De Pol Pot à Al Baghdadi… La terreur au service de l’empire

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Le développement et le soutien des extrémistes radicaux en Syrie fut une décision sciemment prise par le gouvernement [Obama]…”
~ Lieutenant-General Michael Flynn, ex-directeur du renseignement militaire états-unien (DIA) ~

 “De toutes les manières possibles, les Etats-Unis ont utilisé depuis longtemps le terrorisme. En 1978-79, le Sénat essayait de faire passer une loi contre le terrorisme international, dans toutes les versions produites, les avocats conseillers disaient que les Etats-Unis seraient en violation de la loi.”
~ General William Odom, directeur de la NSA sous l’administration de Ronald Reagan ~

 De Pol Pot à l’EIIL: “tout ce qui vole sur tout ce qui bouge”

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John Pilger

 16 Novembre 2015

 url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/from-pol-pot-to-isis-anything-that-flies-on-everything-that-moves-

 ~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

En transmettant les ordres de Richard Nixon pour un bombardement “massif” du Cambodge en 1969, Henry Kissinger dit alors: “Envoyez tout ce qui vole sur tout ce qui bouge”. Alors que Barack Obama enclanche sa 7ème guerre contre le monde musulman depuis qu’il a eu le prix Nobel de la Paix et que François Hollande promet une attaque “sans merci” sur ce pays [La Syrie] déjà ruiné, l’hystérie orchestrée et les mensonges nous donne presque la nostalgie de l‘honnêteté meurtrière d’un Kissinger.

En tant que témoin des conséquences humaines de la sauvagerie aérienne, incluant des corps décapités et des restes humains tapissant les arbres et les champs, je ne suis pas du tout surpris par le manque de préoccupation pour la mémoire et l’histoire, une fois de plus. Un exemple très parlant est la monté au pouvoir de Pol Pot et des ses Khmers Rouges, qui ont beaucoup en commun avec ce qu’est aujourd’hui l’État Islamique (EI ou EIIL ou ISIS ou Daesh…) en Irak et en Syrie. Eux aussi étaient le pur produit d’une apocalypse américaine, cette fois-là en Asie.

D’après Pol Pot lui-même, son mouvement à l’origine comptait environ “5000 hommes pauvrement armés et entraînés, incertains de leur stratégie, de leurs tactiques, de leur loyauté et de leurs leaders.” Une fois que les B-52 de Nixon et Kissinger entrèrent en action comme partie de “l’Operation Menu”, le dernier démon en date de l’occident ne pouvait pas croire en sa chance. Les Américains larguèrent l’équivalent de 5 Hiroshima en bombes dans les campagnes cambodgiennes entre 1969 et 1973. Ils aplatirent village après village, retournant en vagues bombarder les ruines et les cadavres des mêmes villages. Les cratères des bombes laissèrent des colliers géants de carnage qui sont toujours visibles aujourd’hui depuis les airs. La terreur était inimaginable. Un ancien cadre Khmer Rouge décrivit comment les survivants erraient dans les campagnes “hagards sans pouvoir parler pendant des jours et des jours. Terrifiés et à moitié fous, les gens étaient prêts à croire ce qu’on leur raconterait… c’est ce qui a rendu la tâche si facile aux Khmers Rouges de gagner les gens à leur cause.” Une commission d’enquête gouvernementale finlandaise a estimé que 600 000 civils cambodgiens sont morts dans la guerre civile qui s’ensuivit et décrivit les bombardements américains comme “la première étape d’une décennie de génocide”. Ce que Nixon et Kissinger avaient commencé, Pol Pot, leur bénéficiaire, l’a terminé. Sous les bombes américaines, les Khmers Rouges grossirent alors en une armée formidable de plus de 200 000 hommes.

L’EIIL possède un passé et un présent similaire. En se fiant à des mesures officielles, l’invasion de l’Irak par Bush et Blair en 2003 a mené à la mort d’au moins 700 000 personnes dans un pays qui n’avait absolument aucun historique de djihadisme. Les Kurdes eurent des accords territoriaux et politiques ; les Sunnites et les Chi’ites avaient des différences de classe et sectaire, mais ils étaient en paix, les mariages inter-groupes étaient communs. Trois ans avant l’invasion, j’ai traversé l’Irak en voiture, sans aucune crainte. Sur le chemin j’ai rencontré de braves gens, fiers d’être irakiens, les héritiers d’une civilisation qui paraissait pour eux une véritable présence (NdT: la Mésopotamie)

Bush et Blair ont pulvérisé tout cela. L’Irak est maintenant un nid du djihadisme. Al Qaïda, comme les “djihadistes” de Pol Pot, saisirent l’opportunité fournit par le massacre de la stratégie “Choc et Stupeur” et de la guerre civile qui s’ensuivit. La Syrie “rebelle” a offert de plus grandes “récompenses” avec ces colonnes de rat pour le ravitaillement en armes, munitions et logistique divers de la CIA et des états de Golfe via la Turquie. La venue de recrues étrangères étaient inévitables. Un ancien ambassadeur britannique, Oliver Miles, a écrit: “Le gouvernement Cameron semble suivre l’exemple de celui de Blair, qui ignora un conseil persistant du ministère des affaires étrangères, du MI5 et MI6 que notre politique au Moyen-Orient. Spécifiquement dans les guerres du Moyen-Orient, a été le moteur principal dans le recrutement de musulmans en Grande-Bretagne pour le terrorisme ici.

L’EIIL/Daesh est la progéniture de ceux à Washington, Londres et Paris qui, en conspirant pour détruire l’Irak, la Syrie et la Libye, ont commis un crime épique contre l’humanité. Comme Pol Pot et les Khmers Rouges, l’EIIL est la mutation d’une terreur d’état occidentale dispensée par une élite impérialiste vénale pour qui les conséquences d’actions prises depuis le large géographique et culturel n’ont aucune importance. Leur culpabilité ne peut pas être mentionnée dans “nos” sociétés, rendant ainsi complices ceux qui suppriment cette vérité critique.

Il y a 23 ans qu’un holocauste s’est déclenché en Irak, immédiatement après la guerre du Gollfe, lorsque les USA et la GB ont détourné le conseil de sécurité de l’ONU et on fait imposer des sanctions “punitives” sur la population irakienne, renforçant ironiquement le pouvoir domestique de Saddam Hussein. Cela ressemblait à un siège médiéval. Pratiquement tout ce qui est nécessaire au développment d’une nation moderne fut “bloqué”, du chlore pour purifier et traiter les eaux usées aux crayons pour les écoles en passant par les pièces détachées pour réparer les machines à Rayon X des hôpitaux, les analgésiques et les médicaments y compris ceux servant à lutter contre des cancers jusqu’ici quasiment inconnus en Irak, maladies radiologiques amenées par l’uranium appauvri en provenance des munitions utilisées dans le sud du pays. Juste avant Noël 1999, le ministère du commerce et de l’industrie londonien restreignit l’exportation de vaccins contre la fièvre jaune et la diphtérie. Kim Howells, sous-secrétaire parlementaire du gouvernement de Blair l’expliqua de la sorte: “Les vaccins pour les enfants peuvent être utilisés pour faire des armes de destruction massive.” (NdT: peut-être voulait-il dire que les vaccins sont des armes de destruction massive, qui sait ?…) Le gouvernement pouvait se sortir de cette affaire parce que les médias, manipulés par le ministère des affaires étrangères, rendaient Saddam responsable de tout.

Sous les auspices d’un programme “humanitaire” bidon de l’ONU appelé “pétrole contre nourriture”, la somme de 100 US$ était aloué à chaque citoyen irakien pour vivre pour un an. Ceci devait payer pour toute l’infrastructure irakienne et les services essentielles comme l’eau courante. “Imaginez”, me dit alors le secrétaire adjoint de l’ONU Hans von Poneck “mettre en place cette pitance contre le manque d’eau potable, le fait que la vaste majorité des gens malades ne pouvaient payer pour des soins et le traumatisme absolu pour ces gens de vivre au jour le jour et vous aurz un petit aperçu du véritable cauchemar vécu. Et ne vous méprenez pas, ceci était délibérément voulu. Je n’ai jamais voulu employer le mot génocide dans le passé, mais maintenant c’est inévitable.” Absolument écœuré de tout cela, Von Poneck démissionna de ses fonctions de coordinateur du comité humanitaire de l’ONU en Irak. Son prédécesseur, le non moins distingué Denis Halliday, vétéran de l’ONU démissionna également de ses fonctions. “J’avais reçu des instructions”, m’a t’il dit, “de mettre en place une politique qui satisfaisait en tout la définition de génocide: une politique délibérée, qui a effectivement tuée plus d’un million de personnes en Irak, adultes et enfants.

Une étude du fond des Nations-Unies pour l’enfance, l’UNICEF, a trouvé qu’entre 1991 et 1998, durant le plus dur du blocus contre l’Irak, il y a eu un excès de morts enfantines de plus de 500 000 dans la tranche d’âge du nourrisson à 5 ans. Un journaliste de télévision américain demanda à Madeleine Albright, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU “Est-ce que le prix en valait la peine ?…” Albright répondit: “Nous pensons que oui, cela en valait la peine..

En 2007, le responsable en chef britannique des sanctions, Carne Ross, connu sous le nom de “Mr Irak”, a dit au cours d’une audition de comité d’enquête parlementaire: “Les gouvernements américain et britannique ont effectivement refusé à une population entière ses moyens d’existence.” Lorsque j’ai interviewé Carne Ross trois ans plus tard, il était consummé par les remords. “Je suis honteux”, dit-il alors. Il est aujourd’hui est des très rares rapporteurs de vérité sur la manière dont les gouvernements mentent et comment les médias complices jouent le rôle critique de disséminer et de maintenir le mensonge. “Nous fournissions aux journalistes des factoïdes de renseignement complètement aseptisés”, dit-il “ou on gelait l’info.

L’an dernier, un titre de style classique du Guardian de Londres disait: “Nous devons agir face à l’horreur de l’EIIL”. Le “nous devons agir” est un avertissement de la suppression de la mémoire informée, des faits, des leçons apprises et des regrets ou de la honte. L’auteur de l’article s’appelait Peter Hain, l’ancien ministre des affaires étrangères de Blair responsable de l’Irak. En 1998, quand Denis Halliday révéla l’étendue de la souffrance du peuple en Irak pour laquelle lui et Blair partagent la responsabilité, Hain l’insulta sur le plateau de l’émission Newsnight sur la BBC, le traitant de “supporteur de Saddam Hussein”. En 2003, Hain soutint l’invasion de Blair d’un Irak brisé sur la base de mensonges éhontés. Dans une conférence ultérieure du parti travailliste, il relégua l’invasion comme “une affaire de détail et sans importance”.

Voilà donc Hain demandant “des raids aériens, des drones, de l’équipement militaire et autre soutien logistique” pour ceux “devant faire face au génocide” en Irak et en Syrie. Ceci fera avancer “l’impératif d’une solution politique”. Le jour où parut l’article de Hain, Denis Halliday et Hans von Poneck se trouvaient à Londres et vinrent me rendre visite. Ils n’étaient pas choqués par cette hypocrisie létale de la part d’un politicien, mais se lamentaient de l’absence répétée et presque inexplicable de diplomatie intelligente pour négocier un semblant de trêve. Dans le monde, de l’Irlande du Nord au Népal, ceux se comtemplant les uns les autres comme des terroristes se sont assis à la table de négociation. Pourquoi donc pas en Irak ou en Syrie ? Au lieu de cela, il y a un verbiage limite psychopathe en provenance de gens comme Cameron et Hollande, Obama et leur “coalition des volontaires”, alors qu’ils prescrivent toujours plus de violence délivrée depuis 10 000m d’altitude sur des endroits où le sang d’aventures guerrières précédentes n’a jamais eu le temps de sécher. Ils ont l’air de tellement se repaître de leur violence et de leur stupidité, qu’ils veulent que cette violence renverse leur seul véritable allié potentiel: le gouvernemnt syrien.

Rien de nouveau, comme l’illustre si bien ce dossier de renseignement US-GB fuité:

Afin de faciliter l’action des forces de libération (sic)… un effort spécial devrait être fait pour éliminer certains individus clé et pour procéder à des perturbations internes en Syrie. La CIA est préparée et le SIS (NdT: Secret Intelligence Service britannique, le prédécesseur du MI6 actuel) va tenter de monter des opérations de sabotage mineures et un coup de main (sic) en Syrie en travaillant avec des contacts individuels… La CIA et le SIS devront utiliser… des capacités de terrain à la fois psychologiques et d’action directe pour faire augmenter la tension.

Ceci fut écrit en 1957, bien que cela aurait pu l’être juste hier. Dans le monde impérialiste, rien ne change essentiellement. En 2013, l’ancien ministre français des affaires étrangères Roland Dumas a révélé que “deux ans avant le printemps arabe”, on lui a dit à Londres, qu’une guerre contre la Syrie était planifiée. “Je vais vous dire quelque chose”, déclara t’il dans un entretien avec la chaîne de télévision française LPC, “J’étais en Angleterre deux ans avant que les violences ne commencent en Syrie, j’y étais pour une toute autre affaire. J’ai rencontré des hauts-fonctionnaires britanniques qui m’ont confessé qu’ils préparaient quelque chose en Syrie.. La Grande-Bretagne organisait une invasion de “rebelles” en Syrie. Ils m’ont même demandé, bien que je ne fus plus ministre des AE, si je désirerais y participer… Cette opération remonte à bien longtemps. Elle a été conçue, préparée, planifiée.

Les seuls opposants efficaces contre l’EIIL/Daesh sont les diablotins accrédités de l’occident, le mal incarné: La Syrie, l’Iran, le Hezbollah et maintenant la Russie. L’obstacle est la Turquie, un “allié” et membre de l’OTAN, qui a conspiré avec la CIA, le MI6 et les rétrogrades médiévaux du Golfe, pour fournir un soutien logistique aux “rebelles” syriens, incluant ceux qui maintenant se font appeller EIIL/EI/Daesh. Soutenir la Turquie dans son ambition de longue haleine pour une domination régionale (NdT: une volonté d’un retour à un empire ottoman 2.0) en renversant le gouvernement Assad donne le feu vert à une guerre conventionnelle majeure et à un éclatement horrible de l’état le plus ethniquement diversifié du Moyen-Orient (la Syrie).

Une trêve, quoi que difficile à négocier et à obtenir, est la seule façon de sortir de ce labirynthe ; autrement, les atrocités de Paris et de Beyrouth se répèteront. Avec une trêve, les perpétrateurs majeurs et les superviseurs de la violence au Moyen-Orient que sont les Américains et les Européens, doivent eux-mêmes se “déradicaliser” et démontrer une bonne foi aux communautés musulmanes du monde qu’ils se sont aliénées, incluant celles qu’ils ont intra muros. Il devrait y avoir un arrêt immédiat de tout envoi de matériel de guerre vers Israël et la reconnaissance de la Palestine en tant qu’état. Le problème de la Palestine est la plaie la plus vivace de la région et la justification souvent mentionnée pour une monté d’un islamisme radical. Oussama ben Laden l’avait clairement dit. La Palestine offre aussi un espoir. Rendez justice aux Palestiniens et vous commencerez à changer le monde autour d’eux.

Il y a plus de 40 ans, les bombardements du Cambodge par la paire Nixon-Kissinger déchaîna un torrent de souffrance innommable de laquelle le pays n’a jamais récupéré. La même chose est vraie des crimes de la paire Bush-Blair en Irak ainsi que des crimes de la “coalition” de l’OTAN en Libye et en Syrie. Avec un timing impeccable, le dernier bouquin narcissique de Kissinger est paru avec ce titre satirique “World Order” / “Ordre Mondial”. Dans une des critiques brosse à reluire du livre, Kissinger est décrit comme “le façonneur clef d’un ordre mondial qui resta stable pour un quart de siècle”. Dites tout çà aux Cambodgiens, aux Vietnamiens, aux Laotiens, aux Chiliens, au peuple du Timor Oriental et à toutes les nombreuses victimes de sa “perspicacité étatique”. Ce ne sera que lorsque nous, les occidentaux, reconnaîtrons les criminels de guerre parmi les nôtres et que nous arrêterons de nier la vérité que le sang commencera à sécher.

Et dans l’esprit, une prison nommée « société de consommation »…

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Elle est là et ne se cache pas, elle bombe le torse plutôt. Pourtant, vous ne la soupçonnez presque plus tant elle a percé votre carapace la plus dure et votre mou cerveau avec réussite. Elle a colonisé chaque mur de votre ville à travers ses affiches, ses panneaux, ses spots, chaque façade s’est faite magasin pour elle, chaque page de votre navigation Internet s’est faite publicité pour elle, chacune de vos conversations parle d’elle et de ses milliards d’enfants, chacune de vos ambitions et obsessions se retrouve en elle.

-Qui est-elle ?

– Elle, c’est la société de consommation. L’avez-vous déjà rencontrée en face, honnêtement ? L’avez-vous déjà réfléchie, critiquée, combattue ? Avec quelle efficacité ?

—–

Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes.
Rosa Luxemburg

Sachant que tout ce que vous pensez et faites est intégré dans le processus de ladite société de consommation, comment la combattre, cette chimère ? Déjà, apprenons à la voir et à la comprendre.

La société de consommation est née aux USA et en Europe au sortir de la Seconde guerre mondiale. Enfin, ce n’est pas exact. C’est une logique qui a commencé avant, dans les années 20, mais qui a réellement explosé dans les années communément appelées les « Trente Glorieuses ».

Son but ? La société de consommation est un ordre social et économique permettant de faire accéder la masse aux biens de consommation que cette même masse produisait. Cela part d’un sentiment relativement bon : « Cessons de vendre trop cher les biens qu’ils fabriquent pour nous, cela nous permettra d’étendre notre marché (et donc de gagner toujours plus) mais aussi d’éviter les révoltes. » Évidemment, cela allait également faire la fortune de quelques personnes déjà riches, mais pourquoi pas, c’est le principe même du capitalisme que de permettre à des personnes ayant déjà un capital de capitaliser toujours plus sur le travail de ceux qui n’ont rien à part leur force de travail à vendre.

Très bien. C’est ainsi que des milliers de personnes et de ménages ont accédé à ce que l’on a appelé le « confort ». Du chauffage intérieur, une machine à laver, un four, une télévision, une planche à repasser, une voiture… Bref, un vrai petit luxe.

Sauf qu’une fois que tout le monde a obtenu ce dont il avait « besoin »… Qu’allaient-ils bien pouvoir continuer à vendre pour continuer à faire des bénéfices ?

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C’est à ce moment-là que le système de consommation est devenu déviant et qu’on est passé dans un système de surconsommation (vous savez, le fameux mythe de la croissance infinie), pour éviter à tout prix la baisse d’activité de cette poule aux œufs d’or.

5 solutions pour faire perdurer la société de consommation

1/ L’obsolescence programmée

Comment continuer à vendre des produits que tout le monde a déjà ?  Tout simplement en fabriquant ces produits de telle sorte qu’ils ne fonctionnent plus au bout de quelques années. C’est ce que l’on a surnommé l’obsolescence programmée. Si vous n’avez jamais entendu ce terme, félicitations, vous êtes de bons consommateurs dociles qui ne vous préoccupez surtout pas de ce que l’on vous vend. Bravo, la publicité vous adore !

En vrai, on a les capacités technologiques pour créer des T-shirt inusables, des voitures ou des téléphones portables qui fonctionnent à vie, mais non, pour le bien des décharges et de notre nature, on fabrique à l’excès, un nouveau modèle par saison, et on donne envie en rendant nul le produit précédent, et on appelle cela la mode, et on rend très cool le fait d’être à la mode et très excluant le fait de ne pas l’être et paf : on crée des consommateurs qui ont carrément l’impression d’être maitres de leurs consommations et qui peuvent se positionner sur une hiérarchie dans les modes grâce aux produits qu’ils possèdent. C’est très fort.

« La notion de société de consommation désigne un ordre social et économique fondé sur la création et la stimulation systématique d’un désir d’acheter des biens de consommation et des services dans des quantités toujours plus importantes. Pour entretenir la consommation les biens consommés sont souvent peu durables, ou même sont produits et vendus dans la perspective d’une obsolescence programmée. La consommation tend alors à dominer la morale. » [Wikipédia]

Le nec plus ultra de cette consommation pour la consommation est l’effet capsule, comme les capsules pour café Nespresso. On vend à prix d’or des concepts qui poussent à une consommation effrénée, irresponsable, ni éthique ni écologique bien au contraire, mais tellement « à la mode ». C’est le point d’orgue de cette surconsommation totalement dérégulée et sans morale. What else ?

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2/ La création d’une temporalité unique : le temps économique

« Ce que nous vivons, c’est vraiment la colonisation du temps humain dans toutes ses dimensions – biologique, social, écologique – par le temps économique. C’est un temps vide, sans racine, sans histoire, seulement occupé par la circulation des capitaux », dixit l’économiste Geneviève Azam.

Tous les moments de socialisation nécessaires à la perpétration d’une harmonie des sociétés sont peu à peu remplacés par de nouveaux modes de vie, tous liés à ce que l’on appelle la modernité. Les terminaux individuels enferment l’individu dans son propre monde, un monde dans lequel il est bien plus à l’aise que dans le monde réel et dont il ne veut logiquement pas sortir si c’est uniquement pour constater la triste – mais belle – réalité.

Des moments aussi cruciaux que les repas s’amenuisent au profit de la télé, de l’ordinateur, des jeux vidéo, des sms et autres applis, etc… C’est la course, sans arrêt. Et on a l’impression de ne plus avoir le temps pour rien.

On fabrique de nouveaux habits, on fabrique de nouveaux objets technologiques qui se renouvellent de manière régulière et rythmée, on crée des choses totalement inutiles qu’on vend parce que c’est « rigolo », « mignon » ou « décalé », on vend parfois des produits parfaitement identiques mais qui semblent différents grâce à un nouveau slogan, un nouvel emballage, une nouvelle stratégie.

On cible des groupes, les vieux ou les bébés, les femmes de plus de 45 ans, les enfants, les riches, les Musulmans, les Juifs. Et on crée de nouvelles manières de penser, de réagir, d’interagir. Le temps social n’existe plus, toutes les notions de temps et d’espace sont enfermées dans une logique économique.

3/ Une surconsommation en réseaux pour une mondialisation infernale

La mondialisation des biens et des produits est une chose créée par les élites mais aussi acceptée par les masses. On ne se plaint pas de s’habiller en chinois, de manger et de se divertir en américain, de partir en vacances en européen ou en africain. Pourtant, quand la circulation mondiale est humaine, certains s’offusquent. Quiconque se plaint de l’immigration en achetant des produits manufacturés fabriqués en Chine ou au Maghreb n’a pas encore compris la morale de l’Histoire.

Ces immigrés que les intolérants rêvent de voir hors de leur pays d’accueil, c’est souvent l’Occident qui les a poussé à tout quitter et à risquer leur vie pour venir… Quand une entreprise occidentale arrive et s’arroge les ressources naturelles d’un pays, qu’elle réduit en état de quasi esclavage une population, qu’elle détruit son économie et son écosystème et qu’elle génère des conditions de vie pire qu’avant son arrivée pour les peuples au cœur d’une nation pourtant déjà très précaire, comment voulez vous refuser de comprendre que les populations fuient ?

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Comment voulez vous refuser de comprendre que c’est une question de survie, quitte à abandonner sa femme et ses enfants ? Ceux qui se plaignent des immigrés sont les mêmes que ceux qui se plaignent des « assistés ». Ils leur fantasment des vies de rêve mais ne voudraient pas échanger de vie avec eux : ils ne la supporteraient pas une seule journée.

Et la société de consommation, c’est l’intraveineuse par laquelle des pauvres entretiennent le système d’esclavagisme qui tient en chaines d’autres pauvres.

4/ L’arrivée de la consommation sur des terrains éthiquement dangereux comme l’amour, le sexe, la politique, la culture…

De nos jours, tout se consomme. Simplement parce qu’on fait des individus des consommateurs dès l’enfance. On consomme le savoir de l’enseignant à l’école, on consomme la nourriture sans se préoccuper de comment elle arrive dans notre assiette. On consomme la culture à travers de fausses œuvres produites par une vraie industrie, qu’elles soit cinématographique ou musicale.

Mais on consomme aussi de la politique, étant totalement passifs dans ce que l’on qualifie à tort de « processus démocratique« . On vote pour le show le plus distrayant, les politiciens n’étant que des communicants, se souciant bien plus de leurs effets et des sondages que de dire la vérité. On consomme la télévision et ses programmes débilitants, on consomme des médicaments souvent à l’excès en croyant savoir se soigner seul…

Et l’amour, et le sexe ? Ils sont devenus biens de consommation eux aussi. Il suffit de voir le nombre de magazines télé ou papier, le nombre d’émissions, et de sites, dédiés soit aux bonnes formules pour trouver l’amour et le garder, soit pour rencontrer des gens directement, les petites annonces ayant été débordées par des sites de rencontre par centaines.

Sites de rencontres qui après s’être concentrés à vendre de l’amour aux âmes en peine, se sont même concentrés afin de vendre l’adultère, sans aucune réflexion morale sur le genre de société que cela entrainait. Tant que cela se vend et s’achète, cela est bon pour la croissance. Rien n’est plus fort que la loi de l’offre et de la demande. Il n’y a rien de plus facile à vendre que les choses qui touchent aux bassesses humaines, surtout aux personnes habituées à acheter et à consommer de manière passive depuis la plus tendre enfance…

Le film Her sorti récemment dépeint avec justesse l’intrusion totale du monde marchand dans le domaine des sentiments (dans un futur proche, un homme achète puis tombe totalement amoureux d’un programme informatique ultra intelligent à la voix de femme). La tristesse de la solitude est faussement comblée, la rechute affective n’en est que plus grande…

5/ Sur les modes de consommation soi disant alternatifs

La crise a malgré tout montré les limites de la société de consommation. De plus en plus de gens ne sont plus dupes. Ça y est, on a compris. Tout le monde ne court plus après les achats, on se contente de ce que l’on a et on tente d’acheter de manière raisonnée. Haha oui, mais attention, les multinationales sont toujours à la recherche du profit, même si cela implique de faire l’opposé de ce qu’elles faisaient depuis des années.

Maintenant, les grosses firmes adorent expliquer qu’elles font du capitalisme vert, du capitalisme humain, du capitalisme responsable. Tout cela est évidemment un mensonge plus gros qu’elles mais cela leur permet de rattraper de très nombreux consommateurs.

Pourtant, la logique reste la même. Consommer mieux, c’est moins mal, mais la remise en cause du système reste très supposée et très peu effective.

Bilan : la fameuse société de consommation rend dépendant et comme toute dépendance, elle rend aussi malheureux. On se bat pour avoir ce qu’on n’a pas et qu’on convoite, mais quand on ne parvient pas à nos fins, on se sent mal, triste.

JE N'AI RIEN

Quand on se sent triste, faible, humain en fait, le fait même d’acheter, d’acquérir une chose (un objet) que l’on désirait comble un manque et on croit être plus heureux. Nous consommons même le bonheur.  C’est affolant ! Le « tout-consommation » est une catastrophe dont on n’a pas conscience.

« Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation ».
Pier Paolo Pasolini

Les dangers bien réels de la surconsommation

Dangers au niveau psychologique : le consumérisme entraine nécessairement de la frustration, on l’a vu. C’est un vrai cercle vicieux qu’on n’arrive même plus à réfléchir, et encore moins à réguler. Du coup, on consomme encore, des médicaments, des séances chez le psy ou chez le docteur, des livres de méditation et des cours de yoga. On cherche partout une solution qui est aveugle de la cause… En psychologie, c’est ce que l’on appelle la « quête du bonheur dionysiaque », en référence au dieu Grec Dionysos. C’est effréné, c’est constant, c’est infini, c’est épuisant, c’est frustrant. C’est inutile, comme de remplir le tonneau des Danaïdes.

« Tenter d’être heureux en accumulant des possessions est comme essayer de satisfaire sa faim en se collant des sandwiches sur le corps. »
George Carlin

Dangers au niveau écologique : l’empreinte écologique ne cesse d’augmenter, nous consommons plus de ressources que la Terre ne peut en créer. Dans une logique de néo-colonialisme que les peuples d’Occident refusent de voir, nous utilisons les ressources naturelles et les populations des pays émergents à notre guise, pour nos besoins. Bref, nous sommes des néo-esclavagistes, et nos fouets ont l’odeur des billets de banque et l’apparence stylée des écrans plats, smartphone et autres voitures de luxe

Dangereux aux niveaux philosophique, social, politique, économique… La logique ultra libérale de la société de consommation est devenue très dangereuse et anxiogène pour l’humain. Ce cercle vicieux doit s’arrêter. Maintenant.

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Trois solutions de décroissance pour favoriser la fin de la société de consommation

1/ Comprendre la société de consommation et de surconsommation, réaliser l’arnaque pour notre société, en parler autour de soi, sensibiliser et éduquer…

2/ Ne consommer plus que le nécessaire, boycotter, favoriser les circuits courts, recycler. Fabriquer soi-même, évidemment !

3/ Changer de rythme, individuellement…

« Si quelque chose doit s’accélérer ce sont les idées et pas les personnes ou les marchandises. La modernité ce n’est pas d’aller plus vite, c’est d’avancer avec plus de sagesse. »
Un membre des No Tav, dévoilant une idée commune à toutes les ZAD

Il existe (au moins) ces trois solutions pour favoriser la fin de la société de consommation et passer tout doucement dans une logique de décroissance : comprendre, réaliser l’arnaque de notre société, en parler autour de soi, sensibiliser et éduquer. Et bien sûr, changer ses modes de consommation…

« Relativiser la croissance économique et la consommation » revient alors à rechercher le « bien-vivre ». Êtes-vous prêts à bien vivre ?

Pour aller plus loin : La décroissance !

Merci à : L’Indigné du Canapé

 

L’Hexagone :Notes sur Paris à mille temps

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16 novembre 2015 – Commençons par noter ceci, qui pourrait paraître anecdotique : c’est surtout le mot “Paris“, et beaucoup moins souvent le mot “France”, qui est employé pour l’attaque du 13-novembre. (Lui-même, notre Journal dde.crisis, rencontrant la circonstance de l’événement par un hasard qui pourrait après tout être une sorte de prémonition, fit deux textes de suite sur “Paris”, – avant et après, – bien que, dans les textes, il se soit agi tout de même de la France, y compris et essentiellement dans les évocations historiques du premier qui était centré sur la nostalgie d’un Paris qui n’existe plus au milieu d’une France qui peine à exister encore, et cela écrit quelques heures avant les attaques du 13.) Pour justifier cette remarque sémantique en apparence anodine à côté des importants problèmes qui nous occupent, on dira que “Paris-c’est-la-France” et nous dirons que ce n’est pas si simple en ce sens que c’est extrêmement ambigu. En écrivant ce que nous écrivons, nous parlons aussi bien de “Paris-c’est-la France” que d’une autre chose qui repose dans notre mémoire d’une civilisation lorsque cette civilisation embrassait le monde sans l’étouffer encore, selon laquelle “Paris-c’est-le monde”. (Si l’on voulait être plus précis, on dirait malheureusement “Paris-c’était- le-monde”, mais laissons cela puisque nous sommes dans l’ordre du symbolique qui défie le temps pour répondre à la mémoire collectve.)

… Avec cette expression, “Paris-c’est-le-monde”, nous voulons parler de la Ville-Lumière, la grande ville de la civilisation, aussi bien celle qui conserve (le présent est de mise) quelques signes puissants de la nostalgie d’un temps passé que celle qui a montré (ici, le passé semble malheureusement de mise) une certaine “modernité à visage humain” comme l’on parla en d’autres temps du “socialisme à visage humain”. On comprend déjà, où l’on devine espérons-le, qu’il s’agit de l’ambiguïté dont nous parlons.

(On se rappellera également qu’après l’attaque 9/11, le réflexe désormais classique du “Je suis“ ou du “Nous sommes” caractéristique de cette civilisation qui cherche désespérément à montrer qu’elle est une et indivisible alors qu’elle est déjà en lambeaux, fut bien de dire “Nous sommes tous Américains”, mot du philosophe-en-chef d’alors du Monde, Colombani, et non “Nous sommes tous New-Yorkais/Je suis New York”.)

Oubliez “Je-suis-Charlie”

L’attaque du 13 novembre n’a rien à voir avec celle du 7 janvier, toutes deux de l’an de disgrâce 2015. Du point de vue du slogan, nous sommes passés du “Je-suis-Charlie” à “Je-suis-Paris”, et la différence est de l’ordre de l’essence de la chose. La première attaque se plaçait sur le champ des “valeurs” de la modernité, qui sont aussi bien porteuses de la catastrophe que nous vivons que porteuse de l’ultime espérance d’une civilisation qui s’effondre en portant la responsabilité de cet effondrement. (On sait de quel côté nous nous trouvons.)

Dans le premier cas, ce ne fut pas du terrorisme, mais une action de “guerre hybride” comme ils disent, utilisant les méthodes de l’attentat “identifié et déterminé” dans le cadre d’une guerre de guérilla : les cibles étaient identifiées, elles avaient en elles-mêmes une signification politique, culturelle, idéologique, etc., c’est-à-dire qu’elles n’avaient pas contrairement à ce qu’espéraient leurs thuriféraires une signification universelle et civilisationnelle. Dans le second cas, il s’agit de terrorisme, quelles que soient les explications sophistiquées ou pavlovisées que certains ont offertes ; le but théorique de cette sorte d’activité est de créer l’insécurité générale dans les psychologies par des attaques indiscriminées et marquées par le seul but de tuer de la façon la moins prévisible possible pour les victimes. (L’attaque du Bataclan est bien sûr archétypique de la chose.) C’est ainsi, à notre sens, que les inconscients, nourris par la psychologie, feront leur rangement des deux évènements.

(C’est pourquoi selon nous il y eut en janvier, dans nos contrées du bloc BAO où il existe tout de même de la dissidence et de l’antiSystème, de nombreuses répliques furieuses ici et là, du type : “Non, Je-ne-suis-pas-Charlie”. Nous pensons, c’est notre conviction et notre hypothèse, qu’on ne trouvera guère, même parmi les dissidents et les antiSystème qui savent ce que notre civilisation sème d’horreurs et de monstruosités, notamment depuis 15 ans, des écrits du type “Non, Je-ne-suis-pas-Paris”, parce qu’“être-Paris” c’est un honneur qui se transmet au travers des siècles, renvoyant à une partie de notre civilisation qui chercha toujours à atténuer ou à freiner les effets catastrophiques de notre civilisation prise comme un tout désormais identifié comme la dévastation du monde ; cela bien que, – paradoxe des paradoxes, et cela si français, – la France y ait tout de même grandement contribué avec les Lumières et la Révolution. Mais quoi, malgré ses impairs, la France restait la France, comme aurait dit le Général fameux. Cela n’exonère en rien le niveau de bassesse indescriptible où est tombée la direction-Système de la France ; cela revient plutôt à saluer ce qui fut, dans notre civilisation, cette sorte de “nécessité de Paris” au plus haut de ce que notre civilisation pouvait avoir d’admirable ; cela qui, par exemple, acheva de convaincre von Choltitz, sous les objurgations de l’ambassadeur de Suède Nordling, de ne pas détruire Paris comme le Führer en avait donné l’ordre.)

Attaque du terrorisme-enfant-du-Système

En fonction de tout ce qui précède, nous avancerons notre hypothèse, par ailleurs assez confortable si l’on veut bien avoir à l’esprit l’histoire des quatre ou cinq dernières années, sans remonter à Brzezinski-1979, que, bien plus encore qu’avec 9/11 et malgré toutes ses manigances, et même au contraire de 9/11, l’attaque contre Paris n’est pas, sans manigances nécessaires, une attaque terroriste mais une attaque du terrorisme-enfant-du-Système (encore plus que “terrorisme-né-du-Système, où l’on pourrait le croire en réaction contre le Système comme font souvent des enfants nés de parents qu’ils jugent indignes), – donc une attaque du Système. On sait comment est né Daesh & Cie, le général Flynn nous a assez instruit là-dessus, et en insistant encore avec une ingénuité qui coupe le souffle et fait croire que la vertu à laquelle peut prétendre le sapiens peut parfois se cacher dans d’étranges recoins.

Il s’agit donc d’une attaque du Système et nullement d’une nième “déclaration de guerre” contre la Terreur. (Combien en avons-nous entendu, depuis 9/11, d’envolées avec déclaration de “guerre contre la Terreur”, ou GWOT [Great War On Terror] comme ils l’appelèrent également, – “guerre contre la Terreur” comme on partirait dans une “guerre contre les orages” ou “guerre contre la Guerre”.) Lorsque nous disons “il s’agit donc d’une attaque du Système”, nous ne disons pas une manigance du Système, un “complot”, un “false flag”, toutes ces sortes de choses qui peuvent survenir bien entendu mais qui ne nous intéressent guère par goût de cette inconnaissance qui fait bondir certains ; non, il s’agit d’une attaque du Système parce qu’il (le Système) passe de sa phase de surpuissance (création de Daesh) à sa phase d’autodestruction (attaque de Paris où règne le gouvernement “européen” le plus fidèle au Système, – tout cela, ce gouvernement français, qui s’est mis sous l’empire du Système, dans l’ordre par stupidité pure, par flagornerie “au cas où”, par arrogance et trouille réunies comme deux jeunes époux épris de désirs frustrés, en plus de l’inculture et de la suffisance postmodernistes et extrêmement-bourgeoises bien entendu).

Le président-poire est notre infirmière

Dans ce gouvernement-là, prenons le premier d’entre eux qui, aussitôt, s’est trouvé mobilisé sans prendre garde une seconde à la responsabilité qu’il portait, par sa politique, dans ces tragiques évènements. François Hollande a fait ses déclarations habituelles, parvenant à cet acte extraordinaire d’abaisser la tragédie au niveau du constat désolé du notaire qui fait son travail avec le zèle qui convient. Imaginez ce “président normal” comme il se désignait, ce brave homme enfin, – quel autre qualificatif lui donner, puisque ce sont les braves gens qui nous veulent du bien qui détiennent présentement les clefs de nos catastrophes nationales ? – conduit à envisager de devoir faire un discours de la sorte de celui du de Gaulle du 1er septembre 1944 (« Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »), sans micro hyper-perfectionné, sans dir’com, sans rien du tout qu’une tragédie à saluer…

Hollande préfère le rôle d’une sorte d’infirmière, de conseiller en psychologie pour aider les malheureux rescapés à surmonter le choc de l’épreuve. Ainsi est-il resté au milieu de son bon peuple “reclus d’épreuves” au lieu d’aller au G-20, où il envoya Fabius pour le représenter, – ce qui fait un interlocuteur de qualité pour les autres pays du groupe concernés par les affaires de Syrie, du terrorisme et du reste. Un vrai président eut assumé sa charge dans ces terribles circonstances, avec la dignité qui va avec, – certes, en raccourcissant au maximum le déplacement, –  pour justement montrer aux terroristes qu’ils n‘entravent pas la marche de l’État et parce que la rencontre d’Ankara était importante. Mais, lui disent ses conseilleurs en com’ (à Hollande), sa présence en France dans cette terrible épreuve, c’est du bon sentiment et c’est meilleur pour les élections très prochaines. Après tout, cela se tient. Tout cela est tellement décourageant pour la réflexion qu’on en viendrait à dire en baissant les bras, ou à baisser les bras en disant : après tout, oui, “cela se tient”… C’est une époque décourageante mais l’on s’en remet puisqu’il le faut.

La communication diluvienne

Maintenant, passons à l’avalanche, celle des commentaires, des hypothèses, des certitudes, des révélations, etc. Le terrain est particulièrement propice parce que le champ est libre. Au contraire de “Je-suis-Charlie” et de tant d’autres occurrences, le Système n’avait pas de narrative prête et impérative sinon les usual suspects (la barbarie, l’horreur, etc.). Il s’est attaqué à lui-même dans une occurrence d’une extrême complication et, de ce fait, reste sans voix pour l’instant. Il aura bien du mal à reprendre la main au niveau des communications.

L’encombrement de thèses, de false flags, de montages est absolument phénoménal, presque comme une sorte de Satyricon de Fellini tourné sur ce thème. Allez voir tous cesarticles proliférat, par exemple les commentaires, particulièrement corsés, du texte d’Anatoli Korline, sur UNZ.com du 14 novembre, allez voir le fantastique montage de Sister Sorchal sur WhatDoesItMean, où l’on remonte à la mort sur un bûcher du Grand Maître des Templiers Jacques de Molay pour expliquer l’attaque du 13 novembre (11 et 13 étant présenté comme des “nombres magiques”) comme un complot des francs-maçons et des Jésuites dont les derniers détails ont été mis au point lors d’une réunion (secrète, précisons-le) à Washington, le 27 octobre, avec notamment les directeurs de la CIA et de la DGSE, – le but étant la déclaration d’un “état de guerre” conduisant la France à faire appel à l’OTAN pour intervenir en Syrie, jusqu’à une confrontation directe avec la Fédération de Russie …

« To how this will be accomplished, this [GRU] report says, and at least as these plotters hope it will, will be for France to declare yesterday’s Friday the 13th massacre as an act of war—which upon their doing so will bring into immediate force Article 5 of the North Atlantic Treaty Organization (NATO) treaty the French nation rejoined in 2009 after a 43 year absence. […] With French President Francois Hollande declaring today that this Friday the 13th massacre is, indeed, an “act of war” perpetrated by the Islamic State, [Russian] MoD expert analysts in this report say, and with ISIS, likewise, claiming responsibility, the French have now vowed a “merciless response” setting the stage for a direct military confrontation with the Federation. »

L’Article 5 de nos amours

Sans nécessairement évoquer les mannes de Jacques de Molay ni la bénédiction des Jésuites, dont après tout François est le premier pape à venir de leurs rangs, divers commentateurs, des plus fantasques aux plus incertains, envisagent effectivement que la France fasse appel à l’OTAN et à son Article 5, ce qui remplirait sans nul doute d’une joie sans fin la voix évoqué plus haut concernant “Paris outragé, Paris martyrisé”. La société Stratfor de notre ami George Friedman envisage cette hypothèse, c’est-à-dire plus précisément dans le cadre d’une intervention française terrestre en Syrie qui nécessiterait simplement le soutien logistique de l’OTAN.

Quoi qu’il en soit, Stratfor n’est pas à court d’hypothèses, et en présente quelques autres, notamment à cause des embarras de circulation dans les cieux syriens, ce qui revient au contraire de l’hypothèse venue de Philippe-Auguste et évoquée plus haut. Il s’agirait alors pour les Français d’éviter des opérations où leur aviation aurait bien du mal à trouver sa place sans se cogner à un Soukhoi russe, lequel acquiert une grande popularité ces derniers temps et est se trouve considéré d’une façon fort amicale… (Court résumé de Sputnik.News, du 15 novembre.)

«  Analysts from the private intelligence company Stratfor believe that France may send its “expeditionary force” to Syria or Iraq in response to the deadly Paris attacks that rocked the French capital on Friday night. They claimed that France has a whole array of options for retaliation « at its disposal”, but that the country’s response will depend on « who was ultimately responsible” for the Friday attacks.  “If it is found that the Islamic State core group was indeed behind the November 13 attack, France will likely ramp up its Syrian air operations,” Stratfor said. At the same time, Stratfor analysts recalled that “the skies over Syria are already congested with coalition and Russian aircraft,” which is why France may intensify its military operation against the Islamic State group in Iraq or other countries, including in Libya, according to Stratfor.

» In light of this, Stratfor analysts predicted that France may increase its programs to train and support anti-Islamic State forces in Iraq and Syria, or even to carry out “commando strikes against key leadership nodes.” “France also has the option of deploying an expeditionary force like it did in the Sahel [region of Africa], although that would probably require outside airlift capacity from NATO allies, especially the United States,” Stratfor pointed out. »

L’amiral (US) qui aimait bien les Russes, après tout

Les circonstances étant ce qu’elles sont, et les évènements défilant à la vitesse qu’on sait au rythme du déterminisme-narrativiste interprété dans des modes complètement contradictoires, on ne s’étonnera pas de lire sous la plume de l’amiral Stavridis une sorte de plaidoirie pour la constitution d’une grande coalition en Syrie pour écraser Daesh, dans laquelle la Russie trônerait à la place que son actuelle offensive lui donne le droit d’occuper. Or, Stavridis était, il y a peu encore, jusqu’en mai 2013, le SACEUR ou commandant en chef suprême des forces alliées en Europe ; comme tel, il n’aimait pas les Russes et il avait l’habitude de dénoncer régulièrement la Fédération de Russie et ses visées agressives ; sa retraite prise, lors du paroxysme de la crise en Ukraine, il fut naturellement en pleine activité d’anathèmes pour désigner la Russie comme le seul et le plus définitif de tous nos ennemis… Oublié, tout ça.

“Paris”, écrit Stavridis dans Foreign Policy, “serait en droit de faire valoir l’Article 5 de l’OTAN pour demander et recevoir une aide de ses alliés dans toute action qui serait entreprise à la suite des attaques du 13 novembre”. Curieusement, l’amiral écrit que ce serait le deuxième pays à agir de cette façon après les USA en septembre 2001 (« It is worth noting that the only country to ever activate Article 5 was the United States after the 9/11 attacks in 2001. ») Justement pas : l’OTAN avait offert son aide aux USA selon l’Article 5 après 9/11 mais le n°2 du Pentagone Wolfowitz, sur instruction précise et méprisante de Rumsfeld, était spécialement venu à Bruxelles le 27 septembre 2001 pour dire aux alliés de l’OTAN que les USA n’avaient rien à faire de l’Article 5, mais qu’ils accepteraient éventuellement une aide de quelques supplétifs, – dite “coalition of the willing” … Sans doute l’enthousiasme et la baisse manifeste du statut de puissance des USA emportent-ils Stavridis puisqu’il va, pour le coup, jusqu’à évoquer la grande politique de Vergennes et les aventures du marquis de Lafayette précédé de notre excellent Beaumarchais :

« If the French seek strong NATO participation in a broad and lethal campaign against the Islamic State, Americans must offer support. They would be following the example set by the French on behalf of the United States after 9/11, and, in an earlier century, during the American Revolutionary War. »

Dans son article, Stavridis décrit tout ce que l’OTAN peut apporter à la France dans une éventuelle expédition contre Daesh, type-nouvelle croisade, dont elle (l’OTAN), finalement et naturellement, serait le cœur. (On est un peu préoccupé parce que la présence de l’OTAN dans une telle croisade, c’est la défaite par lourdeur confuse assurée.) Mais la cerise sur le gâteau, comme vu plus haut, est bien entendu que les Russes seraient effectivement de la partie. On sent bien que, dans l’esprit de l’amiral, l’OTAN, qui n’a rien fait jusqu’ici, et dont les principaux manipulateurs, les USA, n’ont fait qu’entretenir le moral et les moyens des combattants de Daesh, seraient le cœur, l’esprit et les muscles de ce somptueux rassemblement auquel les Russes, en plus du marquis de Lafayette, seraient invités à participer pour venger le Bataclan et le reste…

« Lastly, NATO should emphasize that it is building an “open coalition,” one that can not only include the forces of traditional allies, but also those of NATO’s traditional adversary, Russia. The Russian government claims to want to defeat the Islamic State, and it should have no lack of motivation, given the over 200 dead citizens — including many women and children — who seem to have been massacred by the Islamic State in the downing of a civilian aircraft just two weeks ago. Russia should be invited to participate alongside NATO and other coalition members against the Islamic State. […]

» The Islamic State is an apocalyptic organization overdue for eradication. It has beheaded and raped citizens from around the world; has killed civilians in spectacular and horrific ways; has enslaved young women and girls and sold them in open markets; and appears to have brought down a commercial aircraft full of tourists. Now it has killed Westerners execution-style in a city theater. There is a time for soft power and playing the long game in the Middle East, but there is also a time for the ruthless application of hard power. It is NATO’s responsibility to recognize our current moment qualifies as the latter. »

Les Russes sont pleins de compassion, certes…

La véritable et profonde tristesse pour la tragédie subie par Paris, on l’a vue notamment dans les réactions spontanées de la population russe. Rares furent les présentateurs des TV françaises à commenter la chose et encore moins à la montrer ; on préférait parler de la tristesse pour les massacres parisiens de Barak Obama, visible à l’œil nu derrière ses micros, parce que, somme toute, on croit encore savoir d’où vient le vent, comme toujours. Eh bien, l’on n’a pas compris grand’chose, et à cet égard Stavridis au milieu de son incroyable plan qui représenterait surtout une tentative de sauvegarde de l’OTAN à bout de souffle, a mieux senti d’où il soufflait, le vent … Sarko également (mais lui, on doit lui reconnaître, pour une fois, qu’il avait déjà senti d’où venait le vent et que sa position n’est pas nouvelle) ; sortant de l’Élysée après une conversation à bâtons rompus avec Hollande, et constatant avec une sagesse remarquable que la France doit tirer les conséquences de la situation syrienne qui est évidemment en rapport avec les attentats de Paris, il observait combien « nous avons besoin de tout le monde pour exterminer Daesh, et notamment des Russes ». (Comprenons bien : “et surtout des Russes”.)

Sans rien dire de particulièrement remarquable, sinon des appel à l’unité et des mises en garde contre le danger du terrorisme, sans bouger en un sens pendant que tout bouge autour d’eux, les Russes en viennent à occuper la position centrale sur la question de la Syrie, et par conséquent dans toutes les autres crises importantes. Bien entendu, leur action décidée en Syrie, qui pourrait être jugée décisive par certains, joue un rôle central dans cette évolution, c’est-à-dire un rôle de détonateur. La puissance régalienne de ce pays, l’un des derniers à l’assumer avec autant d’allant, place effectivement la Russie au centre de l’échiquier des fous qu’est devenu le monde dans sa crise générale, comme l’on se trouve dans la zone de calme paradoxal qu’est l’“œil du cyclone”.

Cela ne fait d’eux, les Russes, ni des vainqueurs ni les maîtres du monde. Cela fait d’eux une référence dans une époque et dans un monde qui n’en ont plus. Quant à être pour autant le “gendarme du monde”, on sait ce qu’il faut en penser et l’on connaît leur peu d’enthousiasme pour la chose

Pour en revenir à Paris, Europe …

Pour autant, et ce tour du champ du désordre terminé, nous reste l’impression que ce ne sont ni le terrorisme ni la Syrie qui sont les principaux enjeux des attentats de Paris, bien que les deux choses en furent les détonateurs et en seront profondément influencées. D’abord, il s’agit de la situation européenne, c’est-à-dire la “crise européenne”. Une source allemande, interrogée par RT, observait en employant l’expression anglo-américaniste de perfect storm qui désigne un point de fusion de la rencontre de crises elles-mêmes à leur point de fusion : « Le massacre de Paris pourrait bien enflammer l’opinion publique sur la question des migrants et sur celle des interventions de l’OTAN. »

Ainsi n’est-il pas absolument assuré que l’idée d’une riposte française passant par une intervention terrestre en Syrie soit propre à enthousiasmer l’opinion publique si l’on place cette affaire dans l’optique joyeusement entraînante de l’amiral Stavridis qui a une fâcheuse tendance à rappeler les entreprises de l’OTAN type-Libye qui ont fait exploser la bombe migratoire. Là-dessus, il reste la solution de The Donald, l’homme qui voyait grand et qui reste en tête de la meute républicaine : “Laissons faire les Russes en Syrie et soutenons-les au maximum, ils ont l’air de s’y connaître… Vive Poutine !”

Bref, le Paris du 13-novembre n’est pas nécessairement l’annonce d’une Grande Guerre, une de plus d’ailleurs, mais il serait bien et même sans nul doute, pour nous, une étape supplémentaire du Grand Désordre. Pour Paris et les Français, le Grand Désordre c’est d’abord l’Europe avec ses multiples crises en cours ; et, de ce fait par conséquent, entendre la subtile Merkel tirer comme conclusion des attentats du 13 novembre qu’il faut plus que jamais rester les bras ouverts pour accueillir les migrants nous fait entretenir quelques doutes sur la subtilité de la dame. Une consultation d’avis récents, d’avant le 13-septembre, va dans ce sens, et l’on ne voit vraiment pas, à la lumière des évènements qu’on a égrenés, et lorsque le drame du 13-novembre aura pris sa place dans la galerie des crises, et notamment dans la “crise européenne” en général, ce qui pourrait aller contre ce sentiment ; non, pas du tout, on fera l’hypothèse qu’il ira au contraire l’aggravant… Signalons deux exemples, qui sont deux interviews de RT, pour avoir une idée de l’état actuel de la grande Allemagne-européenne :

• Celui de Hansjoerg Mueller, le 3 novembre 2015 : « Germany now is somewhere at the edge of anarchy and sliding towards civil war, or to become a “banana republic without any government,” says Hansjoerg Mueller of the Alternative for Germany party. Bavarian official Peter Dreier called German Chancellor Angela Merkel to tell her personally that if Germany welcomes a million refugees, his town of Landshut will only take in around 1,800. Any extra will be put on buses and sent to her Chancellery in Berlin… »

• Celui de Bryan MacDonald, le 9 novembre 2015 : « The migrant crisis is going to fracture the EU, says journalist Bryan MacDonald. Just like the USSR collapsed when its biggest constituent country, Russia, got tired of the union idea, the same could happen to the EU if Germany turns against it, he adds. Luxembourg’s Foreign Minister Jean Asselborn said on Monday that the European Union could collapse due to the refugee crisis. This viewpoint is shared by a number of other EU politicians. »

Le Grand Désordre règne…

Ainsi conclurons-nous en observant que ces attentats, à la fois ont fait que rien ne sera plus comme avant, à la fois ils ont fait que rien n’a changé dans la trajectoire de notre Chute. Les évènements ont leurs propres logiques qui, sur l’instant où ils se produisent, semblent ouvrir des perspectives nouvelles qui paraissent extraordinaires, mais bien vite ils se rangent dans le courant général qui est celui de la Grande Crise d’effondrement du Système, – laquelle est bien assez extraordinaire par elle-même. Ainsi le 13-novembre prendra-t-il sa place dans une chaîne crisique dont les dernières étapes se nomment Ukraine, Grèce, migration, Syrie-II, et qui concerne le processus de désintégration de l’Europe ; il prendra aussi sa place dans la chaîne crisique dont la Russie est le nœud, qui implique aussi les crises d’Ukraine et de Syrie-II, en y ajoutant celle des USA en pleine retraite, en même temps que la confusion des différents “parrains du terrorisme” au Moyen-Orient, la valse-hésitation d’Israël, les folies d’Erdogan et ses coups de sagesse lorsqu’il rencontre Poutine et ainsi de suite ; et cette chaîne crisique caractérisée par la stature de la Russie pour laquelle les attentats du 13-novembre constituent paradoxalement, en fonction de la délicatesse morale d’un tel jugement, une victoire incontestable pour son point de vue.

Une chose nous a marqués, durant ces quelques jours. Nous n’avons aucun moyen de la démontrer, parce qu’elle ressort de l’intuition et de la perception qui va avec, et c’est cet effet qui nous engage sur la conclusion que nous offrons sans en donner une appréciation précise parce que l’événement auquel nous faisons allusion (la Grande Crise) ne peut avoir aucune représentation possible pour nous. L’idée est résumée par la phrase figurant dans notre chapeau de présentation, et qui ne demande aucune explication, – on le ressent comme cela, ou non c’est selon … “Cette crise (du 13-novembre) est ressentie comme étant d’une extraordinaire importance pour, à notre sens, répondre à l’attente de notre époque, certainement inconsciente et certainement fébrile, d’une dramatisation décisive de chaque évènements qui permettrait à la Grande Crise d’effondrement du Système d’accélérer et de s’aggraver encore, sinon de commencer enfin à dégager ses effets décisifs.”

C’est donc la Grande Crise qu’il faut suivre et qui importe plus que tout, qui règle tout le reste, et cette Grande Crise se diffusant, pour les pays européens, plus par la “crise européenne” que par  ce qu’on nomme “terrorisme”. C’est à cette aune qu’il faut tenter d’évaluer les évènements. Même si, demain ou après, Daesh disparaissait sous les coups d’une Grande Coalition miraculeusement mise en place ou bien par simple cessation de paiement des sponsors, les attentats du 13-novembre n’auraient pas donné leur plein effet. C’est lors des élections qui viendront, c’est dans les positions générales des pays européens, c’est dans l’état de la construction de l’Europe, c’est-à-dire comme un élément de plus d’une déconstruction en pleine activité, qu’ils donneront tous leurs effets. La logique crisique est de ce côté.

Merci à : Defensa.org

Attentats de Paris Passeport : le retour

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Faut-il en rire ou en pleurer : depuis le 11 septembre 2001, il n’est pas d’attentat terroriste sans que les coupables, sensés se cacher, ne se fasse identifier en laissant derrière eux leurs papiers d’identité. Pour le sociologue Jean-Claude Paye, l’apparente stupidité répétitive des terroristes doit être interprétée comme un artifice rhétorique du Pouvoir pour sidérer les citoyens. C’est parce que le récit officiel est absurde qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas le contester.

Dans le cadre de l’enquête sur les massacres à Paris, un passeport syrien a été retrouvé près de l’un des kamikazes du Stade de France. Après avoir été désigné comme responsable des attentats par le président Hollande, « l’État islamique », a reconnu être à la base de ces actions. Pour l’Exécutif français qui avait déclaré vouloir intervenir en Syrie contre l’ÉI, en réalité contre la République arabe syrienne et son président constitutionnel Bachar el-Assad qui « doit partir », il s’agit là d’un indice important devant conforter une opération militaire. La procédure du double discours, soutenir une organisation que l’on désigne comme ennemi et nommer comme terroristes des personnes que l’on a préalablement appelés « combattants de la liberté », n’est pas l’apanage du gouvernement français. Produire son ennemi est devenu un axe de la stratégie occidentale, nous confirmant que dans la structure impériale, il n’y a pas de séparation entre intérieur et extérieur, entre le droit et la violence pure, entre le citoyen et l’ennemi.

En Belgique, le prédicateur musulman Jean-Louis Denis est poursuivi « pour avoir incité de jeunes gens à partir faire le djihad armé en Syrie », car il est soupçonné d’avoir eu des contacts avec Sharia4Belgium, un groupement qualifié « terroriste », ce que le prévenu nie. Son avocat a fait ressortir la double pensée de l’accusation dans cette affaire, en lançant devant le tribunal correctionnel de Bruxelles : « On a envoyé des gamins dans les bras de l’État islamique en Syrie et ce sont vos services qui l’ont fait » [1]. Il a appuyé ses accusations en faisant ressortir le rôle dans cette affaire d’un agent infiltrant de la police fédérale.

Le retour du signifiant

Concernant les massacres parisiens, il semblerait qu’une des premières préoccupations des terroristes soit d’être identifiés le plus rapidement possible. Cependant ce paradoxe nous étonne à peine. Un papier d’identité, trouvé miraculeusement et désignant l’auteur des attentats venant d’être commis, est devenu un classique. Il s’agit d’un évènement qui se répète, une compulsion de répétition désignant à chaque fois un coupable appartenant à une « mouvance jihadiste ».

Dans la version officielle du 11 septembre, le FBI affirmait avoir retrouvé le passeport intact de l’un des kamikazes à proximité d’une des deux tours complètement pulvérisées par des explosions, dégageant une température capable de faire fondre l’acier des structures métalliques d’un building, mais préservant intact un document en papier. Le crash du quatrième avion, s’écrasant en rase campagne à Shanksville, a également permis à la police fédérale de retrouver le passeport de l’un des terroristes présumés. Ce document partiellement brûlé permet quand même d’identifier la personne, grâce à la présence de son nom, de son prénom et de sa photo. Cette possibilité est d’autant plus troublante que du crash de l’avion ne subsistait qu’un cratère d’impact, point de morceau de fuselage ou de moteur, seul restait ce passeport partiellement brûlé.

L’invraisemblable comme mesure du vrai

Dans l’affaire Charlie Hebdo, les enquêteurs ont retrouvé la carte d’identité de l’aîné des frères Kouachi dans la voiture abandonnée dans le nord-est de Paris. À partir de ce document, la police s’aperçoit qu’il s’agit d’individus connus des services antiterroristes, des « pionniers du djihadisme français. » La « traque » peut alors commencer. Comment des tueurs, commettant un attentat avec un sang froid et une maîtrise qualifiés de professionnels, peuvent-ils commettre une telle erreur. Ne pas s’encombrer de ses papiers fait pourtant partie de l’abc du simple cambrioleur.

Depuis le 11-Septembre, l’invraisemblable fait partie de notre quotidienneté. Il est devenu le fondement de la vérité. La Raison est bannie. Il ne s’agit pas de croire ce qui est dit, mais bien d’adhérer à ce que dit la voix qui parle, quelque soit le non sens de l’énonciation. Plus celui-ci est patent, plus la croyance en ce qui est affirmé doit être indéfectible. L’invraisemblable devient ainsi la mesure et la garantie du vrai.

Le discours portant sur les affaires Merah ou Nemouche en atteste. Merah, encerclé par des dizaines de policiers, serait parvenu, en trompant la surveillance des forces spéciales, à sortir de son domicile et ensuite à y retourner, afin de se faire tuer par un « sniper » qui aurait tiré en « légitime défense » avec des « armes non létales ». Il serait sorti de chez lui pour téléphoner d’une cabine publique, afin de « dissimuler son identité », lors de sa reconnaissance de culpabilité à une journaliste de France 24 [2].

Quant à Nemmouche, l’auteur de la tuerie au Musée juif de Bruxelles, il ne se serait pas débarrassé de ses armes, car ce qui comptait pour lui était de les revendre. Pour ce faire, il aurait fait le choix du mode de transport international le plus surveillé, en les transportant dans un bus assurant la liaison Amsterdam, Bruxelles, Marseille. Un « contrôle de douane inopiné » aurait permis de le confondre et de l’arrêter.

La sidération de “l’unité nationale”

Dans tous les cas, le caractère déréalisant de ce qui est présenté nous installe dans la sidération. Tel le regard de la Gorgone, il nous pétrifie. Il nous montre que quelque chose ne va pas dans le discours. Il exhibe une faille qui n’a pas pour effet de nous tromper, mais de nous morceler. Le compte-rendu du déroulement des attentats est une exhibition qui s’impose au spectateur. Elle échappe à toute représentation et a un effet de sidération. Celle-ci ne résulte pas tant du caractère dramatique des faits que de l’impossibilité de déchiffrer le réel. Le spectateur ne peut alors retrouver un semblant d’unité que par un surcroît d’adhésion à ce qui est énoncé. Une fusion s’opère avec celui qui nomme. Il convient de renoncer à se distancier avec le dit et le montré, en posant des questions ou en rétablissant une parole. L’unité nationale, la fusion entre les surveillants et les surveillés, peut alors se mettre en place.

L’exhibition des failles dans le discours du pouvoir concernant tous ces attentats a pour effet d’installer une psychose et de supprimer tout mécanisme de défense, non pas seulement face à des propos ou des actes déterminés, mais vis-à-vis de n’importe quelle action ou déclaration du pouvoir, par exemple face à des lois comme celle sur le renseignement qui rejette la vie privée hors des libertés fondamentales.

Un acte de guerre contre les populations

Votée en juin 2015, la loi sur le renseignement, ce projet vieux de plus d’une année, nous a été présenté comme une réponse aux attentats de Charlie Hebdo. La loi autorise notamment l’installation de « boites noires » chez les fournisseurs d’accès Internet permettant de capturer en temps réel les métadonnées des utilisateurs. Elle permet également la pose de micros, de balises de localisation, l’installation de caméras et de logiciels espions. Sont soumis à ces techniques spéciales de recherche, non les agents d’une puissance étrangère, mais la population française. Cette dernière est ainsi traitée comme ennemie d’un Pouvoir exécutif, auquel il revient la décision et le « contrôle » de ces dispositifs secrets. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, cette loi légalise des mesures déjà en place, mettant à la disposition de l’Exécutif un dispositif permanent, clandestin et quasiment illimité de surveillance des citoyens. L’absence de toute efficacité dans la prévention d’attentats nous montre que c’est bien les ressortissants de l’Hexagone qui étaient l’objet de la loi et non les terroristes. En changeant la nature des services de renseignement, du contre-espionnage à la surveillance des citoyens, cette loi est un acte de guerre idéelle contre ceux-ci. Les massacres qui viennent d’avoir lieu à Paris en sont le réel.

Jean-Claude Paye

[1] Julien Balboni, « Procès de Jean-Louis Denis : ’’Le parquet fédéral a envoyé des jeunes en Syrie » » , DH.be, le 12 novembre 2015.

[2] Lire : Jean-claude Paye et Tülay Umay, « L’affaire Merah (4/4) : Le changement en se taisant : la parole confisquée », Réseau Voltaire, le 30 octobre 2012,

Par : Jean-Claude Paye

Discours de la guerre et double pensée, l

La République française prise en otage

La guerre qui s’étend à Paris est incompréhensible pour les Français qui ignorent presque tout des activités secrètes de leur gouvernement dans le monde arabe, de ses alliances contre nature avec les dictatures du Golfe, et de sa participation active au terrorisme international. Jamais cette politique n’a été discutée au Parlement et les grands médias ont rarement osé s’y intéresser.

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Depuis cinq ans ans, les Français entendent parler de guerres lointaines, sans comprendre ce dont il s’agit. La presse les a informés de l’engagement de leur armée en Libye, mais jamais de la présence de soldats français en mission au Levant. Mes articles à ce sujet sont largement lus, mais perçus comme des bizarreries orientales. Malgré mon histoire personnelle, il est de bon ton de me qualifier d’« extrémiste » ou de « complotiste » et de relever que mes articles sont reproduits par des sites internet de toutes obédiences, y compris par d’authentiques extrémistes ou complotistes. Pourtant personne ne trouve rien à redire à ce je j’écris. Mais personne non plus n’écoute mes alertes à propos des alliances que la France a conclues.

Soudain, la vérité ignorée fait surface.

La France a été attaqué dans la nuit du vendredi 13 novembre 2015 par plusieurs commandos qui ont assassiné au moins 130 personnes dans cinq lieux différents de Paris. L’état d’urgence a été décrété pour 12 jours sur l’ensemble du territoire et pourrait être reconduit par le Parlement.

Pas de lien direct avec l’affaire Charlie Hebdo

La presse française interprète cet acte de guerre en le liant à l’attentat survenu à Charlie Hebdo, bien que les modes opératoires soient totalement différents. En janvier, il s’agissait de tuer des personnes précises, tandis qu’ici il s’agit d’une attaque coordonnée contre un grand nombre de personnes au hasard.

On sait aujourd’hui que le rédacteur en chef de Charlie Hebdo venait de recevoir un « don » de 200 000 euros du Proche-Orient pour poursuivre sa campagne anti-musulmane [1] ; que les tueurs étaient liés aux services de renseignement français [2] ; que l’origine de leurs armes est couverte par le Secret-Défense [3]. J’ai déjà montré que cet attentat n’était pas une opération islamiste [4], qu’il avait fait l’objet d’une récupération étatique immédiate [5], et que cette récupération avait rencontré un écho dans la population hostile à la République [6] —une idée qui a été brillamment développée quelques mois plus tard par le démographe Emmanuel Todd [7]—.

Si nous revenons à la guerre qui vient de s’étendre à Paris, elle surprend en Europe occidentale. On ne peut la comparer aux attentats de Madrid de 2004. En Espagne, il n’y avait ni tireur, ni kamikaze, mais 10 bombes placées en 4 lieux distincts [8]. Le type de scène qui vient d’avoir lieu en France est le lot quotidien de nombreuses populations du « Moyen-Orient élargi » depuis 2001. Et l’on trouve des événements comparables au-delà, comme les trois jours d’attaques en six lieux distincts, à Bombay en 2008 [9].

Même si les assaillants étaient des musulmans et si certains d’entre eux ont crié « Allah Akbar ! » en tuant des passants, il n’y a aucun lien entre ces attaques, l’islam et une éventuelle « guerre des civilisations ». Ainsi, ces commandos avaient instruction de tuer au hasard, sans s’enquérir préalablement de la religion de leurs victimes.

Identiquement, il est absurde de prendre au premier degré le mobile évoqué par Daesh contre la France —même s’il n’y a pas de doute sur son implication dans cette attaque—. En effet, si l’organisation terroriste devait se « venger », c’est à Moscou qu’elle aurait frappé.

La France est un État terroriste depuis au moins 2011

La lecture de ces événements est brouillée parce que derrière des groupes non-étatiques se cachent toujours des États qui les sponsorisent. Dans les années 70, le Vénézuélien Ilich Ramírez Sánchez dit « Carlos » ou « Le Chacal » s’était mis par conviction au service de la cause palestinienne et de la Révolution avec le discret soutient de l’Urss. Dans les années 80, l’exemple de Carlos a été repris par des mercenaires, travaillant pour le plus offrant, tel Sabri al Banna dit « Abou Nidal », qui effectua des attentats aussi bien pour le compte de la Libye et de la Syrie que d’Israël. Aujourd’hui, il existe une nébuleuse du terrorisme et de l’action secrète impliquant quantité d’États.

En principe, les États dénient toujours leur participation à des groupes terroristes. Toutefois, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a déclaré en décembre 2012, lors de la conférence des « Amis de la Syrie » à Marrakech, qu’Al-Nosa, la branche syrienne d’Al-Qaïda, « fait du bon boulot » [10].

Compte tenu de ses fonctions, M. Fabius savait qu’il ne serait pas traduit en justice pour son soutien à une organisation classée comme terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais il prenait un risque grave pour son pays qu’il plongeait ainsi dans le chaudron du terrorisme.

En réalité, la France était impliquée depuis au moins le début 2011 aux côtés d’Al-Qaïda. À l’époque, le Royaume-Uni et la France s’étaient joints au projet US de « Printemps arabe ». Il s’agissait de renverser tous les régimes arabes laïques et de les remplacer par des dictatures des Frères musulmans. Alors que Londres et Paris avaient découvert cette opération en cours de réalisation en Tunisie et en Égypte, ils avaient été préalablement sollicités pour la Libye et la Syrie [11]. En Libye, ils organisèrent avec l’aide des Forces spéciales italiennes les massacres de Benghazi, puis avec l’aide d’Al-Qaïda la prise des arsenaux. Je peux attester qu’en août 2011, alors que j’étais protégé par Khamis el-Kadhafi lorsque l’Otan donnait l’assaut de la capitale, l’hôtel Rixos où nous nous trouvions fut assiégé par une unité d’Al-Qaïda, la Brigade de Tripoli, commandée par Mahdi al-Harati au cri d’« Allah Akbar ! » et encadrée par des officiers français en mission. Le même Mahdi al-Harati fut avec son chef, Abdelhakim Belhaj, le fondateur de la prétendue Armée syrienne libre, en réalité un groupe d’Al-Qaïda portant le drapeau de la colonisation française.

En Syrie, la présence d’officiers français encadrant des groupes armés lorsqu’ils perpétraient des crimes contre l’humanité est largement attestée.

La France a par la suite joué un jeu extrêmement complexe et dangereux. Ainsi, en janvier 2013, c’est-à-dire un mois après le soutien public de Laurent Fabius à Al-Qaïda en Syrie, elle se lançait dans une opération au Mali contre le même Al-Qaïda, provoquant un premier retour de bâton contre ses agents infiltrés en Syrie.

De tout cela, vous n’avez jamais entendu parler. Parce que, bien que la France ait des institutions démocratiques, sa politique actuelle dans le monde arabe n’a jamais été discutée publiquement. Tout au plus s’est-on contenté —en violation de l’article 35 de la Constitution— d’entrer en guerre contre la Libye et contre la Syrie après quelques heures de débats parlementaires superficiels, sans vote. Les parlementaires français ont renoncé à exercer leur mandat de contrôle de l’Exécutif en matière de politique étrangère, pensant qu’il s’agit d’un domaine réservé du président, sans conséquence dans la vie quotidienne. Chacun peut constater au contraire aujourd’hui que la paix et la sécurité, un des quatre « Droits de l’homme et du citoyen » de 1789 (article 2), en dépendent directement. Le pire est à venir.

Au début 2014, lorsque les faucons libéraux US mettaient au point leur plan de transformation de l’Émirat islamique en Irak et au Cham en ce qui allait devenir Daesh, la France et la Turquie acheminèrent des munitions à Al-Qaïda pour qu’il combatte l’ÉI —ce point est attesté par un document présenté au Conseil de sécurité le 14 juillet 2014 [12]—. Pourtant, la France se joignit ultérieurement à cette opération secrète et participa à la Coalition internationale anti-Daesh, dont chacun sait maintenant que contrairement à son nom elle ne bombarda pas Daesh, mais lui largua des armes durant un an [13]. Les choses évoluèrent encore après la signature de l’accord 5+1 avec l’Iran. Les États-Unis se retournèrent subitement sur le terrain contre l’organisation terroriste et la repoussa à Hassaké (Syrie) [14]. Mais ce n’est qu’à la mi-octobre 2015, il y a un mois, que la France recommença à combattre Daesh. Non pas pour stopper ses massacres, mais pour conquérir une partie du territoire qu’il occupe en Syrie et en Irak et y installer un nouvel État colonial qui serait appelé « Kurdistan » même si sa population kurde y sera au départ largement minoritaire [15].

Dans cette perspective, la France a envoyé son porte-avions —qui n’est pas encore sur zone— pour soutenir les Marxistes-Léninistes du parti kurde YPG —mais que signifie cette référence politique lorsque l’on projette de créer un État colonial ?— contre son ancien allié Daesh.

Nous assistons désormais au second retour de bâton. Non pas de la part d’al-Qaïda en Syrie, mais de la part de Daesh en France, sur instructions des alliés inavouables de la France.

Qui dirige Daesh

Daesh est une création artificielle. Ce n’est que l’instrument de la politique de plusieurs États et multinationales.

Ses principales ressources financières sont le pétrole, les drogues afghanes —dont les Français n’ont toujours pas saisi les implications sur leur sol—, et les antiquités levantines. Tout le monde s’accorde à noter que le pétrole volé transite librement par la Turquie avant d’être vendu en Europe occidentale. Compte tenu des quantités, il n’y a pas de doute possible sur le soutien de l’État turc à Daesh [16].

Il y a trois semaines, le porte-parole de l’Armée arabe syrienne révélait que 3 avions, respectivement affrétés par la Turquie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis venaient d’exfiltrer des combattants de Daesh hors de Syrie et de les transporter au Yémen. Là encore, il n’y a donc pas doute possible sur les liens de ces trois États avec Daesh en violation des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

J’ai longuement expliqué, depuis la première conférence de Genève en juin 2012, qu’une faction au sein de l’appareil d’État US menait sa propre politique contre celle de la Maison-Blanche. Au départ, ce complot était dirigé par le directeur de la CIA et co-fondateur de Daesh en 2007 (« The Surge ») [17], le général David Petraeus, jusqu’à son arrestation menottes au poignet le lendemain de la réélection de Barack Obama. Puis, ce fut au tour de la secrétaire d’État Hillary Clinton, empêchée de terminer son mandat durant la période de transition présidentielle par un fâcheux « accident ». Enfin, ce combat fut poursuivi par l’ambassadeur Jeffrey Feltman depuis les bureaux de l’Onu et par le général John Allen à la tête de la prétendue Coalition anti-Desh. Ce groupe, partie de l’« État profond » US, qui n’a cessé de s’opposer à l’accord 5+1 avec l’Iran et de combattre la République arabe syrienne, conserve des membres au sein de l’administration Obama. Surtout, il peut compter sur l’aide de sociétés multinationales, dont les budgets sont plus importants que ceux des États, et qui peuvent financer leurs opérations secrètes. C’est le cas notamment du pétrolier Exxon-Mobil (le véritable propriétaire du Qatar), du fonds de placement KKR, et de l’armée privée Academi (ex-Blackwater).

C’est pour le compte de ces États et de ces multinationales que la France est devenue un pays mercenaire.

La France objet de chantage

Le 11 novembre 2015, le Premier ministre, Manuel Valls, assurait que la France était engagée contre le terrorisme [18].

Le 12 novembre, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales —rattaché au ministère de l’Intérieur— publiait un rapport selon lequel le terrorisme était devenu la seconde préoccupation des Français après le chômage [19].

Le matin même du 13 novembre, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, présentait à Nanterre un plan en vingt mesures pour lutter contre le trafic d’armes [20].

À l’évidence, le gouvernement s’attendait au pire, ce qui implique qu’il était en négociation avec ceux qui l’ont attaqué. La France a pris des engagements qu’elle n’a pas tenus et est certainement victime d’un chantage de la part des maîtres qu’elle vient de trahir.

Un exercice simulant des attentats a été conduit le matin même de l’attaque par les services d’urgence hospitaliers [21]. Une coïncidence que l’on avait déjà relevé lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, de ceux du 11 mars 2004 à Madrid, ou encore de ceux du 7 juillet 2005 à Londres.

Conclusion provisoire

Les gouvernements français successifs ont noué des alliances avec des États dont les valeurs sont à l’opposé de celles de la République. Ils se sont progressivement engagés à livrer des guerres secrètes pour eux, avant de se rétracter. Le président Hollande, son chef d’état-major particulier le général Benoit Puga, son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et son prédécesseur Alain Juppé font aujourd’hui l’objet d’un chantage dont ils ne pourront sortir qu’en révélant dans quoi ils ont fourvoyé le pays, même si cela les expose à la Haute Cour de Justice.

Le 28 septembre, à la tribune des Nations unies, le président Poutine s’adressant aux États-Unis et à la France s’exclamait : « J’aimerais demander aux responsables de cette situation : « Avez-vous au moins conscience de ce que vous avez fait ? » Mais je crains que cette question ne reste en suspens, parce que ces gens n’ont pas renoncé à leur politique basée sur une confiance exagérée en soi et la conviction de son exceptionnalité et de son impunité » [22]. Ni les États-uniens, ni les Français ne l’ont écouté. Il est maintenant trop tard.

À retenir
- Le gouvernement français s’est progressivement éloigné de la légalité internationale. Il perpètre des assassinats politiques et encadre des actions terroristes depuis au moins 2011.
- Le gouvernement français a noué des alliances contre nature avec les dictatures pétrolières du Golfe persique. Il travaille avec un groupe de personnalités états-uniennes et de compagnies multinationales pour saboter la politique d’apaisement des présidents Obama et Poutine.
- Le gouvernement français est entré en conflit avec ces alliés peu recommandables. L’un d’entre eux a sponsorisé les attaques de Paris.

Thierry Meyssan

[1] « Charlie Hebdo : les révélations de la dernière compagne de Charb », Thibault Raisse, Le Parisien, 18 octobre 2015.

[2] « Selon McClatchy, Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français », Réseau Voltaire, 9 janvier 2015.

[3] « Les armes de Charlie-Hebdo couvertes par le Secret-Défense », Réseau Voltaire, 17 septembre 2015.

[4] « Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 janvier 2015.

[5] « Charlie Hebdo a bon dos », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 janvier 2015.

[6] « De quoi ont peur les politiques et les journalistes français ? », par Réseau Voltaire, 25 janvier 2015.

[7] Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, Emmanuel Todd, Seuil,‎ 5 mai 2015, 252 p.

[8] « 11 mars 2004 à Madrid : était-ce vraiment un attentat islamiste ? », « Attentats de Madrid : l’hypothèse atlantiste », par Mathieu Miquel, Réseau Voltaire, 11 octobre et 6 novembre 2009.

[9] The Siege, Adrian Levy & Cathy Scott-Clark, Penguin, 2013.

[10] « Pression militaire et succès diplomatique pour les rebelles syriens », par Isabelle Maudraud, Le Monde, 13 décembre 2012.

[11] Voir le témoignage de l’ancien président du Conseil constitutionnel Roland Dumas sur LCP.

[12] Lire l’intervention du représentant syrien « Résolution 2165 et débats (aide humanitaire en Syrie) », Réseau Voltaire, 14 juillet 2014.

[13] Ce point est ignoré de la presse occidentale, mais a été largement discuté un an durant par la presse arabe et perse. La vérité a éclaté au grand jour lorsque cinquante analystes du CentCom ont dénoncé les mensonges des rapports sur la Coalition, qu’une enquête interne a été déclenchée et que, finalement, le général John Allen a été contraint à la démission. Voir notamment : « Stewart, Brennan et Cardillo dénoncent les manipulations du Renseignement au Pentagone » et « Le général Allen présente sa démission (Bloomberg) », Réseau Voltaire, 12 et 23 septembre 2015.

[14] « La France tente d’entraver le déploiement militaire russe en Syrie », Réseau Voltaire, 6 septembre 2015.

[15] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

[16] Pour en savoir plus : « Le rôle de la famille Erdoğan au sein de Daesh », Réseau Voltaire, 26 juillet 2015.

[17] Daesh a été initialement constitué en Irak dans le cadre d’un plan visant à mettre fin à la Résistance à l’occupation états-unienne. Pour ce faire, les USA ont créé des milices anti-chiites —dont l’Émirat islamique en Irak, futur « Daesh »—, puis des milices anti-sunnites. En définitive, les deux groupes de population ont oublié l’armée d’occupation et se sont battus entre eux.

[18] « Valls : la France engagée contre le terrorisme », AFP et Le Figaro, 11 novembre 2015.

[19] « La grande peur du terrorisme », Timothée Boutry, Le Parisien-Aujourd’hui en France, 13 novembre 2015.

[20] « Bernard Cazeneuve présente un plan contre le trafic d’armes », AFP, 13 novembre 2015.

[21] Cf. Intervention du Dr Patrice Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France, sur France Info à 10h26 et au journal du soir de France2, le 14 novembre 2015.

[22] « Discours de Vladimir Poutine à la 70ème Assemblée générale de l’Onu », par Vladimir Poutine, Réseau Voltaire, 28 septembre 2015.

Par Thierry Meyssan du Réseau Voltairenet

Vers un renversement de situation au Proche-Orient

Société contre l’État: Le marxisme modèle du Nouvel Ordre Mondial (Gustav Landauer)

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“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883) ~

 “A l’origine, toutes les choses étaient communes et indivisées, elles étaient la propriété de tous.”

~ Hugo Grotius (Huig de Groot) ~

 

Contre le marxisme et pour le socialisme anarchiste

Gustav Landauer

 Extrait de “Un appel au socialisme” (1911)

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 Gustav Landauer, philosophe anarchiste et activiste allemand né à Karlsruhe en 1870, mort à Munich en 1919, battu à mort par les militaires dans la cour d’une prison après son arrestation lors de la révolution bavaroise. Suiveur des idées de Proudhon et surtout de Pierre Kropotkine dont il fut l’ami, Landauer, dont les écrits ont peu été traduits de l’allemand, se distingue essentiellement par sa vision unique de l’État dont il pense qu’il ne peut pas être détruit physiquement, mais que la destruction de l’État ne viendra que par le changement d’attitude des gens en son sein. Le glissement vers un nouveau paradigme politico-social se fera par le changement de mentalité des citoyens qui réfuteront les institutions et aménagerons la société sur des bases anarcho-communistes pour en faire une “société des sociétés”. Son ouvrage “Un appel au socialisme” publié en 1911 est son œuvre phare. En voici un extrait.

Ce que Karl Marx appelait la coopération, supposée être un élément du socialisme est, la forme de travail qu’il voyait dans les entreprises capitalistes de son temps, le système industriel, où des milliers de personnes travaillent dans une grande pièce, l’adaptation de l’ouvrier à la machine et la division pervasive du travail résultant dans la production de commodités pour le monde du marché capitaliste. Ainsi il dit de manière sûre que le capitalisme “est déjà actuellement basé sur la production sociale de l’entreprise” !

Oui en fait un tel non-sens sans précédent va contre le cours des choses, mais c’est certainement l’opinion véritable de Karl Marx que le capitalisme développe le socialisme de lui-même et que le mode de production socialiste “est florissant” sous le capitalisme. Nous avons déjà la coopération, nous sommes déjà bien sur le chemin de la propriété commune sur terre ainsi que celle des moyens de production. A la fin il ne restera plus grand chose à faire si ce n’est que de chasser les quelques proprios restant. Tout le reste a fleuri du capitalisme. Car le capitalisme est équivalent du progrès de la société et même du socialisme. Les véritables ennemis sont “la classe moyenne, les petits industriels, les petits marchants, les artisans, les fermiers.” Car ils travaillent eux-mêmes et ont au moins quelques ouvriers ou apprentis pour les aider. Ceci est l’entreprise naine, tandis que le capitalisme est l’uniformité, le travail de milliers de personnes au même endroit, travaillant pour le marché mondial ; ceci est la production sociale, le socialisme.

Ceci est la véritable doctrine de Karl Marx: lorsque le capitalisme a gagné la victoire complète sur ce qu’il reste du Moyen-Age, le progrès est scellé et le socialisme est pratiquement là.

N’est-il pas significatif de manière symbolique que la fondation même du marxisme, la bible de cette sorte de socialisme ait été appelé “Das Kapital” ? Nous opposons à ce socialisme capitaliste notre propre socialisme en disant: socialisme, culture et solidarité, échange juste et équitable, travail agréable, la société des sociétés ne peut venir que quand un esprit s’éveille comme dans l’ère chrétienne et pré-chrétienne les nations teutoniques le savaient et lorsque cet esprit se débarrasse de l’inculture, de la dissolution et du déclin, qui en termes économiques sont appelés: le capitalisme.

Ainsi se dressent l’une contre l’autre deux choses parfaitement opposées

Ici le marxisme, là le socialisme !

Marxisme: sans esprit, les pétales de roses couvrant les ronces adorées du capitalisme.

Socialisme: La nouvelle force contre la pourriture ; la culture qui monte contre la combinaison de la décérébration, de la dureté, de l’austérité et de la violence, contre l’État moderne et contre le capitalisme.

Et maintenant chacun peut comprendre ce que je veux dire à la face du marxisme: qu’il est la peste de notre temps et la malédiction du mouvement socialiste. Maintenant nous allons exliquer encore plus clairement pourquoi il en est ainsi et pourquoi le socialisme ne peut venir que comme l’ennemi mortel du marxisme.
Car le marxisme est. par dessus tout, ce Philistin qui regarde de manière condescendante toute chose venant du passé, qui appelle tout ce qui l’intéresse le présent ou le futur immédiat, qui croit dans le progrès, qui préfère 1908 mieux que 1907 et qui attend quelque chose de spécial en 1909 et quasiment un miracle escatologique pour quelque chose qui est aussi éloigné dans le futur que 1920.

Le marxisme est le Philistin et donc l’ami de toute chose massive et compréhensible. Quelque chose comme une république médiévale de villes ou de villages, une mir russe ou un Allmend suisse ou une colonie communiste, ne peuvent pas pour lui avoir la moindre similarité avec le socialisme, mais par contre un état vaste et centralisé ressemble déjà à son État du futur de manière assez proche. Montrez-lui un pays à une période donnée de l’histoire où les petits paysans prospéraient, où il y avait des métiers complémentaires artisanaux florissants, où il y avait peu de misère et il détrournera le nez avec dédain.

Karl Marx et ses successeurs pensaient qu’ils ne pouvaient pas faire de pire accusation contre le plus grand de tous les socialistes, Pierre-Joseph Proudhon, qu’en l’appelant “petit-bourgeois” et “petit paysan socialiste”, ce qui n’était ni incorrect ni insultant, car Proudhon avait splendidement montré au peuple de sa nation et de son temps, de manière prédominante des petits paysans et des artisans, comment ils pourraient parvenir au socialisme immédiatement sans avoir à attendre les progrès laborieux du grand capitalisme. Mais, les croyants dans le progrès ne veulent pas nous entendre parler de la possibilité qui fut autrefois présente et qui ne devint pas une réalité et les marxistes ainsi que tous ceux qu’ils ont infecté ne peuvent pas écouter quiconque parler de socialisme qui aurait pu être possible avant le mouvement de déclin, qu’ils appellent eux, le mouvement ascendant du capitalisme sacré.

Nous [les anarchistes] en revanche, ne séparons pas un développement humain fabuleux et les processus sociaux de ce que veut, fait, aurait voulu ou aurait pu faire l’humain. Nous savons aussi quoi qu’il en soit, que la détermination et la nécessité de tout ce qui se passe, incluant bien entendu, la volonté et l’action est valide et sans exception, mais seulement après que ce soit un fait réel, à savoir après que la réalité soit établie, cela devient-il alors une nécessité…

De notre opinion, l’histoire humaine ne consiste pas en des processus anonymes et d’une vulgaire accumulation d’une multitude de petits évènements et d’omissions.

[…]

Mais le marxisme est inculte et il montre toujours du doigt en toute suffisance, moquerie et triomphe, les échecs et les tentatives futiles, il a de plus une telle peur infantile de la défaite. Il montre le plus de mépris pour ce qu’il appelle les expériences ou les échecs. Ceci est un signe honteux d’un déclin des plus disgracieux, spécifiquement pour le peuple allemand, à qui convient si mal une telle peur de l’idéalisme, de l’enthousiasme et de l’héroïsme, que de si piètres personnages sont les leaders de ses masses mises en esclavage. Mais les marxistes sont pour les masses appauvris et opprimées exactement ce qu’ont été les nationalistes depuis 1870 pour les classes de gens rassasiés: les adorateurs du succès.

De ce fait, nous saisissons un sens plus précis de l’expression “conception matérialiste de l’histoire”. Oui, de fait les marxistes sont des matérialistes dans le sens ordinaire, brut et populaire du mot et tout comme les crânes d’œuf nationalistes, ils s’épanouissent à vouloir réduire et exterminer l’idéalisme. Ce que les bourgeois nationalistes ont fait des étudiants, les marxistes le font de grands segments du prolétariat, façonnant couardement de petits hommes sans jeunesse, sans esprit indomptable, sans courage, sans la joie de faire ou de tenter quelque chose, sans pensée dirigée, sans hérésie, sans originalité ni individualité. Mais nous avons besoin de tout cela. Nous avons besoin de tentatives et d’initiatives. Nous avons besoin d’envoyer des milliers d’hommes en Sicile. Nous avons besoin de ces si précieuses natures de Garibaldi et nous avons besoin d’échecs après échecs et de cette dureté naturelle se forgeant à ne plus rien craindre, qui maintient le cap, qui endure, et recommence encore et toujours jusqu’au succès, jusqu’à ce qu’on réussise et devienne impossible à conquérir. Quiconque n’endorse pas le danger de la défaite, de la solitude, des échecs, n’attendra jamais la victoire.

Ô vous les marxistes, je sais pertinemment comme cela sonne faux à vos oreilles, vous qui n’avez peur de rien sauf ce que vous appelez un coup de couteau dans le dos. Ce mot appartient à votre vocabulaire si particulier et peut-être à juste titre, puisque vous montrez votre dos le plus souvent à vos ennemis plutôt que votre visage. Vous savez à quel point vous haïssez profondément et o combien repoussant vos humeurs sèches trouvent de telle natures passionnées que sont le constructif Proudhon et les destructeurs Garibaldi ou Bakounine. Tout ce qui est latin ou celtique, tout ce qui a trait à l’air libre à la nature sauvage et à l’initiative est presque un embarrassement pour vous. Vous vous êtes suffisamment handicapés pour exclure tout ce qui peut-être libre, personnel ou juvénile, traits que vous qualifiez inlassablement de stupidités, exclus donc du parti, du mouvement et des masses elles-mêmes.

Les choses seraient véritablement bien meilleures pour nous et le socialisme en général si au lieu de la stupidité systémique que vous appelez votre science, nous avions les stupidités de gens aux tempéraments de feu débordant d’enthousiasme sur les autres, ce que vous ne pouvez pas supporter. Oui, nous voulons en fait faire ce que vous appelez des “expériences” ; nous voulons tenter, nous voulons créer depuis notre cœur et nous voulons si cela doit-être, souffir de la défaite et des échecs jusqu’à la victoire, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Des personnes incultes, fades, cyniques et livides mènent nos peuples, où sont les tempéraments de Colomb (NdT: de manière évidente, Landauer n’a pas réfléchit en profondeur à la question de Colomb et de la “découverte”…), ces gens qui préfèrent voguer en pleine mer sur de fragiles embarcations vers l’inconnu plutôt que d’attendre le progrès. Où sont les jeunes joyeux et victorieux Rouges qui riront à la face livide de ces leaders ? Les marxistes détestent entendre de telles paroles, de telles attaques, qu’ils appellent des rechutes, de tels défis enthousiastes non-scientifiques. Je le sais et c’est pour cela que cela est si bon de le leur avoir dit. Les arguments que j’utilise contre eux sont valides et tiennent la route, mais si au lieu de les réfuter au moyen d’arguments, je pouvais les ennuyer à mort avec la moquerie et le rire, cela m’irait tout aussi bien. (NdT: comme quoi l’humour, le sarcasme et l’ironie, lorsqu’intelligemment maniés sont des armes redoutables. Où en sont l’humour et le “politiquement correct” ajourd’hui en 2015 ?…)

Ainsi, le marxiste inculte est bien trop malin, à la page et prudent pour ne jamais penser que le capitalisme dans un état d’effondrement total, comme ce fut le cas durant la révolution de Février [1848] en France, pourrait être confronté par l’organisation socialiste alors qu’il préfère tuer les formes de communauté de vie émanant du Moyen-Age qui furent préservées, spécifiquement en Allemagne, en France, en Suisse, et en Russie, pendant des siècles de déclin et de les noyer totalement dans le capitalisme plutôt que de reconnaître qu’ils contiennent les graines et les cristaux de vie de la culture socialiste à venir.

Mais si quelqu’un lui montre les conditions économiques de disons, l’Angleterre, du milieu du XIXème siècle, avec son système industriel de désolation, avec son exode rural, son homogénéisation des masse et sa misère, avec des économies tournées vers le marché mondial au lieu des véritables besoins, il y trouve la production sociale, la coopération, les commencements de la propriété commune. Il se sent comme à la maison…

Ajoutez à cela la concentration capitaliste qui paraissait être comme si le nombre de capitalistes et de fortunes deviendraient toujours moindre et de continuer à promouvoir le modèle du gouvernement omnipotent dans l’État centralisé de notre temps, ajoutez-y finalement la toujours plus grande perfection des machines industrielles, la division toujours croissante du travail, le remplacement des ouvriers et artisants hautement qualifiés par des machinistes sans talent, tout cela vu sous une lumière exagérée et caricaturale, car cela possède un autre côté et n’est jamais un développement schématiquement non-linéaire. C’est une lutte et un équilibre de plusieurs tendances, mais tout ce que voit le marxisme est toujours grotesquement simplifié et caricaturé. Finalement, ajoutez l’espoir que les heures de travail vont diminuer de plus en plus et que le travail humain deviendra de plus en plus productif: alors l’état du futur est accompli. L’état futur des marxistes: la floraison sur l’arbre de la centralisation gouvernementale, capitaliste et technologique.

On doit cependant ajouter que le marxiste, quand il rêve à fond, ce rêve jamais plus sec et plus vide et s’il y a jamais eu de fantaisistes sans imagination, les marxistes sont les pires, le marxiste étend son centralisme et sa bureaucratie économique au-delà des états présents et se fait l’avocat d’une organisation mondiale qui régulerait et dirigerait la production et la distribution des biens de consommation et de service. C’est l’internationalisme marxiste. Comme dans l’ancienne [première] Internationale, tout devait être supposément dirigé depuis Londres et sa base du Conseil Général et aujourd’hui dans la social-démocratie (seconde internationale), toutes les décisions sont prises depuis Berlin, cette autorité de la production mondiale regardera un jour dans chaque casserole possible et aura la quantité adéquate de graisse pour les rouages des machines qu’elle aura en compte.
Une couche encore et notre description du marxisme sera terminée.

Les formes d’organisation que ces gens appellent le socialisme, fleurissent complètement dans un terreau capitaliste, mis à part que ces organisations, ces usines toujours en pleine expansion grâce à la vapeur, sont toujours entre les mains privées d’entrepreneurs et d’exploiteurs. Nous savons quoiqu’il en soit déjà qu’ils sont supposés être réduits à un nombre toujours plus petit par la concurrence. On doit visualiser clairement ce que cela signifie: d’abord cent mille, puis quelques milliers, puis quelques centaines, puis quelques 70 ou 50, puis juste quelques énormes et monstrueux entrepreneurs (NdT: regardons ce qu’il s’est passé depuis… On appelle çà le capitalisme monopoliste, celui des géants, des cartels que ce soit industriels ou financiers, ils dominent le monde depuis l’entre deux- guerre et ont tout acheté y compris les États et leurs gouvernements).

Leur sont opposés travailleurs, ouvriers, prolétaires. Ils sont de plus en plus nombreux, les classes moyennes disparaissent et avec le nombre de travailleurs, l’intensité et le pouvoir des machines croissent également, de telle façon que non seulement le nombre de travailleurs mais aussi le nombre de chômeurs, la soi-disante armée de réserve du travail, augmentent. D’après cette description, le capitalisme atteint une impasse et la lutte contre lui, à savoir contre les quelques capitalistes restant, devient de plus en plus facile pour les masses incommensurables de déshérités qui ont un intérêt dans le changement. Ainsi doit-on se rappeler que tout dans la doctrine marxiste est immanent, bien que le terme provienne d’un autre domaine et y soit mal approprié. Ici, cela signifie que rien ne nécessite un effort spécial ou une vision mentale, tout coule de source du processus social. Les soi-disantes formes socialistes sont déjà immanentes au capitalisme…

Comme le dit le programme allemand social-démocrate en ces termes si jolis et si marxistes (à l’encontre d’éléments non authentiques qui se sont infiltrés , pour faire que les créateurs de ce programme appellent maintenant révisionistes leur opposition): les puissances de production grossissent maintenant au-delà de la capacité de la société contemporaine. Ceci contient l’enseignement très marxiste qui dit que dans la société contemporaine les formes de production sont devenues de plus en plus socialistes et qu’il ne manque à ces formes que leur juste forme de propriété. Ils apellent cela la propriété sociale, mais quand ils appellent le système industriel capitaliste un [système de] production sociale (non seulement Marx applique ceci dans le Capital, mais les socio-démocrates actuels dans leur programme courant appelle le travail dans les formes du capitalisme contemporain, le travail social), nous connaissons les véritables implications de leurs formes socialistes de travail.

Tout comme ils considèrent les formes de production de la technologie de la vapeur dans le capitalisme être une forme socialiste de travail, ils considèrent également l’État centralisé comme l’organisation sociale de la société et la propriété d’état administrée de manière bureaucratique comme la propriété commune !… Ces gens n’ont vraiment aucun sens instinctif de la société et de sa signification. Ils n’ont pas la moindre idée du fait que la société ne peut-être qu’une société des sociétés, seulement une fédération, seulement la liberté. Ils n’ont de ce fait aucune idée que le socialisme est l’anarchie et la fédération. Ils croient que le socialisme est le gouvernement, tandis que d’autres qui ont soif de culture veulent créer le socialisme parce qu’ils veulent échapper à la désintégration et la misère issues du capitalisme et sa pauvreté concomittante, son manque total d’esprit et la coercition inhérente, qui n’est que l’autre face de l’individualisme économique. Bref, ils veulent s’échapper de l’État pour participer à une société des sociétés et à la participation des associations volontaires.

Parce que, comme disent ces marxistes, le socialisme est toujours, façon de parler, la propriété privée des entrepreneurs, qui produisent sauvagement et inconsidérément et comme ils sont en possession des pouvoirs de production socialistes (lire ici: la machine à vapeur, la production perfectionnée par la machinerie et la masses prolétariennes à profusion), donc, parce que la situation ressemble à un balais de sorcière dans les mains d’une apprentie sorcière, un déluge de biens de consommation, une surproduction et une grande confusion peuvent en résulter, à savoir, des crises peuvent survenir, qui, quelqu’en soient les détails, se produisent toujours selon les marxistes, parce que la fonction régulatrice d’un contriole statistique et la direction d’une autorité d’État mondiale est nécessaire et va de paire avec le mode de production socialiste, qui de leur point de vue tordu et stupide, existe déjà.

Aussi longtemps que cette autorité de contrôle fait défaut, le “socialisme” demeure toujours imparfait et le désordre peut en résulter. Les formes d’organisation du capitalisme sont bonnes, mais elles manquent d’ordre, de discipline et d’une centralisation stricte. Le capitalisme et le gouvernement doivent fusionner et là où nous parlerions de capitalisme d’État, ces marxistes disent que le socialisme est là et bien là. Mais juste comme leur socialisme contient toutes les formes du capitalisme et de la régimentation et tout comme ils permettent la tendance à l’uniformité et au nivellement qui existe aujourd’hui pour progresser vers sa perfection ultime, le prolétariat est lui aussi porté vers leur socialisme.

Le prolétariat de l’entreprise capitaliste est devenu l’état prolétarien et la prolétarisation a, lorsque commence ce type de socialisme, atteint réellement et de manière prévisible des proportions gigantesques. Tout le monde sans exception est un employé de l’État.

Le capitalisme et l’État doivent fusionner, ceci est en vérité l’idéal marxiste (NdT: simple question ici en 2015: Quel est le concept du Nouvel Ordre Mondial ?… surpris ?). Bien qu’ils ne veulent pas entendre parler de leur idéal, nous voyons qu’ils cherchent à promouvoir cette tendance de développement. Ils ne voient pas que le pouvoir énorme et la désolation bureaucratique de l’état n’est nécessaire que parce que notre vie communale/commune a perdu son esprit, parce que la justice et l’amour, les associations économiques et la floraison de la multiplicité des petits organismes sociaux ont disparu. Ils ne voient rien de cette décomposition profonde de nos temps, ils hallucinent le progrès.

La technologie bien sûr progresse. Cela se produit dans les temps culturels, bien que pas toujours, il y a des cultures sans progrès technique ou technologique. Elle progresse surtout en temps de décomposition, de l’individualisation de l’esprit et de l’atomisation des masses. Ceci est justement notre point. Le véritable progrès de la technologie ainsi que celui de la véritable base temporelle est, pour une fois, marxiste pour les marxistes, la base véritable, matérielle pour la superstructure idéologique, à savoir pour les marxistes l’utopie du socialisme progressiste…

Il n’y a aucun doute que les marxistes pensent que si l’avant et l’arrière de notre dégradation, les conditions capitalistes de la production et de l’état étaient rassemblées, alors leur progrès et leur développement attendraient leur but pour que se réalisent la justice et l’égalité. Leur état économique bien compris, qu’il soit l’héritier des états précédents ou leur état mondial est une structure républicaine et démocratique et ils pensent vraiment que les lois d’un tel état fourniraient bien-être et bonheur à son peuple. C’est ici que nous devons nous esclaffer de ces pathétiques fantasmes. Une telle réflexion de miroir ne peut être que le produit du laboratoire de développement du capitalisme. Nous ne perdrons pas plus de temps sur cet idéal accompli de l’ère du déclin et de l’inculture dépersonalisée, de ce gouvernement de nains.

Nous allons voir que la véritable culture n’est pas vide, mais satisfaite et que la véritable société est une multiplicité de petites et véritables affinités qui grandissent des qualités de connexion des individus, de l’esprit, que c’est une structure de communautés et une union. Ce “socialisme” des marxistes est un gloitre géant qui va se développer de manière supposée. N’ayez pas peur, nous allons bientôt voir qu’il ne se développera pas. Notre socialisme en revanche, devrait pousser du cœur des Hommes. Il désire provoquer le fait que les cœurs de ceux qui s’appartiennent les uns aux autres grandiront en unité et en esprit. L’alternative n’est pas un socialisme pygmée ou socialisme de l’esprit, car nous verrons bientôt que si les masses suivent les marxistes ou même les révisionnistes (NdT: du marxisme), alors le capitalisme demeurera.

Cela ne tend pas à changer soudainement dans le “socialisme” des marxistes ni de se développer en le “socialisme” des révisionistes. Le déclin, dans ce cas précis, le capitalisme, a en notre temps juste assez de vitalité que la culture et l’expansionisme ont eu en d’autres temps. Le déclin ne veut pas du tout dire décrépitude, une tendance vers l’effondrement ou un renversement drastique des choses. Le déclin, l’époque du naufrage, de l’impopularité, de la platitude d’esprit, est capable de durée des siècles ou un millénaire. Le déclin, ici le capitalisme, possède à notre époque juste cette vitalité qu’on ne trouve ni dans la culture ni dans l’expansion conemporaine. Il a autant de force et d’énergie que nous échouons de nous rassembler pour le socialisme. Le choix auquel nous faisons face n’est pas: une forme de socialisme ou une autre, mais bien plus simplement: capitalisme ou socialisme, l’État ou la société, le non-esprit ou l’esprit. La doctrine du marxisme ne mène pas hors du capitalisme, il n’y a aucune vérité non plus dans la doctrine du marxisme que le capitalisme puisse dans le temps, émuler l’incroyable exploit du Baron de Münchhausen qui se tira d’un étrange marécage en se tirant lui-même par sa tresse, à savoir cette prophétie qui dit que le capitalisme va émerger de son propre marigaux par la simple vertu de son propre développement.

Comprendre pour mieux agir: La bataille contre le système… 2ème partie

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2ème partie: Une suite à la « bataille contre le Système »

Lire la 1ère partie : https://editionsmariquita.wordpress.com/2015/07/19/comprendre-pour-mieux-agir-la-bataille-contre-le-systeme-1ere-partie/

ne étude suisse permet de mieux comprendre la mécanique du Système et d’identifier les prédateurs qui prétendent le contrôler. Cette étude a été mise en perspective par l’écrivain Jean-Paul Basquiast dans un texte très éclairant qui démontre notamment que l’attitude très critiquée des Indignés se refusant à proposer des solutions toutes faites en remplacement du Système dont il réclame l’abolition, est pourtant parfaitement cohérente. Etrangement, il apporte une forme de caution scientifique à un mouvement largement gouverné par l’intuition. L’ensemble de ce texte, dont nous avons surligné les passages les plus importants, offre une suite particulièrement utile à notre essai «De la bataille contre le Système».

Extrait :
« Certaines études s’appuyant sur les sciences de la complexité donnent désormais des images intéressantes [du Système]. On peut citer à cet égard celle conduite par une équipe de l’Institut fédéral de technologie de Zurich conduite par James Glattfelder, docteur en sciences de complexité et des réseaux (lire NewScientist, 22 oct. 2011, p. 8)
Ce travail qui en cours de publication sur le site PloS One, représente les relations de propriétés s’établissant entre les principales corporations mondiales transnationales (TNC). Il utilise les mathématiques utilisées pour la modélisation des systèmes naturels et les données recueillies par la base Orbis 2007 qui recense des millions de société dans le monde. L’équipe en a tiré un échantillon de 43.000 TNC sélectionnées à partir de leurs résultats et leurs liens financiers. A partir de cela, les chercheurs ont mis en évidence un cœur de 1318 sociétés reliées par des participations croisées. Bien que ne représentant que 20% des chiffres d’affaires mondiaux, elles possèdent la majorité des entreprises industrielles, celles de l’économie réelle. A l’intérieur de ce groupe, ils ont fait apparaître un super-cœur de 147 entreprises plus étroitement reliées les unes aux autres que les autres. Elles contrôlent 40% du réseau. Parmi elles, les plus importantes sont des institutions financières, dont les banques Barclays, JPMorgan Chase & Co et le The Goldman Sachs Group.
Pour la première fois, il est ainsi possible de visualiser un élément essentiel du Système qui contrôle le monde. D’autres éléments manquent, par exemple les liens incestueux qui relient ces organismes avec les gouvernements, partis politiques, églises avec lesquels ils échangent des relations de pouvoir. On devra aussi inscrire les liens, également incestueux, qui lient les TNC, les gouvernements et les grands médias. Ces liens seront plus difficiles à faire apparaître, mais avec un peu de persévérance, il serait possible d’obtenir quelques résultats significatifs. Ainsi commencerait à se dessiner concrètement le Système à trois pôles dénoncé comme le réseau des oligarchies mondiales: les finances, les pouvoirs et les médias, journaux et télévision notamment.
Les simulations faites par l’équipe de Zurich sur la réactivité de leur modèle à des perturbations extérieures montrent qu’il se comporte en super-organisme ayant son “intelligence” propre. Il n’est pas, sauf exception, contrôlé par la volonté de quelques dirigeants particuliers qui se seraient organisés pour se partager la maîtrise du monde. Dans une certaine mesure, cette globalité le rend encore plus dangereux. Le superorganisme se montre incapable de prévoir les crises que suscite son manque de stabilité. Quand ces crises surviennent, il est généralement aussi incapable d’y porter remède. Il s’agit ainsi, pour reprendre le mot de Hobbes, d’un nouveau Léviathan contre les dérives duquel, apparemment, personne ne peut rien.
(…)Plus généralement, l’expérience montre qu’il n’existe aucun pouvoir au monde capable de dénouer les liens reliant les entités représentées par le modèle, si ces liens s’avéraient dangereux pour l’économie ou pour la démocratie. Ils sont trop nombreux et trop puissants.
Dans un premier temps, on peut en conclure que les Indignés de Wall Street et d’ailleurs devraient se trouver confortés dans leur démarche politique, visant à refuser d’analyser le Système en détail, visant à refuser de s’opposer à lui de façon spécifique à tel pays, tel secteur économique, telle circonstance. A la vue de l’opacité du modèle, traduisant l’opacité des pouvoirs dominants le monde, ils seront confortés dans leur intuition que trop faibles, ils ne peuvent rien faire pour infléchir la marche du Système, sauf à choisir la solution du tout ou rien. Ils ne peuvent que refuser globalement le Système, en se bornant à tenter de bloquer ses mille têtes, là où elles se montrent.
Certes, du fait de l’imprévisibilité inhérente au Système, nul ne peut dire ce qui en résulterait. Sans doute dans un premier temps des répressions accrues, comme ce jour 29 octobre où nous écrivons, à Denver (USA), mais peut-être aussi autre chose. Rien n’interdit de faire l’hypothèse qu’alors le Système s’effondrerait de l’intérieur puis s’auto-réorganiserait sur des bases différentes.
Ce serait alors pour les Indignés l’occasion d’intervenir concrètement afin d’influencer cette réorganisation d’une façon favorable aux forces créatrices encore en sommeil qu’ils incarnent. »

De l’attitude «scientifique» des Indignés


Un autre passage de ce texte incite à la réflexion, en ce qu’il démontre que l’attitude très critiquée des Indignés se refusant à proposer des solutions toutes faites en remplacement du Système dont il demande l’abolition, est pourtant parfaitement cohérente.

Extrait :
«Les défenseurs du Système objecteront que le même Système contre lequel manifestent ces Indignés leur permet de vivre et survivre, ne fut-ce que frugalement. Aucun ne s’en irait mener dans la nature (ou dans ce qu’il en reste) une existence de chasseur cueilleur. Et que mettre à la place du Système? Les Indignés, dans l’ensemble, se refusent à répondre à ces questions. Ce qui les fait traiter d’irresponsables.

Pourtant, en termes de sciences des systèmes, leur attitude est parfaitement scientifique.

Un système complexe évolue de façon dite chaotique, c’est-à-dire imprévisible et par définition, non gouvernable. Il est loisible de postuler que si pour une raison ou une autre, il s’enferre dans une voie sans issue, il se transformera et pourra donner naissance à un autre système. Il existe un certain nombre de probabilités pour que ce nouveau système, s’il réussit à s’imposer, soit tout à fait différent.
(…) il serait illusoire de penser que les humains enfermés dans des systèmes anthropotechniques complexes dont ils n’ont qu’une vague représentation puissent se représenter les évolutions, bonnes ou mauvaises, qui pourraient résulter d’un blocage total ou partiel du Système des systèmes les englobant.
(…) Il est donc logique que, pour les humains d’aujourd’hui, la première chose à faire pour s’opposer au Système dont ils perçoivent le poids oppressif soit de le bloquer, dans les faits ou même symboliquement. Ils peuvent espérer, d’une façon apparemment naïve mais finalement assez fondée scientifiquement, qu’à la suite de ce blocage les composantes du Système s’auto-réorganiseront, leur offrant des niches vitales plus riches de perspectives. » (>>texte intégral ici)
La grille de lecture de Jean-Paul Baquiast est décidément très intéressante puisqu’elle apporte en quelque sorte une caution scientifique à un mouvement de femmes et d’hommes essentiellement portés par leur intuition.
Poussé dans ses derniers retranchements par la pression ou la révolte généralisée des Indignés, le Système n’aura au final d’autres choix que de révéler sa vraie nature, qui est d’essence totalitaire. Mais ce sera sa dernière posture.
Dans un de nos précédents commentaires nous avions conclu en disant :
«Le problème des commentateurs de la presse-Pravda est donc celui du Système : ils n’ont pas de repères ni pour commenter ni pour contre-attaquer des mouvements sans hiérarchie, sans idéologie qui n’existent que pour ce qu’ils sont : c’est-à-dire un simple mais immense et fabuleux cri de rejet anti-Système. Un cri qui dit en substance à tous les prédateurs de la finance qui spéculent sur la vie; à tous les Conseil d’Administration des multinationales mortifères qui ravagent la planète ; à tous les politiciens vendus et achetés qui tuent tout espoir, bref, aux serviteurs zélés du capitalisme destructeur : «On n’en a rien à foutre de savoir pas quoi on va remplacer votre machine. L’urgence pour notre humanité, c’est de nous débarrasser de vous,  de vous empêcher de nuire davantage».
Dont acte.

OTAN : mercenaires et propagande au service d’une machine de guerre 2/3

Des bases juridiques confuses, sans appui ni déni international

P7630-32À 21 heures, le 20 septembre 2001, le président George W. Bush devant le Congrès prononça un discours dans lequel le religieux s’entremêlait avec le patriotisme. En réaffirmant que Dieu est du côté américain, Bush promettait une vengeance « du bien contre le mal ». Pour la première fois ce soir-là, il utilisera l’expression de « guerre contre le terrorisme », les « amis » d’hier étant devenus les « méchants » du moment. Dans son allocution Bush exigera que le gouvernement afghan livre les terroristes présents sur son sol sans conditions, ce qui revenait à sous entendre leur complicité en dehors de toutes preuves factuelles que le monde entier attend toujours d’ailleurs. Rédigé par Michael Gerson, une figure de proue de l’intelligentsia évangélique, ce premier sermon américain post-9/11 vendu sous forme de « stratégie du choc » marquera par sa sémantique les fondements de la doctrine Bush : la « guerre préventive » qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, plongera durablement toute une partie du monde dans le chaos.

La caution impérialiste
1306167-Conférence_interafghane_Bonn_2001Les accords de Bonn-Petersberg du 5 décembre 2001, ainsi qu’un éventail de résolutions, furent présentés comme la première étape institutionnelle censée régler l’avenir politique de l’Afghanistan. Ce premier acte juridique sera entériné le 20 décembre 2001 par le vote à l’ONU de la résolution 1386 qui, pour l’essentiel, prétend garantir la souveraineté nationale, la justice sociale, et le droit pour tous les Afghans. Aucune des résolutions n’autorise ni n’interdit l’usage de forces militaires. Malgré ce « flou juridique », une coalition elle aussi sous commandement américain OTAN appelée ISAF, fut créée pour « répondre à l’appel de Petersberg », et faire respecter les modalités des différents accords. La « guerre » était laissée à l’opération US « Enduring Freedom » chargée d’éradiquer les talibans (lire infra). Néanmoins, comme la conférence de Petersberg fut noyautée par l’omniprésence américaine imposant de façon arbitraire les représentants afghans de son choix, ces derniers, tout comme les troupes de l’OTAN engagées au sol ensuite en leur nom, furent ressentis par les populations locales comme dépourvus de toute légitimité. Par la suite, la coalition « supervisa » une « Loya Jirgha » qui rassemblait des chefs de villes et villages (dans un terrain vague de la supposée Université de Kaboul). Or cette assemblée aussi ne représentait qu’un faible pourcentage de la mosaïque ethnique, linguistique et religieuse complexe de la population afghane. Le premier épisode de cette « guerre sans fin » qui se voulait nécessaire et désintéressée, pose donc depuis le début la question de sa véritable logique, de son utilité, et donc de ses buts réels.

D’ici la fin de 2016, selon Obama les forces américaines  devront quitter l’Afghanistan.  Quel bilan politique et moral peut-on tirer de cette occupation de fait ?

1. La guerre comme unique perspective pour le peuple afghan

ARV_DRONE_327994fSi 3476 soldats occidentaux sont morts à fin septembre 2014 en Afghanistan depuis 2001 (dont 86 français qui constituent le 4ème contingent touché derrière les USA, le Canada et le Royaume-Uni), on connaît mal le nombre d’afghans emportés par cette guerre qui n’a toujours pas dit son nom. Le nombre de civils disparus de mort violente serait de 21 000. L’absence de décompte indépendant ne permet que de donner une estimation des pertes totales afghanes, entre 30 000 et 45 000 selon un rapport de 2011 de l’Université de Boston. Sans entrer ici dans les détails, la « guerre au terrorisme » a fait des ravages sanitaires, alimentaires, monétaires, éducatifs et sociaux qui ont touché la quasi-totalité des foyers des 28 millions d’afghans. 13 ans plus tard, l’Afghanistan est par exemple le pays titulaire du taux de mortalité le plus élevé de toute l’Asie parmi les enfants de moins de 5 ans… En 2012, 450 écoles, dont 75 à 80% des écoles des provinces du sud, étaient encore fermées de façon permanente en raison d’attentats ou de menaces selon Amnesty. Et plus de 3 millions d’afghans sont encore réfugiés au Pakistan ou en Iran. Des chiffres de populations que les pays membres de l’OTAN auraient eux-mêmes du mal à absorber malgré leur PIB largement supérieur.

D’autre part, les gouvernements américain et afghan n’ont pas de registres précis, et des dizaines de milliers d’armes d’assaut pourraient avoir disparu. Fin juillet de cette année 2014, John Sopko déclarait que Washington et Kaboul avaient perdu la trace de centaines de milliers d’armes livrées à l’Afghanistan. Des armes qui risquent de se retrouver entre les mains des talibans ou d’autres jihadistes ? La négligence est une habitude après le départ des troupes occidentales (Libye, dépôt d’armes jihadiste).

2. Des crimes impunis

infographic-afghanchildrenSelon le juge allemand Dieter Deiseroth, « des seigneurs de guerre afghans influents, appartenant surtout à l’Alliance du Nord, ont été financés par le budget des Etats-Unis et ont alors renversé le régime taliban par la force et ce faisant, ils ont, d’après des rapports connus, manifestement commis de terribles violations des droits de l’homme sans en avoir été empêchés. En complément, les forces armées US ont bombardé des positions réelles ou supposées des Talibans et envoyé leurs propres « forces spéciales » et des troupes de l’armée de terre régulière stationnées en Afghanistan – rejointes plus tard par des soldats des états alliés – […] dans le cadre d’ « Enduring Freedom » » (Frankfurter Rundschau, 26 novembre 2009).

Un rapport du 11 août 2014 d’Amnesty International nous alerte sur la situation afghane récente : « Les familles de milliers de civils afghans tués par les forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan ont été privées de justice« . Le rapport « Left in the Dark », qui se penche principalement sur les frappes aériennes et les raids nocturnes menés par les forces américaines, y compris les forces des opérations spéciales, indique que même certains agissements qui semblent être des crimes de guerre n’ont fait l’objet d’aucune enquête et restent impunis. La suite ici.

3. Recrudescence du narcotrafic

Dès 2002, la poussée de la production d’opium en Afghanistan depuis l’arrivée des troupes américaines puis de celles de l’OTAN (force ISAF sous mandat de l’ONU), est une réalité irréfutable. Avec un rendement des cultures qui permet désormais d’atteindre quelques 5500 tonnes produites en 2013 (+49 % par rapport à 2012), l’Afghanistan représente 75 % à 90 % de la production mondiale d’opium.

Ci-dessous un tableau de l’évolution annuelle des surfaces cultivées de pavot à opium en hectares entre 1994 et 2013 :
afghan_opium_production_1994_2009

Sources : UNODC, Office des Nations unies contre la drogue et le crime

Selon une nouvelle étude de l’ONUDC, la culture du pavot en Afghanistan a augmenté de 7%, passant de 209 000 hectares en 2013 à 224 000 hectares en 2014. Voir : En Afghanistan, nouveau record de la culture de pavot à opium

2006_03_01_afghanistan_600En Octobre 2009, le New York Times a rapporté que Ahmed Wali Karzaï, le frère du Président d’Afghanistan Hamid Karzaï, recevait des paiements réguliers de la CIA pour « une variété de services », y compris le recrutement de combattants pour la Kandahar Strike Force (KSF), une milice paramilitaire afghane dirigée par la CIA dans la région de Kandahar. Par ailleurs, le rôle d’Ahmed Wali Karzaï comme go-between (intermédiaire) entre les forces spéciales américaines et les talibans était considéré comme précieux. Cette enquête du New York Times sera corroborée en octobre 2010 par un billet de Jeff Stein pour le Washington Post, inspiré en partie par l’ouvrage Obama’s Wars de Bob Woodward (l’un des deux fameux journalistes à l’origine du scandale du Watergate). Bob Woodward écrit entre autre dans son livre : « Ahmed Wali Karzaï, le demi-frère du Président de l’Afghanistan et le responsable de la province stratégiquement importante de Kandahar, a été payé par la CIA depuis plus d’une décennie. » Abattu et tué par un de ses gardes du corps en 2011, Ahmed Wali Karzaï était accusé depuis de nombreuses années par les journaux américains (Brother of Afghan leader said to be paid by C.I.A. – NYTimes) d’être un important trafiquant de drogue. Ahmed Wali Karzaï semble établir le pont entre le narcotrafic d’un côté, et à la CIA de l’autre.

opium-fields-4Cependant le professeur d’histoire du Sud-Est asiatique à l’université du Wisconsin Alfred W. McCoy indique que la CIA a soutenu divers barons de la drogue, des seigneurs de la guerre impliqué dans la guérilla anticommuniste, comme le moudjahid Gulbuddin Hekmatyar, un fondamentaliste violent tristement célèbre pour ses jets d’acides sur les femmes non voilées. En 1990, le Washington Post démontra que l’allié clé de la CIA dans la région Gulbuddin Hekmatyar exploitait une chaîne de laboratoires d’héroïne au Pakistan sous la protection des services de renseignements du Pakistan (l’ISI). Pour Alfred W. McCoy, la production d’héroïne dans le milieu des années 1970 était nulle, aujourd’hui l’Afghanistan est devenu le premier vrai « narco-Etat » du Monde. La guerre secrète de la CIA dans les années 1970 a servi de catalyseur qui a transformé les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan en plus grande région productrice d’héroïne au monde. Voir :Tomgram: Alfred McCoy, Afghanistan as a Drug War | TomDispatch

Couve_AmericanWarMachine-WEBAncien diplomate canadien et professeur à l’université de Californie, Peter Dale Scott dans son livre « La Machine de guerre américaine« , revient de son côté sur les connexions entre la CIA et les groupes de criminels insurrectionnels islamistes liés au trafic de drogue, et nous rappelle que quelques années après leur arrivée au pouvoir, les talibans avaient entrepris une campagne d’éradication des cultures d’opium de l’Afghanistan, avec un succès quasi-total confirmé par le rapport de 2001 des Nations Unies. L’ouvrage de Peter Dale Scott nous démontre finalement que la guerre d’Afghanistan n’est que la suite logique d’un processus pervers engagé depuis longtemps qui voit la CIA tisser des liens avec les narcos-trafiquants et la finance internationale.

Le documentaire « CIA – Opération Laos » du réalisateur Marc Eberle diffusé sur ARTE cette année, relate une partie CIA_Operation-Laos_Arte_fev2010de cette histoire. Durant la guerre du Viêt-Nam, la base secrète de Long Cheng, QG de la CIA, était devenue un centre névralgique du commerce de l’opium et de l’héroïne, et personne ne disait rien. Par ailleurs, ce documentaire nous explique également comment des bombardements furent cyniquement organisés sur les populations civiles au Laos, la pire guerre aérienne de l’Histoire, une guerre secrète où les américains ont largué davantage de bombes que sur l’Allemagne et le Japon réunis durant la seconde guerre mondiale. Voir : CIA – Opération Laos – Documentaire Complet

En bientôt quarante ans, force est de constater que de Carter à Obama en passant par Bush, quel que soit le motif invoqué (Dieu, la Liberté ou la « Démocratie »), l’Amérique et ses alliés de l’OTAN n’auront pas laissé la moindre chance au peuple afghan de vivre en paix.

Lire aussi :

OTAN : mercenaires et propagande au service d’une machine de guerre 1/3

Merci à : anticons

Média et propagande: Guerre de l’information… Pressetituée contre blogueurs… La fin d’un paradigme frauduleux

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« Il y a une guerre de l’information et nous sommes en train de la perdre. »
~ Hillary Clinton ~

Excellente analyse d’Alexandre Latsa sur la blogosphère alternative.

Rappelons ce que disait Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud et “père” de la propagande / relation publique moderne en 1928 dans son ouvrage “Propaganda” qui s’ouvre avec ces lignes du 1er chapitre intitulé: “Organiser le chaos”… tout un programme…

“La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement la pays.” Le mot “démocratique” est-il ironique de la plume de Bernays ou veut-il signifier que la “démocratie” étatique est un leurre mis en place pour contrôler les peuples ?

Plus loin il dit ceci: “… La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible… La propagande moderne désigne un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des évènements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe.”

Bernays fut étudié par tous les grands propagandistes des régimes totalitaires du XXème siècle, pays du goulag levant inclus…

Pour rejoindre Latsa dans ses dires, le blogueur est généralement conscient, connaît et a lu les Bernays et autres chantres du contrôle et de l’ingénierie sociale… et lutte contre, essaie de lever le voile, de pomper les écrans de fumée. Les oligarques sont arrogants et condescendants, ils nous méprisent tellement qu’ils ont commis l’erreur la plus classique, celle devenue un “cliché” même dans le monde du sport: Ils ont largement sous-estimé l’adversaire et cela leur sera fatal, il n’y a plus de machine arrière possible.

Rajoutons au passage que la blogosphère s’auto-régule et n’a besoin d’aucune institution pour fonctionner, de dire ce qu’il y a à faire, bref pas de patrons ni de hiérarchie chez les blogueurs et une grande coopération au-delà des différences politiques le plus souvent.  Aujourd’hui, la blogosphère alternative est capable de lever un lapin de false-flag ou une supercherie des merdias en temps réél ! Il n’est pas du tout étonnant que les totalitarismes étatiques occidentaux font tout pour essayer d’endiguer ce qui devient leur marasme. La blogosphère alternative gagne la bataille de l’info et ce n’est que le début !…

Écoutons la sagesse ancestrale: “Le concept même de pouvoir contient l’idée de résistance.” (Dicton Lakota Sioux

Vers une guerre totale de l’information

Alexandre Latsa

url de l’article original:

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150331/1015415962.html#ixzz3W3fN1aam

Nous voilà revenus à une sorte de nouvelle guerre froide médiatique cyber-violente, dans laquelle la Russie d’aujourd’hui apparaît de nouveau comme un modèle politique pour bon nombre d’Européens.

Bien longtemps, trop longtemps, le champ de l’information a été le domaine réservé d’une élite médiatique qui occupait tant la presse écrite que le petit écran. Dès le début des années 2000, la révolution Internet a initié un processus qui semble maintenant irréversible: l’émergence de voix dissidentes sur internet, mais aussi et surtout la possibilité pour d’authentiques spécialistes et experts de s’exprimer et de toucher un public de plus en plus large.

Le passage obligé par la presse écrite ou par les chaînes de télévision n’est plus, et ce bouleversement a notamment donné naissance à un nouveau type de citoyen: le blogueur.

Généralement simple commentateur, celui-ci peut être un expert et donc apporter dans un domaine précis une expertise qui manque journalistes, correspondants et autres pigistes de la presse généraliste. Le bloggeur présente en outre une autre force: écrivant souvent dans un esprit Wiki, bénévole ou caritatif, il n’est soumis à aucune rédaction, il tire ses revenus d’activités professionnelles sans rapport avec le monde médiatique. Souvent il entretient un dialogue avec les lecteurs de son blog, dialogue qui provoque la création de quasi think-tanks de toutes dimensions sur de différents sujets.

Le blogueur est bien souvent un travailleur acharné, stakhanoviste de la vérité, ou de sa vérité, celle qui ne va pas forcément dans le sens des grands médias. Avec la multiplication des blogs, forums et témoignages venus du terrain, autant dire que les journalistes professionnels ne peuvent plus impunément écrire n’importe quoi. Désormais, pour le journaliste qui fournit une prestation médiocre ou mensongère, la punition n’est jamais très loin: elle fait rapidement le tour de la planète sur Internet, comme on peut s’en assurer ici ou là.

C’est sans aucun doute cette médiocre qualité du travail fourni par les journalistes français, avec une bien trop forte empreinte idéologique, qui a provoqué et favorisé l’émergence de nombreux fantassins idéologiques, pour reprendre l’expression d’un journaliste français, qui ont rejoint la bataille de l’information de façon totalement bénévole, avec leur conviction pour seule arme.

Ce processus de « bloggerisation » de la communication, et donc de l’information sur Internet, bouleverse la donne et inquiète fortement les centres d’information traditionnels. Un des correspondants français à Moscou avec lequel j’ai échangé il y a quelques années m’avait confié qu’il avait parfaitement compris qu’il faisait partie de la dernière génération de journalistes traditionnels, génération qui serait probablement remplacée à terme par des bloggeurs.

Alors qu’en France on fait désormais écrire des robots à la place des journalistes, en s’inspirant de la tendance anglo-saxonne qui émerge au sein des agences généralistes de type Associated Press, en Russie c’est une tendance inverse qui émerge. Le blogueur y est de plus en plus pris en considération, et depuis août 2014, une loi assimile le blogueur qui dépasse une certaine audience (plus de 3.000 visiteurs uniques par jour) à un média presque à part entière, avec des devoirs mais aussi des droits.

Cette évolution est fondamentale dans le cadre global de la guerre de l’information qui oppose de plus en plus frontalement l’Otan à la Russie. Longtemps les populations d’Europe n’ont eu droit qu’à une seule lecture des événements et de l’histoire: celle concoctée par les chancelleries des pays de l’Otan, puis médiatisée par les principales agences généralistes occidentales (AP, AFP et Reuters).

Pendant la dernière décennie, la situation a évolué à mesure que de nombreux outils de communications non occidentaux ont émergé et pris de l’importance, que l’on pense à Al-Jazeera, Russia Today ou encore à des supports indiens ou chinois de très grande dimension qui communiquent de plus en plus activement dans les langues des pays occidentaux.

L’apparition de points de vue non-occidentaux, et non « occidentophiles » (soit absolument pas pro-américains) a beaucoup inquiété les chancelleries de certains pays occidentaux. Depuis deux ans environ, Bruxelles a activé et financé une armée de « trolls » chargés d’influencer les votes aux élections européennes. Cette révélation a probablement convaincu une large part des européens que si l’UE critique la Corée du Nord, elle emploie pourtant les mêmes méthodes quand il s’agit de « convaincre » ses populations de bien voter.

Dans ce monde médiatique en mutation, les outils de communication russes vers l’étranger ont enregistré quelques succès. Il y a les plateformes RIA Novosti et Voix de la Russie, désormais fusionnées sous l’appellation Sputnik mais aussi Russia Today, qui sont aujourd’hui des acteurs majeurs de l’information/ré-information et donc de la guerre entre médias qui fait rage.

A l’ouest c’est la panique.

Le commandant en chef des troupes de l’Otan en Europe a récemment appelé à mener une guerre de l’information, notamment sur les réseaux sociaux, tandis que le conseil américain des gouverneurs de la radiodiffusion déplorait que les Etats-Unis soient en train de perdre la guerre de l’information face à la Russie. A Bruxelles, l’ambiance est la même. Les Etats baltes et la Grande-Bretagne ont appelé à mettre en place un plan de réponse aux médias russes en lançant notamment une chaîne de télévision paneuropéenne en russe.

Face aux médias russes, une haine suintante est apparue au grand jour lorsque l’année dernière le rédacteur du magazine The Economist, Edward Lucas, a qualifié les employés de Russia Today d’excentriques et de propagandistes et appelé à rejeter et exclure « ces gens » (sic) du monde du journalisme. Pour la présidente de Lituanie, la propagande russe doit être identifiée et tout bonnement éradiquée.

Nous voilà revenus à une sorte de nouvelle guerre froide médiatique cyber-violente, dans laquelle la Russie d’aujourd’hui apparaît de nouveau comme un modèle politique pour bon nombre d’Européens. Mais alors que les pays occidentaux faisaient autrefois de la propagande antisoviétique en s’appuyant surtout sur les mouvements de droite, conservateurs ou patriotiques, la situation s’est aujourd’hui inversée.

Désormais, il y a en France et un peu partout en Europe des gaullistes et des patriotes qui soutiennent majoritairement la Russie, alors que ce sont les gens de centre-droit et de centre-gauche qui sont les meilleurs relais de Washington et de Bruxelles. Leur influence sur la vie de la Cité est cependant en train de fondre lentement, comme du reste le lectorat des grands médias traditionnels français.

ESCH