. Le vieil adage de “qui ne connaît pas l’histoire est amené à la répéter” prend tout son sens aujourd’hui. C’est en fait le but de l’oligarchie en place.

La vérité nous libèrera… pour toujours !

~ Résistance 71 ~

P.S: La bibliographie des documents utilisés pour rédiger ce livre se trouve à la fin de chaque chapitre de l’édition anglaise originale, merci de vous y référer si nécessaire, car nous ne les avons pas reproduites dans la traduction. La documentation y est extrêment abondante et exemplaire.

La traduction de ces larges extraits du livre du Professeur Sutton seront publiés sur ce blog en 4 parties à une semaine (environ…) d’intervalle.

Merci de votre fidélité.

=  =  =  =

Chapitre 1

Wall Street trace la route pour Hitler

[…] La montée en puissance pour cette guerre européenne avant et après 1933 fut en grande partie dûe à l’assistance financière de Wall Street dans les années 1920 afin de créer un système de cartel allemand et à une assistance technique de la part de firmes américaines renommées, qui seront identifiées plus tard, afin de construire la Wehrmacht allemande. Peut-on qualifier cette assistance financière et technique des hommes d’affaires américains d’”accidentelle” ou de “vision à courte vue” ? Les preuves présentées dans cet ouvrage suggèrent fortement un certain degré de préméditation de la part de ces financiers américains. Des plaidoiries similaires et inacceptables furent également faites concernant “l’aide accidentelle” apportée par les financiers et industriels américains dans l’exemple parallèle de la construction de la puissance militaire de l’Union Soviétique à partir de 1917…

La contribution faite par les capitalistes américains au préparatifs de guerre allemands avant 1940 ne peut seulement être décrite que comme considérable. Par exemple en 1934, l’Allemagne ne produisait que 800 000 tonnes de carburant synthétique, le reste était importé. Et pourtant, 10 ans plus tard, durant la seconde guerre mondiale, après le transfert des patentes d’hydrogénisation et de sa technologie par la Standard Oil du New Jersey (NdT: qui appartenait aux Rockefeller…) à IG Farben (utilisées pour produire de l’essence synthétique à partir du charbon), l’Allemagne put produire 6 millions et demie de tonnes de pétrole synthétique, dont 85% étaient du pétrole synthétique utilisant le processus d’hydrogénisation de la Standard Oil[…]

1924 La plan Dawes

Le traité de Versailles après la fin de la 1ère guerre mondiale, imposa des réparations très lourdes à l’Allemagne vaincue. Le poids financier encouru, véritable cause du mécontentement allemand qui contribua grandement à l’acceptation du nazisme, fut utilisé par les banquiers internationaux pour leur propre profit. L’opportunité de s’engager dans des prêts rentables aux cartels allemands aux Etats-Unis, fut présenté dans le plan Dawes puis dans le plan Young. Ces deux plans furent construits par les banquiers centraux (NdT: que l’on sait aujourd’hui privés..) […]

Les financiers et les politiciens fixèrent la dette de guerre allemande à 132 milliards de Marks or par an. Ceci représentait en 1921, environ un quart de la valeur des exportations allemandes. Quand l’Allemagne fut incapable de payer plus avant cette lourde dette, la France et la Belgique occupèrent la Ruhr afin de prendre par la force ce qu’ils ne pouvaient obtenir de gré. En 1924, les alliés appointèrent un comité de banquiers (dirigé par le banquier américain Charles G. Dawes) afin de développer un programme de paiements de la dette de guerre. La plan Dawes qui en résultat, d’après le professeur  de relations internationales de l’université de Georgetown Carroll Quigley, fut “très largement un produit de la banque JP Morgan”. Le plan Dawes mit en place une série de prêts étrangers pour un total de 800 millions avec leurs dividendes partant en Allemagne. Ces prêts sont très importants pour cette affaire, car les dividendes, réalisés pour la plus grande part aux Etats-Unis par des investisseurs en dollars, furent utilisés dans le milieu des années 1920 pour créer et consolider la fusion gigantesque entre respectivement IG Farben et Vereinigte Stahlwerke, Ces cartels non seulement aidèrent Hitler à prendre le pouvoir en 1933, mais elles produisirent également le plus gros des matériels clé que l’Allemagne utilisa durant la seconde guerre mondiale[…]

[…] En conséquence, le poids des réparations de guerre allemandes aux alliés était en fait supporté par des souscriveurs étrangers aux bons du trésor allemands, qui étaient émis par les maisons fnancières de Wall Street, et ce en dégageant un profit non négligeable pour elles-mêmes bien sûr. Il est important de noter ici, que ces firmes financières étaient la propriété des mêmes financiers qui occasionnellement enlevaient leur chapeau de banquier pour en mettre un nouveau, celui d’ “hommes d’état”; et comme “hommes d’état”, ils “formulaient” les plans Dawes ou Young pour “résoudre” les “problèmes” de ces réparations de l’Allemagne. En tant que banquiers, ils créaient les emprunts. Comme Carroll Quigley le fait remarquer:

“Il est à noter que ce système fut créé par les banquiers internationaux et que le prêt à l’Allemagne de l’argent des autres leur fut très lucratif.”

Qui étaient ces banquiers internationaux de New York qui formaient ces commisssions sur les réparations de l’Allemagne ?

Les experts américains du plan Dawes de 1924 furent le banquier Charles Dawes et le représentant de Morgan Owen Young, qui était également le président de la compagnie General Electric; quant à Dawes il fut le président de comité des experts alliés en 1924. En 1929, ce fut Young qui en devint président, soutenu par JP Morgan lui-même avec comme second Y. W. Lamont, un associé de Morgan et T. N. Perkins un autre banquier en association avec Morgan. En d’autres termes, la délégation américaine était purement et simplement comme l’avait dit Quigley, la délégation du banquier JP Morgan utilisant l’autorité et le sceau des Etats-Unis pour promouvoir des plans financiers qui leur seraient avantageux financièrement.

Quigley écrivit: “Les banquiers internationaux étaient assis au paradis, sous une pluie de dividendes et de commissions.”

Les membres allemands du comité des experts étaient également intéressants. En 1924, Hjalmar Schacht était le président de la Reichsbank et prit un rôle déterminant dans l’organisation de l’application du plan Dawes. En 1928, un des représentant allemand était A. Voegler du cartel de l’acier allemand Stahlwerke Vereinigte, en bref, les deux pays importants impliqués, les Etats-Unis et l’Allemagne, étaient représentés par les banquiers de la banque Morgan d’un côté et par Schacht et Voegler de l’autre, tous furent des éléments clé de la montée en puissance d’Hitler et du réarmement de l’Allemagne à venir […]

[…] 1928: Le plan Young

D’après les génies financiers d’Hitler, Hjalmar Horace Greeley Schacht et l’industriel nazi Fritz Thyssen, ce fut le plan Young de 1928 (le successeur du plan Dawes), formulé par l’agent de la banque Morgan Owen D. Young, qui amena Hitler au pouvoir en 1933[…]

[…] Le plan Young était un outil d’occupation financière de l’Allemagne au moyen de capital américain et commettait les biens et propriétés allemands à une hypothèque gigantesque dont les ficelles étaient tenues par les Etats-Unis. Il faut ici noter que les entreprises allemandes qui avaient des affiliations américaines échappaient au plan par le fait de titres de propriété étrangers temporaires[…]

[…] Quoi qu’il en soit ce fut Schacht et non Owen Young, qui conçut l’idée qui devînt plus tard la Bank for International Settlements (NdT: La BIS, qui existe toujours aujourd’hui et est le QG des banques centrales mondiales, cartel de banques et d’intérêts privés, qui siège à Bâle en Suisse) […]

La BIS, le cœur du système de contrôle

Ce jeu de coopération et d’idées entre Schacht en Allemagne et les intérêts de JP Morgan de New York à travers son agent Owen Young, n’était qu’une facette d’un système de coopération et d’alliance international bien plus vaste afin de contrôler le monde. Comme il fut décrit par Quigley, ce système “n’était rien d’autre que la création d’un système de contrôle financier mondial, dans des mains privées, capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale dans son entièreté.”

Ce système féodal fonctionna dans les années 1920 et il continue de fonctionner aujourd’hui (Ndt; en 1976 année de publication du livre, mais aussi de nos jours en 2011…) par le truchement des banquiers centraux privés de chaque pays, qui contrôlent la création de l’argent pour chaque économie individuelle. Dans les annés 1920 et 1930, le système de la réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre, la Reichsbank allemande et la Banque de France influençaient plus ou moins l’appareil politique de leur pays respectif de manière indirecte par le contrôle de la création de la monnaie et de l’environnement monétaire[…]

[…] Les politiciens utiles aux objectifs du capitalisme financier et les académies qui fournissent les idées et l’idéologie pour un contrôle mondial des banquiers internationaux, sont maintenus dans la ligne de conduite par un système de récompenses et de pénalités. Au début des années 1930, le véhicule principal pour ce système de contrôle financier et politique international, ce que Quigley nommait: “le cœur du système”, était la Bank for International Settlements de Bâle. Le cœur du contrôle BIS continua à fonctionner durant toute la seconde guerre mondiale comme le milieu par lequel les banquiers, qui n’étaient pas en guerre les uns avec les autres, continuèrent à opérer un échange d’idées pour leurs bénéfices mutuels, échange d’information et planification du monde de l’après guerre. Comme il fut noté par un écrivain, la guerre ne fît aucune différence pour les banquiers internationaux[…]

[…] La construction des cartels allemands

Un exemple concret et pratique du comment la finance internationale opère derrière la scène internationale pour bâtir et manipuler les systèmes politico-économiques, est le système de cartel allemand.

Les trois plus gros prêts accordés par les banquiers internationaux de Wall Street à des emprunteurs allemands dans les années 1920, le furent, sous le plan Dawes, au bénéfice des trois cartels allemands qui aidèrrent Hitler et les nazis quelques années plus tard a se hisser au pouvoir. Les financiers américains étaient directement représentés dans les conseils d’administration de ces cartels allemands. L’assistance américaine aux cartels allemands a été décrite par James Martin de la façon suivante: “Ces prêts pour la reconstruction devinrent un véhicule d’arrangements qui fit plus pour promouvoir la seconde guerre mondiale, que d’établir et d’assoir la paix après la première guerre mondiale.”

Les trois cartels dominants, les pourvoyeurs de fonds de Wall Street et les sommes empruntées furent comme suit:

  • A.E.G / General Electric Allemagne –> National City Bank –> 35 Millions de dollars
  • Vereinigte Stahlewerke / United Steel –> Dillon & Read —> 70,2 Millions de dollars
  • American IG Chemical / IG Farben –> National City–> 30 millions de dollars

En analysant la provenance des prêts, il s’avère que seulement quelques institutions financières de New York aient financé la dette de guerre allemande. Trois firmes: Dillon & Read, Harris, Forbes and co et National City, ont fourni 75% des prêts accordés et en ont retiré les profits. (cf tableau des investissements et des profits dans le texte original) […]

[…] Sous ce système de collaboration mutuelle et d’inter-dépendance, les deux cartels IG Farben et Vereinigte Stahlwerke produisirent 95% des explosifs allemands entre 1937 et 1938, à l’aube de la seconde guerre mondiale. Cette production ne fut possible que grâce à la capacité d’aide financière américaine et également par extension, de la technologie américaine.

Brièvement, avec la production d’essence synthétique et d’explosifs (deux des composants de base de la guerre moderne), le contrôle de la capacité de guerre de l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale était dans les mains de deux conglomérats allemands qui furent crées par les prêts de Wall Street sous le plan Dawes.

De plus, l’assistance américaine aux efforts de guerre nazis fut étendue en d’autres domaines. Les deux plus grands producteurs de chars d’assaut de l’Allemagne hitlérienne étaient Opel, une entreprise totalement propriété de General Motors (contrôlé par la banque JP Morgan) et Ford A.G, la succursale allemande de Ford, Detroit. Les nazis donnèrent une exonération d’impôts à Opel en 1936, afin de permettre à General Motors de développer les usines allemandes. General Motors réinvestit de manière complaisante ses profits ainsi réalisés dans l’industrie allemande. Henry Ford fut décoré par les nazis pour ses services rendus.

Alcoa et Dow chimie travaillèrent en étroite collaboration avec l’industrie nazie et transférèrent beaucoup de leur technologie. La compagnie aéronautique Bendix, dont un des actionnaires principaux étaient la General Motors de JP Morgan, suppléa Siemens & Halske A.G en Allemagne avec des données de fabrication de pilotes automatiques et d’instruments aéronautiques[…]

[…] En bref, les entreprises américaines associées avec le groupe d’investissement international des Morgan-Rockefeller et non pas la vaste majorité des industriels américains indépendants, étaient intimement liées avec la croissance de l’industrie nazie.

Il est important de noter alors que nous développons plus avant cette affaire, que General Motors, Ford, General Electric, DuPont et une poignée d’entreprises intimement liées au développement de l’Allemagne nazie, étaient, à l’exception de Ford Motor, contrôlées par l’élite de Wall Street: la firme JP Morgan, La Chase Bank des Rockefeller et à un degré moindre la banque Warburg Manhattan. Ce livre n’est pas une mise en accusation de toute la finance et l’industrie américaines. C’est une inculpation du “cœur”, de ces firmes qui sont contrôlées par la poignée des maisons financières, du système de la réserve fédérale, de la BIS et de leurs arrangements coopératifs internationaux continuels et de leurs cartels qui tentent de contrôler le cours de la politique et de l’économie du monde.

Chapitre 2

L’empire IG Farben

“Farben était Hitler et Hitler était Farben” (Sénateur Homer T. Bone au comité des affaires militaires du Sénat, le 4 Juin 1943)

A la veille de la seconde guerre mondiale, le complexe industriel chimique d’IG Farben était la plus grosse industrie de production de produits chimiques au monde, qui possédait un pouvoir politique et économique énorme ainsi qu’une grosse influence au sein de l’état nazi. IG Farben fut justement décrit comme étant “l’état dans l’état”.

Le cartel IG Farben date de 1925, lorsque le génie de l’organisation Hermann Schmitz (avec l’assistance financière de Wall Street), créa un super géant de l’industrie chimique à partir de six gánts allemands déjà existant: Badische Anilin, Bayer, Agfa, Hoechst, Weiler-ter-Meer et Griesheim-Elektron. Ces compagnies furent fusionnées pour créer Internationale Gesellschaft Farbenindustrie A. G ou I.G Farben en court.

Vingt ans plus tard, le même Hermann Schmitz fut inculpé au procès de Nüremberg pour les crimes commis par le cartel IG Farben. D’autres directeurs et responsables d’IG furent traduits devant le tribunal mais les affiliés américains d’IG Farben et les directeurs américains de la firme IG elle-même, furent tranquillement oubliés; la vérité enterrée dans les archives (NdT: que le professeur Sutton a recherchée et analysée pour nous…).

C’est la connexion américaine de Wall Street qui nous intéresse. Sans les capitaux fournis par Wall Street, il n’y aurait pas eu d’IG Farben en première instance et très certainement pas d’Adolf Hitler et de seconde guerre mondiale.

Les banquiers allemands du conseil superviseur de Farben (Farben Aufsichsrat en allemand) et son comité directeur à la fin des années1929 incluait la banquier de Hambourg Max Warburg, dont le frère Paul Warburg était le fondateur du système de la réserve fédérale aux Etats-Unis. De manière non conïncidentelle, Paul Warburg était aussi membre du comité directeur de la branche IG Farben Etats-Unis, qui était une branche totalement la propriété de la maison mère IG[…]

[..] IG Farben est d’un intérêt péculier dans la formation de l’état nazi parce que les directeurs de Farben ont matériellement aidé Hitler et les nazis à arriver au pouvoir en 1933. Nous avons des preuves photographiques (voir page 60) que IG Farben contribua de la somme de 400 000 Reichsmark au “fond occulte” d’Hitler. Ce fut ce fond secret qui finança la saisie du pouvoir des nazis en Mars 1933. Bien des années auparavant, farben avait obtenu des fonds de Wall Street pour la cartélisation de 1925 et son expansion en Allemagne; puis 30 millions de dollars obtenus pour la branche américaine d’IG en 1929 et il y avait des de directeirs de Wall Street au comité directeur d’IG. Il faut noter ici que ces fonds furent levés et les directeurs nommés avant qu’Hitler ne fut promu dictateur de l’Allemagne.

Le pouvoir économique d’IG Farben

Des observateurs qualifiés ont débattu du fait que l’Allemagne n’aurait pas pu entrer en guerre en 1939 sans IG Farben. Entre 1927 et le début de la guerre, IG Farben doubla de taille, cette expansion fut possible grâce à l’assistance technique américaine et par la création des bons d’investissement, comme ceux ouverts pour 30 millions de dollars par La National City Bank. En 1939, IG avait acquis une participation et une influence gestionnaire dans quelques 380 autres industries allemandes et dans 500 entreprises étrangères. L’empire IG Farben possédait ses propres mines de charbon, ses propres centrales électriques, ses propores hauts-fourneaux, banques, unités de recherche et de nombreuses entreprises commerciales. Il y avait plus de 2000 accords de cartel entre IG et des entreprises étrangères, incluant la Standard Oil du New Jersey (Rockefeller), DuPont, Alcoa, Dow chimique, and d’autres aux Etats-Unis. L’histoire complète d’IG Farben et de ses activités mondiales avant la seconde guerre mondiale ne seront jamais totalement connues dans la mesure où des archives allemandes importantes ont été détruites en 1945 en anticipation de la victoire alliée.

Néanmoins une enquête après la seconde guerre mondiale fut menée par le département de guerre américain, elle se concluait ainsi:

“Sans les moyens énormes de production d’IG, ses recherches intensives et ses vastes affiliations internationales, cela aurait été impensable et impossible pour l’Allemagne de procéder à la guerre. Farben n’a pas seulement dirigé ses énergies vers l’armement de l’Allemagne, mais également se concentrait à affaiblir ses victimes potentielles et cette double tentative d’expansion du potentiel industriel allemand couplé avec la volonté de restreindre celui deu reste du monde ne fut pas pensé et exécuté “de la manière affairiste la plus banale”. La preuve est irréfutable que les officiels d’IG Farben avaient la pleine connaissance du plan de conquête mondial de l’Allemagne et de chaque acte spécifique d’agression qui fut lancé plus tard.” […]

[…] Le contrôle ultime de Farben sur l’économie de guerre allemande, acquis dans les années 1920 et 1930 avec l’assistance de Wall Street, peut être mieux évalué en examinant le pourcentage de matériel de guerre produit par les usines de Farben en 1945. A cette époque, Farben produisait 100% du caoutchouc synthétique, 95% des gaz mortels allemands dont le tristement célèbre Zyklon B utilisé dans les camps de déportation, 90% du plastique allemand, 88% de son magnésium, 84% des explosifs en tout genre, 70% de la poudre à canon, 46% de l’essence à haute octane pour l’aviation et 35% de tout le carburant synthétique allemand[…]

[…] Malheureusement, quand nous recherchons les origines techniques des plus importants de ces matériels militaires et de manière différente du support financier d’Hitler, nous trouvons des liens avec l’industrie américaine et avec des hommes d’affaire américains. Il y eut de multiples arrangements entre Farben et les entreprises américaines, incluant des arrangements de marketing du cartel, des arrangements de patentes, des échanges techniques comme ceux par exemple des transferts de technologie Standard Oil-Ethyl mentionnés plus haut. Ces arrangements furent utilisés par IG Farben pour avancer la politique nazie à l’étranger, pour collecter des informations stratégiques et pour consolider un cartel chimique mondial.

Un des aspects les plus horribles du cartel IG Farben fut l’invention, la production et la distribution du gaz Zyklon B utilisé par les nazis dans les camps de concentration. Le Zyklon B était de l’acide prussique pur (acide cyanhydrique), poison mortel fabriqué par la branche IG Farben de Leverkusen et vendu par leurs bureaux de vente Bayer et sous-traité par Degesh, un distributeur indépendant. Les ventes de Zyklon B constituaient environ 75% du chiffre d’affaire de Degesh. Suffisamment de gaz pour tuer 200 millions d’humains fut produit et vendu par IG Farben. La rapport de la commission Kilgore de 1942 établit clairement que les directeurs de IG Farben avaient une idée précise de ce qu’étaient les camps de concentration et de l’utilisartion des produits chimiques d’IG[…]

[…] Le bureau NW 7 de Berlin d’IG Farben était le centre d’espionage et de documentation extérieure phare du régime nazi en ce qui concerne l’étranger. Le bureau était dirigé par le directeur de Farben Max Ilgner, neveu du président de la firme Hermann Schmitz. Les deux hommes étaient tous deux membres du comité directeur de IG Farben USA, avec leurs collègues de direction Henry Ford de Ford Motor, Paul Warburg de la Manhattan Bank et de Charles Mitchell de la banque de la réserve fédérale de New York…

Une des figures les plus connues de ces agents de renseignement du bureau N.W 7 était le prince Bernhard de Hollande, qui rejoignit Farben au début des années 1930, après avoir suivi un stage d’entraînement de 18 mois dans la SS dont il porta l’uniforme noir[…]

La branche américaine d’IG Farben

Qui étaient les financiers de Wall Street qui dirigeaient les activités d’IG Farben USA, la succursale aux Etats-Unis qui faisait la propagande nazie ?

Les directeurs d’IG Farben USA incluèrent quelques uns des membres les plus en vue de Wall Street. Les intérêts économiques allemands réentrèrent aux Etats-Unis après la 1ère guerre mondiale et de manière probante, contournèrent les barrières faites pour conserver IG Farben en dehors du marché américain.

D’après les sources du manuel d’investissement de l’agence Moody de 1930 (page 2149), voici la liste des directeurs d’IG Farben USA en 1930:

  • Carl Bosh, Allemand, associé à Ford Motor A.G (Allemagne)
  • Edsel Ford, Américain, de la Ford Motor de Detroit
  • Max Ilgner, Allemand, dirigea le bureau NW7 d’IG Farben (bureau de renseignement extérieur), reconnu coupable de crimes contre l’humanité au procès de Nüremberg
  • F. ter Meer, Allemand, reconnu coupable à Nüremberg
  • H.A. Metz, Américain, directeur à IG Farben Allemagne de la la Manhattan Bank (Warburg), USA
  • C.E. Mitchell, Américain, directeur de la banque de la réserve fédérale new yorkaise et de la National City Bank
  • Hermann Schmitz. Allemand, PDG IG Farben A.G, associé à la Deutsche Bank et à la BIS de Bâle, reconnu coupable de crimes de guerre à Nüremberg
  • Walter Teagle, Américain, directeur de la banque de la réserve fédérale de New York et de la Standard Oil New Jersey (Rockefeller)
  • W.H von Rath, Allemand naturalisé américain, directeur de la branche allemande de la General Electric USA (A.E.G)
  • Paul Warburg, Américain, premier membre de la réserve fédérale de New York et PDG de la Manhattan Bank
  • W.E. Weiss, Américain, associé à Sterling Products

[…] Nous pouvons ici faire quelques remarques circonstantielles sur ces faits.

Dans un premier temps, le comité directeur de la branche américaine d’IG Farben comptait dans ses rangs pas moins de trois des directeurs de la réserve fédérale de New York, la banque de la Fed la plus influentielle de toutes les différentes branches de cette banque. IG USA avait aussi des liens très étroits avec la Standard Oil du New Jersey (Rockefeller), la compagnie Ford Motor, la banque de Manhattan (qui deviendra plus tard la Chase Manhattan sous la coupe Rockefeller) et d’AEG (la branche allemande de la General Electric).

Dans un second temps, trois membres de ce comité directeur d’IG Farben USA furent reconnus coupables de crimes de guerre au procès de Nüremberg. Ceux-ci furent les directeurs allemands et non pas les américains. Parmi ces Allemands, il y avait Max Ilgner, directeur du bureau NW7 d’IG à Berlin, l’agence de renesignement nazie d’avant guerre (NdT: remplacé par l’Abwehr durant la guerre). Si les directeurs d’une entreprise sont collectivement responsables des activités de cette entreprise, alors les directeurs américains auraient également dû être inculpés et jugés à Nüremberg, aux côtés des directeurs allemands, cela bien entendu si le but du procès était bien de déterminer la responsabilité et la culpabilité dans la guerre. Bien évidemment, si le but du procès fut de détourner l’attention des implications américaines dans la montée en puissance d’Hitler, ils ont alors été couronnés de succès dans cette entreprise.

Chapitre 3

La General Electric finance Hitler

Le géant multinational General Electric a un rôle sans précédent dans l’histoire du XXème siècle. General Electric électrifia l’Union Soviétique dans les années 1920 et 1930 et réalisa pleinement pour les soviétiques le motto de Lénine qui disait que “Socialisme = électrification” […]

[…] La compagnie General Electric profita énormément des affaires faites avec la Russie bolchévique, du socilaisme d ela “nouvelle donne” de F.D. Roosevelt et comme nous l’allons voir de l’Allemamgne national-socialiste d’Hitler.

La General Electric dans l’Allemagne de la République de Weimar

Walter Rathenau fut, jusqu’à son assassinat en 1922, le directeur de gestion de la Allgemeine Elekrizitats Gesellschaft (AEG), ou la branche allemande de la General Electric américaine et tout comme ses contre-parties américaines Owen Young et Gerard Swope, il était un fervent avocat du socialisme corporatiste (industriel). Walter Rathenau parlait en public de son opposition à la concurrence et à la libre entreprise. Pourquoi ? Parce que Rathenau et Swope voulaient la protection et la coopération de l’état pour leurs propres objectifs affairistes et leurs profits (et bien sûr pas pour ceux des autres)… Il pensait que le pouvoir de l’état devait être mis à la disposition des entreprises privées pour leurs propres intérêts corporatistes, ce qui est populairement connu sous le nom de national-socialisme[…]

[…] La cartélisation de l’industrie électrique allemande sous AEG (tout comme celle des industries de l’acier et de la chimie que nous avons vue dans les chapitres un et deux), fut rendue possible par ces prêts venant de Wall Street:

  • Le 26 Janvier 1925: AEG emprunte à la National City Bank la somme de 10 millions de dollars
  • Le 9 Décembre 1925: AEG emprunte à la National City Bank la somme de 10 millions de dollars
  • Le 22 Mai 1928: AEG emprunte à la National City Bank la somme de 10 millions de dollars
  • Le 7 Juin 1928: AEG emprunte à la National City Bank la somme de 5 millions de dollars

Soit la somme de 35 millions de dollars en trois ans.

[…] Dès 1930, sans que la presse financière allemande ne soit au courant, la General Electric avait gagné un monopole technologique similaire à celui qu’elle avait en Allemagne sur l’industrie électrique soviétique et allait essayer de pénétrer le dernier bastion allemand, en particulier le groupe Siemens.

En Février, la General Electric se concentra sur ce qu’il restait à conquérir le géant allemend Siemens & Halske et bien qu’elle put obtenir un gros stock d’obligations émis pour la firme allemande par Dillon & Read de New York, la General Electric ne fut pas capable de rentrer dans la participation aux gains ni de mettre des directeurs au comité directeur de Siemens… Siemens retînt son indépendance de General Electric et cette indépendance est important pour la suite de notre histoire…

Il n’y a aucune preuve que Siemens, soit par Siemens & Halske ou par Siemens-Schukert, ait participé au financement d’Hitler. Siemens ne contribua que petitement et indirectement par le truchement de son capital dans la firme Osram. Par contre à la fois AEG et Osram financèrent directement Hitler par le truchement de Nationale Treuhand et ce de manière substantielle. Siemens retînt son indépendance au début des années 1930, tandis qu’AEG et Osram passèrent sous contrôle américain avec des directeurs américains.

Il n’y a aucune preuve que siemens, sans directeurs américains, ait financé Hitler. Par contre, il y a des preuves irréfutables et bien documentées qu’à la fois la Feneral Electric et Osram, toutes deux dirigés par des directeurs américains, financèrent elles, Hitler[…]

[…] Ainsi dans les années 1930, alors qu’Hitler se préparait à saisir un pouvoir dictatorial en Allemagne, soutenu par quelques industriels américains (pas tous loin s’en faut), la branche allemande de la General Electric AEG était une possession d’International General Electric (environ 30%), de Gesellschaft für Electrische Unternemungen (25%) et Ludwig Lowe (25%).

International General Electric avait aussi des intérêts à hauteur de 16,7 % dans Osram et une influence additionnelle directe dans d’autres compagnies (NdT:voir la liste dans l’original en anglais) […]

La General Electric et le financement d’Hitler

A partir de 1915, International General Electric, domiciliée au 120 Broadway dans la ville de New York, agit comme organisation d’investissement étranger, de production et de vente pour la compagnie General Electric. IGE avait des intérêts dans la production à l’étranger incluant 25 à 30% de parts dans AEG, plus celles dans Osram GmbH également à Berlin. Ces holdings donnèrent quatre directeurs à IGE pour les mettre au comité directeur d’AEG ainsi qu’un autre directeur pour Osram. AEG et Osram furent de gros contributeurs au financement d’Hitler pour sa montée au pouvoir en 1933. Un bordereau de transfert bancaire daté du 2 Mars 1933 provenant d’AEG à Delbruck Schiker & Co à Berlin, requiert le versement de 60 000 Reichsmark sur le compte Nationale Treuhand pour l’utilisation d’Hitler. Nous reproduisons ce bordereau en page 56.

IG Farben était le plus important pourvoyeur de fonds domestiques d’Hitler et comme nous l’avons vu par ailleurs, IG Farben contrôlait la branche américaine d’IG, de plus plusieurs directeurs d’AEG figuraient également au comité de direction d’IG Farben comme par exemple Hermann Bucher, PDG d’AEG, était également au conseil d’administration d’IG Farben, ainsi que les directeurs d’AEG Julius Flechtheim et Walter von Rath. IG Farben contribua de 30% au fond de trust d’Hitler en 1933[…]

[…] En d’autres termes, pratiquement tous les directeurs allemands de la branche allemande de la General Electric (AEG) étaient des soutiens financiers d’Adolf Hitler et non seulement associés avec AEG mais aussi avec d’autres compagnies soutenant Hitler financièrement…

[…] En 1932, les directeurs américains d’AEG étaient connectés de manière étroite avec les cercles financiers et politiques américains comme suit:

  • Gerard Swope: Président de la International General Electric et président de GE, directeur de la National City Bank, directeur d’AEG et d’Osram en Allemagne, un des auteurs de la “nouvelle donne” économique de Roosevelt et de nombreuses organisation rooseveltiennes
  • Owen Young: PDG de la GE et PDG adjoint de la banque de la réserve fédérale de New York, auteur avec JP Morgan du plan Young qui succéda au plan Dawes en 1929 (voir chapitre un)
  • Clark Minor: Président et directeur de la IGE, directeur de British Thomson Houston, de la Compania Generale di Electtricita (Italie) et de la Japan Electric Bond & Share company (Japon)

Coopération technique avec Krupp

[…] En bref, General Electric, avec la coopérartion d’un autre gros supporteur d’Hitler, Krupp, obtinrent conjointement un monopole pour General Electric sur le carbure de tungstène aux Etats-Unis (NdT: utilisé pour les outils, machines outils et certaines teintures). Ainsi, lorsque la seconde guerre mondiale débuta, General Electric eut un monopole du produit à un prix convenu et établi de 450 US$ le demi-kilo, presque dix fois le prix de 1928, son utilisation aux Etats-Unis fut restreinte de manière correspondante.

AEG évite les bombes durant la seconde guerre mondiale

En 1939, l’industrie de l’équipement électrique allemande était concentrée en quelques entreprises majeures liées a un cartel international et par des participations au capital de deux entreprises américaines très importantes. Ce complexe industriel ne fut jamais les cibles primordiales pour les bombardements alliés durant la guerre. Les usines AEG et ITT (International Telephone and Telegraph) ne furent touchées qu’accidentellement et que très rarement dans des raids aériens. Les usines d’équipement électrique qui furent bombardées furent celles qui n’appartenaient pas au complexe industriel américain[…]

[…] Le fait que les usines d’AEG en Allemagne ne furent pas bombardées durant la seconde guerre mondiale fut confirmé par le United States Strategic Bombing Survey où officiaient des intellectuels comme John Galbraith et des membres de Wall Street tels George Ball et Paul Nitze. Leur rapport sur l’industrie de l’équipement électrique allemande datée de Janvier 1947 conclut:

“L’industrie n’a jamais été attaquée comme cible désignée, mis à part quelques usines comme Brown Beveri à Manheim, Bosch à Stuttgart et Siemenstadt à Berlin, qui ont été sujettes à des raids de précision, beaucoup d’autres furent touchées dans les raids de zone.” […]

[…] En conclusion de ce chapitre, General Electric fut un financier important d’Hitler et a bien profité de la production de guerre; malgré tout cela, parvint à échapper aux bombardements alliés de la seconde guerre mondiale. De manière évidente, cette histoire juste effleurée ici, mérite une enquête bien plus approfondie… et officielle.

(à suivre …)

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